Des miradors éclaireront-ils la cupidité des descendants d'Oscar Schindler ?

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Un peu plus de cinquante ans après la fin de la Deuxième guerre mondiale, les élus de la commune de Brnenec, en Bohême de l'est, voudraient construire une réplique d'un camp de concentration à l'emplacement même où se situait la fabrique d'armes du controversé Oscar Schindler. Guillaume Narguet.

Selon le maire de Brnenec, Radek Dirr, la réplique du camp de concentration serait avant tout un monument à la mémoire des victimes de l'Holocauste. En aucun cas à celle de Oscar Schindler, personnage aux contours incertains révélé au monde par le réalisateur américain Steven Spielberg dans les années 90 et son film La liste de Schindler. Né dans la région de Svitavy, en Bohême, en 1908, Oscar Schindler était un homme d'affaires sans scrupules ni états d'âmes, un buveur invétéré au service du régime nazi qui devint, dès 1939, à Cracovie, en Pologne, directeur d'une usine exploitant le travail des Juifs. Pourtant, à la fin de la guerre, à la tête de la fabrique d'armes de Brnenec, il aura sauvé la vie de 1200 employés juifs forcés de produire des armes pour la Wehrmacht. En 1963, en Israël, là où se trouve aujourd'hui sa dépouille, il fut même proclamé « Juste entre les peuples ». Si le film de Spielberg a donné de Schindler l'image d'un sauveur, les historiens ne sont pas aussi unanimes et ne savent toujours s'il convient de se ranger derrière la thèse d'un homme ayant agi au nom de l'humanité ou plutôt par intérêt personnel.

Un demi-siècle plus tard, quiconque se rend en Bohême sur les lieux historiques ne trouvera pratiquement rien qui puisse rappeler les faits. Seuls les extérieurs de la fabrique d'armes, qui s'est depuis transformée en usine textile, n'ont aucunement changé. Et le conseil municipal de Brnenec est bien conscient d'avoir laissé passer une aubaine en or, il y a de cela quelques années, quand, à la sortie du film, les expéditions touristiques sur les traces de Schindler se sont faites toujours plus nombreuses. C'est pourquoi, d'ici à deux ans, sous condition toutefois que l'Union européenne apporte son soutien financier, un monument qui prendrait la forme d'une reconstruction à l'identique du camp de concentration de l'époque pourrait voir le jour. Pour améliorer l'impression émotive générale, les phares de deux ou trois miradors éclaireraient les bâtiments du camp. Seulement, le directeur de la compagnie textile, propriétaire des murs de l'usine, qui emploie plus de 400 personnes, ne veut pas entendre parler d'un tel projet. Or, sans l'usine, celui-ci perdrait une bonne partie de son intérêt et, surtout, de son attrait. Les négociations continuent donc, sans que les autochtones s'en émeuvent particulièrement, ce qui, paradoxalement, est peut-être le comportement le plus approprié à la situation...