De hauts dignitaires de la justice tchèque se défendent contre l’accusation de pratiques maffieuses

Marie Benešová, photo: CTK

La Cour régionale de Prague a fait suite, lundi, à la plainte portée contre l’ancienne procureur générale tchèque Marie Benešová par un groupe de magistrats réunis autour de la procureur générale actuelle Renáta Vesecká. Les magistrats concernés se déclarent lésés par les déclarations faites à leur propos par Marie Benešová dans le contexte de l’affaire du président du Parti chrétien-démocrate Jiří Čunek.

Marie Benešová, photo: CTK
Le groupe des magistrats qui se sont alliés contre Marie Benešová est composé de plusieurs personnalités importantes de la justice tchèque. Outre Renáta Vesecká, il s’agit du procureur général-adjoint Karel Černovský, du chef du Parquet de Moravie du Sud Petr Coufal et du vice-président de la Cour suprême Petr Kučera,du procureur Aliv Salichov et de l'ancien ministre de la Justice Pavel Němec.

En décembre dernier, Marie Benešová avait osé s’attaquer, dans une interview accordée à la radio publique tchèque, à ces magistrats en les qualifiant de « maffia judiciaire » et en les accusant de manipuler certaines affaires. C’est ainsi qu’elle avait réagi à certaines mesures prises par le Parquet général dans l’affaire de l’ancien ministre de l’Aménagement du territoire Jiří Čunek. Ce dernier avait été impliqué dans une affaire de corruption mais juste au moment où il devait passer devant le tribunal, le Parquet général a dessaisi le procureur chargé de cette affaire pour la confier au procureur Alif Salichov. Ce dernier a fini par arrêter la procédure contre Jiří Čunek pour manque de preuves, décision qui a provoqué un tollé sur la scène politique et été critiquée notamment par l’opposition.

Jiří Čunek, photo: CTK
Marie Benešová, qui est aujourd’hui membre du Parti social-démocrate et candidate de ce parti au poste de ministre de la Justice, a, elle aussi, fermement critiqué ces décisions pour le moins inhabituelles du Parquet et de la procureur générale Renáta Vesecká. Aujourd’hui, Marie Benešová doit donc justifier ses déclarations devant la Cour régionale de Prague. Elle refuse cependant de revenir sur ses paroles :

« C’est une tentative de me décourager, une tentative de me faire taire. Le programme de la social-démocratie nous engage à épurer la justice tchèque en la débarrassant de telles pratiques. J`en ai parlé pour la première fois déjà à l’automne dernier lors d’une des conférences organisées à Prague. Je pense ne pas être la seule à me rendre compte de l’existence de ces pratiques dangereuses. »

Selon l’avocat de la partie plaignante, Petr Toman, les personnes réunies autour de Renáta Vesecká ne demandent que le respect de leurs libertés individuelles et le droit de défendre leur honneur. Bien que l’avocat admette que leur plainte soit une infraction à la liberté d’expression, il souligne qu’elle est justifiée car il faut protéger l’honneur des personnes concernées et aussi la justice dans son ensemble.

Toujours est-il que les décisions prises par le Parquet général dans l’affaire Čunek ont aussi été critiquées par une partie des juristes tchèques dont la présidente de la Cour suprême Iva Brožová et le président de la Cour constitutionnelle Pavel Rychetský. L’affaire est mentionnée également dans le rapport annuel du département d’Etat américain sur les droits de l’homme.

La suite du procès contre Marie Benešová est reportée au mois de mai lorsque le juge Vojtěch Cepl entendra les témoins.