Donner son sang en République tchèque : un parcours du combattant pour les étrangers

« La République tchèque manque d’entre 100 000 et 150 000 donneurs de sang. » Des titres de ce genre, il y en a régulièrement à la Une de la presse tchèque, et ce depuis au moins une dizaine d’années. Les besoins sont réels, et varient énormément en fonction de la période. A condition d’être en bonne santé, donner son sang est une action bénigne, simple et rapide. En revanche, pour les étrangers en République tchèque – y compris européens – ce n’est pas toujours aussi évident et il faut jongler avec quelques complications administratives.

« Toute personne en bonne santé et ayant entre 18 et 65 ans » peut donner en République tchèque, c’est ce que soulignent la plupart des hôpitaux tchèque sur leurs sites internet. Une règle simple … enfin, presque.

Car selon le site prodarce.cz (https://www.prodarce.cz/darcovstvi/#mohou-cizinci-darovat), il faut remplir les conditions suivantes :

« Etre capable de communiquer en tchèque ; résider en République tchèque depuis plus d’un an et avoir une assurance maladie valable en République tchèque, c’est-à-dire une assurance maladie tchèque, ou une police d’assurance souscrite dans n’importe quel pays de l’Union européenne. »

Photo : Commission européenne

Sauf que ce n’est pas toujours aussi clair. Nous avons pu le constater à Prague, au service de don du sang de l’hôpital de Vinohrady. Sur place on nous informe que la Carte européenne d’assurance maladie ne suffira pas, et qu’il nous faut une assurance maladie tchèque. « Si on découvre une  maladie dans les tests, vous devenez un patient, et cela pourrait coûter cher », nous a-t-on expliqué. Par téléphone quelques jours plus tard, on nous dit finalement dans ce même service d’hématologie, qu’en fait la Carte européenne est acceptée. Il n’empêche que la maîtrise du tchèque reste essentielle.

La République tchèque a un système décentralisé en la matière. Si les règles sanitaires sont strictement appliquées partout, pour ce qui est de l’administratif, il faut s’attendre à ce que les règles varient selon les hôpitaux.

Est-il malgré tout possible de donner son sang sans parler tchèque ?

A Prague, il est possible de se rendre à l’hôpital militaire (ÚVN - Ústřední vojenská nemocnice Praha, U Vojenské nemocnice 1200, 169 02 Praha 6), comme le confirme le chef du service d’hématologie et de transfusion, le professeur Miloš Bohoněk :

« Les citoyens étrangers peuvent donner du sang à l’hôpital militaire. Il faut qu’ils aient une assurance maladie acceptable, et ils doivent remplir un questionnaire en anglais ».

Qu’est-ce qu’une « assurance maladie acceptable » ?

« Une assurance valide en République tchèque. Tout peut arriver après un don du sang de tomber dans les escaliers par exemple. Donc en cas de pépin il faut être couvert par une assurance maladie. »

Une Carte européenne d’assurance maladie suffit-elle ?

Photo : Filip Jandourek,  ČRo

« Oui, je pense que cela suffit. Mais il faut également préciser que nous acceptons uniquement les gens qui restent longtemps en République tchèque, les employés ou les étudiants par exemple. »

Selon le professeur Bohoněk, l’hôpital universitaire de Prague (VFN - U Nemocnice 499/2, 128 08 Prague 2) accepte également les étrangers parlant anglais.

A l'hôpital universitaire de Brno-Bohunice, environ 200 étrangers donnent de manière régulière, qu'ils parlent tchèque ou anglais. Il est possible d'aller donner son sang quelle que soit la durée du séjour en République tchèque, et les services de l'hôpital envisagent même de se déplacer dans des entreprises internationales.

Précision importante, à cause de la Crise de la vache folle, le don du sang peut vous être refusé si vous avez vécu plus de six mois en France ou en Grande-Bretagne entre 1980 et 1996. Si vous venez de vous faire tatouer il faudra également prendre quelques précautions et respecter un délai d’attente.

Un système améliorable en plusieurs points

Il y a quelques semaines, la station de la Radio tchèque destinée aux jeunes, Radio Wave, pointait une restriction et la jugeait « particulièrement problématique » : les hommes gays ne peuvent donner leur sang qu’à condition de respecter une période d’abstinence d’un an.

Photo : Filip Jandourek,  ČRo

Cette mesure est régulièrement critiquée. Selon une professeure d’hématologie citée par Radio Wave, « l'incidence des personnes séropositives est beaucoup plus élevée [parmi les homosexuels] que chez les hétérosexuels ». D’autres interlocuteurs de la station pointaient en revanche des « pratiques à risques » et non des « personnes à risque ». Des législations similaires ont également été instaurées dans de nombreux pays dans les années 1980, mais tendent à les assouplir, voire à les supprimer. Ce qui n’est pas encore le cas en République tchèque.

Autre sujet : l’organisation du don du sang en République tchèque pose un certain nombre de problèmes de coordination selon le professeur Bohoněk qui est également responsable de l’Association des transfusions sanguines de République tchèque :

« Il y un manque d’organisation en République tchèque. Nous avons 65 centres de transfusion sanguine et le système est basé sur les hôpitaux, et non centralisé. Nous aimerions, en tant que professionnels, que ce soit centralisé, mais nous avons besoin pour cela de soutien politique. Or cette question ne tient pas à cœur aux hommes politiques. ».

A bon entendeur, donc.