David Duponchel, de « A l’Est du nouveau » : « le cinéma centre et est-européen va chercher dans l’âme humaine »

a_lest_du_nouveau.jpg

« A l’Est du nouveau », c’est le nom d’un festival qui essaie de promouvoir les films produits en Europe centrale et orientale. Le festival se déroule du 6 au 14 mai à Rouen, en France. David Duponchel est le directeur du festival.

David Duponchel
« Je suis parti en 1997 faire mes études de cinéma à Prague, à la FAMU, où j’ai découvert tout un cinéma. Pendant cinq ans, je me suis familiarisé avec ce cinéma, j’ai appris à le connaître, et comme j’étais déjà attiré par ce cinéma, ça n’a fait que confirmer ma passion.

Et comme je venais de Rouen, il m’a semblé bien de réunir ces deux mondes et avec un ami qui avait étudié à la FAMU, on a décidé de créer ce festival à Rouen, dans le cadre de la saison tchèque en France. C’était donc un festival qui était tout au début, en 2002, exclusivement tchèque. On avait présenté beaucoup de films d’animation, des films de Věra Chytilová, qui était ma professeure à l’époque, et tout ce qui était nouvelle vague et les films qui arrivaient avec Bohdan Sláma et les nouveaux films tchèques. Et on a décidé d’ouvrir ce cinéma à d’autres films contemporains parce que le cinéma roumain était très en forme, et aussi le cinéma hongrois. On a ouvert une section compétitive qui s’appelle « A l’Est » et donc sélectionné 10 films qui venaient de l’Est. Puis le festival s’est construit d’année en année, et on a fini par créer ce festival à Lima, au Pérou, où je vis actuellement. On a donc deux festivals « A l’Est » qui présentent grosso modo la même programmation et le festival me suit et voyage un petit peu avec moi. »

Pouvez-vous nous parler de la programmation de cette édition 2010 et de la place du cinéma tchèque dans cette programmation ?

'Drôle de grenier'
« On n’a pas beaucoup de films tchèques cette année. On a un film de Mira Fornayová, ‘Les petits renards’ (Lištičky). Et on a un film d’animation qui s’appelle ‘Drôle de grenier’ en français, de Jiří Barta. Pour la programmation de cette année, on a une section compétitive. J’ai mis plusieurs travaux sur tout ce qui est films expérimentaux, parce que ce qui me semble bien est de déformater le cinéma, surtout pour ce qui est en France. »

'Les petits renards'
Ce festival représente plusieurs pays est et centre-européens, de l’Autriche à la Russie. C’est un ensemble hétérogène mais c’est aussi l’Europe centrale et européenne. Voyez-vous une forme d’homogénéité dans ces cinémas ?

« Je pense qu’il y a de grandes lignes dans le sens où il y a énormément de films sur la famille. La famille, le départ…etc. Bien sur, c’est une thématique que l’on va retrouver dans beaucoup de films, mais c’est une thématique qui parle de l’intimité des êtres et des choses qui nous touchent. C’est un cinéma assez intimiste donc il va s’adresser plus au cœur, à l’émotion. On a donc pas mal de films sur la famille comme Les petits renards qui est un conflit entre sœurs, ‘La forêt’ qui est une espèce d’odyssée entre un père et son fils. »

Le slogan du festival est « sortez des clichés » pour attirer le public. Est-ce difficile d’attirer ce public français pour venir voir ces films d’Europe centrale et orientale ?

« Ca n’a rien à voir avec le Pérou où l’on voit des queues devant les cinémas. Le public français est assez sélectif et il est vrai qu’il a peut-être une image un peu négative de ce cinéma qui est complètement fausse, alors que c’est un cinéma qui va chercher dans l’âme humaine. Les Français ont une vision superficielle de ce cinéma. Et on essaie de faire venir les gens au cinéma en disant que le cinéma original vient de cette partie du monde. Je trouve que dans le cinéma français, et c’est même le cas pour le cinéma centre-européen, il a des films qui essaient de ressembler à des films américains sans être des films américains et qui perdent un peu leur identité. Alors que je trouve, et les grands festivals vont me donner raison, que ce sont surtout les films de l’Est qui ont été récompensés. Au niveau du travail, le cinéma d’Europe centrale et orientale est plus original que le cinéma français, qui a tendance à répéter les mêmes formes. »