Coup de projecteur sur la famille tchèque, dix-sept ans après...

Cela fait treize ans qu'est célébrée, le 15 mai, la Journée internationale des familles, organisée par les Nations Unies. A cette occasion, l'Office statistique des communautés européennes, Eurostat, a publié une étude sur la famille dans l'Europe des 25, portant sur la situation dans les années 2003-2004. Comment s'en sort la République tchèque ? Pas vraiment bien, car elle figure, aux côtés de la Lituanie, en tête de liste des Etats membres au taux de divorce le plus élevé - 3,2 divorces pour 1000 habitants.

Les psychologues et sociologues sont unanimes : au cours de la première décennie après la chute du communisme notamment, la famille tchèque a réagi au changement du climat dans la société. Globalement on peut dire que les Tchèques, dont le style de vie se rapproche de plus en plus de celui des Occidentaux, ne font que reproduire les tendances contemporaines de leurs concitoyens européens, comme le constate le psychologue Petr Smolka :

« En effet, les caractéristiques démographiques de la population tchèque ont changé. Les gens se marient beaucoup plus tard qu'avant, ils ont moins d'enfants. Et puis, ce qu'on appelle 'une famille' aujourd'hui, ce n'est pas uniquement une union matrimoniale classique, mais aussi d'autres formes de cohabitation. »

Quelque 30,6% des enfants tchèques naissent hors mariage, un chiffre qui est, là encore, très proche de la moyenne européenne. Face aux nouveaux horizons qui s'ouvrent devant eux, les jeunes Tchèques se montrent plus flexibles et plus libéraux que leurs parents. Mariés à des étrangers ou employés des institutions européennes, ils expérimentent le mariage à distance. Entre 1 et 2% des pères tchèques s'occupent « à plein temps » de leur progéniture - modèle qui sera de plus en plus fréquent, selon les spécialistes. D'ailleurs, la Télévision tchèque consacre à ces papas au foyer une série de documentaires, réalisés avec le soutien du ministère du Travail. Enfin, 10% des Tchèques ont choisi de vivre en solo. Bien que le gouvernement ait mis en place une politique d'encouragement à la natalité et même si les baby-boomers des années 1970 fondent leurs familles, ce sont les immigrés qui compensent le déficit démographique du pays.

Mais revenons aux divorces, dont les Tchèques sont, d'après Eurostat, des champions. La famille tchèque serait-elle, aujourd'hui, en crise ? Au début de l'année, les films documentaires sur la vie de plusieurs couples tchèques, tournés dans les années 1980 et 2000 par Helena Trestikova, ont battu des records d'audience. Une occasion de se rafraîchir la mémoire : il y a 25 ans, un mariage sur deux finissait par un divorce.

Zdenek Matejcek, grand spécialiste tchèque de la psychologie de l'enfant, disait à ce propos : « La crise de la famille, je la vis depuis 50 ans. Et d'après la littérature, elle est en crise depuis au moins 2 mille ans... Je ne verrais pas la situation d'un oeil si pessimiste. Dans chaque société, il y a toujours de nouvelles dynamiques auxquelles la famille doit s'adapter. »

Auteur: Magdalena Segertová
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