Crise : la banque centrale tchèque baisse son taux directeur de 0,75%

La crise est là et pour la deuxième fois en un mois, la Banque centrale européenne a abaissé son principal taux directeur d'un demi point cette fois, à 3,25%. Son président Jean-Claude Trichet a même déclaré qu'il ne pouvait pas exclure une autre baisse. A Prague, où l’on s’est dit jusqu’à présent relativement épargné par la crise, la banque centrale tchèque vient de décider de frapper un grand coup, en diminuant son principal taux directeur de 0,75%.

Foto: Štěpánka Budková
Les analystes avaient prévu une baisse, mais pas une baisse aussi importante. Certes, la Banque d’Angleterre a pris des mesures encore plus drastiques en abaissant son taux directeur d’1,5%, mais avec cette nouvelle baisse, la République tchèque reste le pays de l’UE où le loyer de l’argent est le plus bas, avec un principal taux directeur à 2,75% (alors qu’il est à 6% en Pologne par exemple). Zdeněk Tůma, le gouverneur de la banque centrale tchèque :

Zdeněk Tůma, photo: CTK
« Notre premier objectif est la stabilité des prix. Nous voulons que l’inflation soit à 3% l’année prochaine et à 2% en 2010. Plusieurs facteurs récents nous ont poussé à prendre cette décision : le cours de la couronne qui a fortement augmenté depuis 18 mois et les prévisions du ralentissement de l’économie mondiale. Bien sûr, cela dépend des derniers développements de l’économie mondiale et de la croissance de la République tchèque, mais c’est d’abord le contrôle de l’inflation qui a motivé notre décision. »

Aux grands maux, les grands remèdes : la situation actuelle nécessite des décisions importantes. Michal Brožka est analyste pour la Raiffeisenbank :

« De ce point de vue, les responsables de la banque centrale ont préféré anticiper. Si l’on observe déjà que l’économie va ralentir, alors ils préfèrent prendre des mesures drastiques maintenant plutôt que d’attendre que l’économie ralentisse vraiment. »

Miroslav Kalousek
La République tchèque a été moins directement menacée par la crise financière mondiale que d’autres pays. Mais, si le ministre de l’Economie Miroslav Kalousek a, au début, tenté d’assurer que le secteur financier tchèque et l’économie du pays ne seraient pas touchés, les chiffres et prévisions sortis pendant le mois d’octobre sont inquiétants.

Les conséquences indirectes, les conséquences sur l’économie réelle sont en train de faire craindre une période plus austère. Pour le gouverneur de la Banque centrale tchèque, la crise est sans précédent :

« Le fait qu’il y a un problème, nous ne le cachons pas. Le problème est que l’économie mondiale ralentit de manière drastique, d’une manière que je n’ai jamais vu en dix ans à la tête de la banque centrale. A la différence d’autres pays, nous avons la chance de ne pas avoir subi les conséquences directes de la crise financière. Ce que je perçois comme un risque, ce sont les conséquences indirectes, sur l’économie réelle, qui peuvent aussi atteindre de nouveau le secteur financier. Le ralentissement, qui engendre des tendances inflationnistes, est une raison suffisante pour intervenir et baisser les taux, pour nous comme pour un certain nombre d’autres banques centrales. »

Quels effets devrait avoir la baisse du taux directeur décidé par la banque centrale ? Réponse de Zdeněk Tůma:

« Nous envisageons que cela va avoir des conséquences sur le marché financier et que les taux d’intérêt pratiqués par les banques vont baisser. Si nous avons dit il y a quelques semaines qu’il n’y avait pas de problème fondamental, nous n’avons pas caché dans le même temps que, chez nous aussi, la nervosité règne sur le marché bancaire, et ce sont des choses que nous devons et savons régler. Néanmoins, je pense que malgré le ralentissement, l’économie tchèque se porte relativement bien. »