Des dates de l’histoire tchèque qui finissent par le chiffre „9“

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L’année qui s’est terminée a été sous le signe de la magie du chiffre 8, car beaucoup de moments cruciaux et de tournants importants dans l’histoire tchèque finissent par un 8: 1918 - la naissance de la Tchécoslovaquie, 1938 – l’occupation du pays par Hitler, 1948 - le putsch communiste, 1968 – l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie. Il est aussi intéressant de constater qu’un espace de 20 ans sépare ces événements, à l’exception de 1938 et 1948. Une autre exception, le tournant historique qui s’est produit non pas en 1988, mais en 1989. Le 20e anniversaire de la Révolution de Velours que nous célébrons le 17 novembre est incontestablement la plus importante date de l’année 2009 qui commence. D’autres dates de l’histoire tchèque qui finissent par le 9 sont quant à elles beaucoup moins positives.

Le 19 janvier, 40 années se seront écoulées depuis la mort de Jan Palach, étudiant de la faculté des Lettres de l’Université Charles, qui s’est immolé par le feu pour exprimer sa réprobation de l’occupation en août 1968 et pour inciter la société à s’opposer à la normalisation.

Chaque année, le sacrifice de Jan Palach est commémoré au cimetière pragois d’Olšany où les bougies sont restées allumées depuis 1973 lorsque sa tombe a été supprimée et ses cendres transférées à Všetaty au nord de Prague, jusqu’en 1990, quand elles ont à nouveau été déposées dans la tombe originale. Des cérémonies du souvenir y ont lieu chaque année. Milan Kiska est l’un des participants:

« Se rappeler le sacrifice de Jan Palach est nécessaire. Un si grand sacrifice, car il devait savoir qu'il allait mourir, est décidément digne d’être rappelé, il faut suivre son avertissement, sa mise en garde devant le mal qui doit être combattu par tous les moyens. »

Gustav Husák
L’année 1969 est marquée par d’autres événements néfastes: le cours politique dogmatique est définitivement confirmé au mois d’avril, avec l’arrivée de Gustav Husák à la tête du PCT.

Un point tragique a été mis au Printemps de Prague en 1969 également : lors de la répression brutale des commémorations du 1er anniversaire de l’invasion soviétique, 5 personnes ont été tuées. Cet acte commis par le Corps de sécurité publique n’a jamais été puni.

D’autres événements en 9 sont liés à la première République tchécoslovaque. Un an après sa fondation, l’an 1919 a mis à l’épreuve la jeune démocratie. D’abord, la guerre de 7 jours avec la Pologne pour la région de Tešín, au nord de la Moravie, suivie d’un conflit avec l’armée hongroise pour l’est et le sud de la Slovaquie où un régime fantoche, la République slovaque des conseils, a été proclamé. Un ultimatum a finalement contraint les forces hongroises à se retirer.

Le 15 Mars, 1939
Un autre 9 fatidique arrive 10 ans plus tard : le poste de premier secrétaire du PCT est occupé, en 1929, par Klement Gottwald, disciple fidèle de Stalin. Finalement, l’année 1939 fait partie des dates les plus noires de notre histoire : le 15 mars, les troupes de Hitler envahissent Prague…

Dans l’histoire tchèque plus éloignée, on trouve plusieurs dates importantes qui finissent par le chiffre 9 : Le 18 janvier, 600 ans se seront écoulés depuis la promulgation, en 1409, par le roi Venceslas IV, du Décret dit de Kutná Hora, modifiant la proportion des voix de vote à l’Université praguoise au profit de la nation tchèque. De la proportion 1 : 3 - soit une voix pour la Bohême et 3 voix pour les représentants de la Saxe, de la Bavière et de la Pologne, la proportion a été modifiée au profit de 3 voix pour Tchèques.

Deux siècles plus tard, le 9 juillet 1609, l’empereur Rodolphe II de Habsbourg promulgue un autre décret: la Lettre de Majesté, garantissant aux Etats tchèques non catholique la liberté religieuse. Avec la signature de ce décret instituant la tolérance des Eglises, le pays connaît aussi une consolidation politique, mais pas pour très longtemps. La Lettre de Majesté deviendra une source de conflits entre catholiques et protestants. Explications par l’historien Jiří Mikulec de l’Institut d’histoire de l’Académie des sciences :

« La Lettre de Majesté est allée contre le sens de l’évolution – c’était une impasse sur la voie de la tolérance. Elle contraignait le souverain à légaliser un milieu multiconfessionnel, alors que selon le principe convenu par le Traité de Paix d’Augsbourg entre catholiques et protestants alors en vigueur, c’était le souverain qui décidait de la religion de ses sujets. Pendant les 9 ans de son application, la Lettre de Majesté n’a cessé d’être une pomme de discorde, pour devenir finalement un prétexte pour l’insurrection des Etats tchèques, en 1618. »

L’empereur Rodolphe II est considéré comme une figure incontournable de l’histoire tchèque, mais aussi comme une personnalité controversée. Il en est de même pour une autre figure remarquable, mais pleine de contradictions : le prince Klement von Metternich, auquel deux dates en 9 s’attachent : en 1809, il devient le ministre des Relations extérieures de la monarchie austro-hongroise, et il meurt, en 1859. Dans l’histoire tchèque, Metternich a été pendant longtemps un symbole de la réaction, de l’oppression, des ténèbres. Il n’empêche que, selon certains historiens, sa conception de l’Europe, en tant que concert des grandes puissances, avec l’élimination du pouvoir de la Russie, ait préservé plus de 100 ans de paix sur le continent européen, depuis les guerres napoléoniennes, jusqu’à la Première Guerre mondiale.

1989
Terminons avec une année en 9 qui a apporté un changement positif et historique à notre pays : 1989. D’abord, en janvier, le pouvoir communiste était effrayé par l’ampleur des manifestations commémorant le 20e anniversaire du martyre de Jan Palach, puis en novembre, la Révolution de velours a mis fin aux 40 années du régime totalitaire. C’est ainsi que 20 ans s’écouleront cette année, depuis la chute du communisme dans notre pays.