Des artisans tchèques et français au marché de poterie à Beroun

Catherine Cotonian-Moiroux, photo: Vladimír Izbický, www.hrncirsketrhy.cz

Beroun est une ville de 19 000 habitants, située à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Prague, au confluent des rivières Berounka et Litavka. Une ville accueillante et chargée d’histoire, connue notamment pour sa céramique qui a connu son apogée aux XVIe et XVIIe siècles. Depuis treize ans, Beroun organise, à l’automne, un marché international de poterie. L’édition de cette année, tenue les 11 et 12 septembre derniers, a attiré pas moins de 30 000 visiteurs, venus admirer, sur la place centrale de Beroun, des œuvres de potiers tchèques, allemands, polonais, lituaniens et français.

Catherine Cotonian-Moiroux
Facile de trouver, parmi les 300 exposants, le stand français, très haut en couleur. Catherine Cotonian-Moiroux, qui vit et travaille près de Montpellier, a exposé ses pièces pour la première fois en République tchèque. Céramiste en terre vernissée, elle a pourtant commencé son parcours professionnel en tant que géologue.

« J’ai exercé se métier pendant dix ans. Avec mon mari qui a été muté à Montpellier, nous sommes descendus dans le sud de la France. Par hasard, nous sommes arrivés dans un village de potiers. Quand j’étais jeune, je voulais faire des beaux-arts, j’ai toujours aimé faire la peinture… Ca été l’occasion d’arrêter mon activité et de me lancer dans la céramique. J’ai découvert les ateliers, j’ai découvert une personne avec qui j’ai travaillé pendant plusieurs années ensuite… J’ai fait des études scientifiques, mais au tout départ, c’était l’artistique qui m’intéressait. Au départ, je travaillais uniquement la terre vernissée, ce qui est une technique traditionnelle du sud de la France – c’est une terre rouge avec des engobes. Avec le temps et mes créations nouvelles… je m’oriente plus vers un décor de faïence. »

Pour les dessins, où est-ce que vous vous inspirez ?

Catherine Cotonian-Moiroux
« Dans le sud, nous avons beaucoup de couleurs, d’arabesques. Je m’inspire aussi de l’écriture. J’ai toujours aimé la calligraphie. C’est un mixte de tout cela. Avec une influence orientale aussi, car j’ai des origines arméniennes. »

Vous habitez Saint-Jean-de Fos…

« C’est un village de potiers depuis le XVIe siècle qui a une tradition de la terre vernissée, un peu comme Beroun d’ailleurs. Les derniers fours se sont éteints après la Deuxième Guerre mondiale. Depuis vingt ans maintenant, des ateliers s’y sont installés. Il y a actuellement une dizaine d’ateliers, plus la Maison de la poterie et un espace scénographique sur la céramique qui sera créé en 2011. »

Vous êtes dix céramistes dans un seul village. Il n’est pas difficile de se faire remarquer ?

Catherine Cotonian-Moiroux, photo: Vladimír Izbický, www.hrncirsketrhy.cz
« Non, au contraire. Nous sommes dans une région où les gens aiment beaucoup la céramique. Ils viennent aussi pour Noël… Plus il y a de potiers, plus ça attire du monde. Ils ne viennent pas pour un atelier, ils viennent pour dix ateliers et la Maison de la poterie, où il y a encore dix productions différentes. »

Vous avez un atelier-boutique que l’on peut visiter ?

« Oui, j’ai mon pur atelier et la boutique où je décore et quand les personnes viennent chez moi, je m’arrête et leur présente mon atelier. »

Vous avez pu voir les travaux de vos collègues tchèques ?

« Oui, c’est aussi coloré, mais il y a également beaucoup de grès, ce sont des couleurs plus brunes. Nous avons, chez nous aussi, cette tradition. Il y a vraiment de tout en culinaire. En France, dans les marchés de potiers, nous avons un peu moins de culinaire et plus de création contemporaine. »

Nous sommes toujours au marché de poterie à Beroun. Je m’arrête devant un stand tchèque. Irena Rampulová possède un atelier de céramique à Kunštát, en Moravie du Sud. Ses pièces ont un design spécifique :

Photo: Vladimír Izbický, www.hrncirsketrhy.cz
« Nous n’utilisons qu’un type de glaçure blanche, combiné avec un décor sans glaçure, gravé. La couleur de toutes les pièces est la même, blanche et brune. C’est utile – vous pouvez choisir des tasses, des coupes, des assiettes de formes différentes et ça va toujours ensemble. Chaque pièce est faite à la main, tournée sur le tour. »

« Dans notre région, les premiers ateliers ont été créés il y a 400 ans. Nous avons une tradition de la céramique tournée. Nous avions aussi, à Kunštát, un lycée professionnel de céramique. Mais cette tradition de la céramique blanche que nous faisons n’est pas si ancienne : cette technique a été inventée dans les années 1950 par le sculpteur et céramiste Jiří Kemr. »

Dans son atelier (que vous pouvez visiter sur www.studiokeramika.cz), Irena Rampulová accueille de temps en temps des amateurs de céramique. Au fait, en combien de temps apprend-on à tourner une poterie ? Irena Rampulová :

« Au lycée professionnel, l’apprentissage dure trois ans…Je vois tout de suite si la personne est douée pour le tournage ou pas. D’ailleurs, tous les artisans ne font pas de la céramique tournée : certains utilisent des moules ou donnent à la terre des formes différentes. Le plus difficile, dans cette technique du tournage, c’est de placer la boule de terre bien au centre. Après, ça va. Il faut essayer… cela ne s’apprend pas du jour au lendemain. »