En Ecosse, un monument à la mémoire du pilote de chasse tchécoslovaque František Hekl

Le monument à la mémoire du pilote de chasse tchécoslovaque František Hekl

Un monument à la mémoire du pilote František Hekl, membre du 312e  escadron tchécoslovaque de la Royal Air Force et mort en 1941 à l’âge de 26 ans lors d’un entraînement, a été inauguré récemment sur les berges du Loch Doon, en Ecosse.

Le 7 septembre plus d’une centaine de personnes s’est rassemblée pour rendre hommage au pilote tchécoslovaque František Hekl | Photo: Jan Schejbal,  Ministère de la Défense

C’est sous une pluie battante – mais est-ce vraiment une surprise en Ecosse ? – que s’est rassemblée le 7 septembre plus d’une centaine de personnes pour rendre hommage au pilote tchécoslovaque František Hekl. Parmi elles, la ministre tchèque de la Défense Jana Černochová (ODS) et la présidente de la Chambre des députés Markéta Pekarová Adamová (TOP09) tout comme des représentants officiels britanniques – mais aussi ukrainiens. Une cérémonie écossaisse ne pouvant faire l’impasse sur la cornemuse, c’est toutefois un ensemble tchèque qui avait fait le déplacement pour, en ouverture, jouer de cet instrument qui bénéficie aussi d’une petite tradition bien implantée en Bohême.

Photo: Jan Schejbal,  Ministère de la Défense

František Hekl, 26 ans à peine, pilote du 312e escadron de chasse de la RAF a décollé de sa base le 25 octobre 1941 pour son deuxième vol d’entraînement à bord d’un Spitfire. Un vol qui s’est terminé au fond du Loch Doon, un lac situé dans la région de Carrick, au sud-ouest de l’Ecosse. Egalement présent à la cérémonie début septembre, le petit-neveu du pilote, Vlastimil Heckel qui s’était déjà rendu par le passé au bord du lac. L’inauguration d’un monument à la mémoire de son grand-oncle était, selon ses dires, l’aboutissement d’un souhait enfin réalisé.

Peter Howieson | Photo: Jaromír Marek,  ČRo

Parmi les personnes qui ne pouvaient manquer à la cérémonie, l’homme qui a localisé l’avion au fond du lac dans les années 1980 et qui est parvenu à l’extraire des fonds, Peter Howieson, le directeur du Musée de l’aviation de Dumfries où est exposé le Spitfire entièrement restauré :

« Cet avion a une longue histoire liée à la bataille d’Angleterre en 1940. Il a été piloté par différents aviateurs et a servi pour de nombreuses missions avant de rejoindre l'escadron tchèque, où il a servi presque exclusivement comme avion d'entraînement de fin de sa carrière. Les archives nous permettent de continuer à en apprendre davantage sur ce Spitfire. Nous découvrons de nouveaux détails sur les pilotes qui l’ont eu entre les mains et les missions qu’il a effectuées. Il a une histoire vraiment très riche. »

Le Spitfire de František Hekl entièrement restauré | Photo: Jaromír Marek,  ČRo

Car si le Spitfire est en effet un des symboles de la bataille d’Angleterre, il est aussi celui de l’engagement des pilotes tchécoslovaques dans la Royal Air Force. Un chapitre de l’histoire militaire du pays rappelé par le film de Jan Svěrák A Dark Blue Wold (Tmavomodrý svět) mais aussi par les deux sculptures géantes de Spitfires aux ailes de papillons que l’artiste David Černý a fait installer en mai 2024, malgré la controverse, sur la façade du centre commercial Máj à Prague.

Quelque 2 500 aviateurs tchécoslovaques ont combattu dans la RAF pendant la Seconde Guerre mondiale, dont entre 1 200 et 1 300 ont participé à des opérations aériennes. Près de 500 d’entre eux sont tombés au combat ou sont morts dans des accidents. Après la débâcle en France, une grande majorité des militaires tchécoslovaques qui s’y trouvaient déjà exilés, pilotes ou autres, ont trouvé refuge en Grande Bretagne et se sont engagés dans l’armée britannique. Les pilotes s’y sont tout particulièrement distingués en intégrant des escadrons britanniques, mais aussi et surtout en bénéficiant de la possibilité de former leurs propres escadrons de chasse (310e, 312e et 313e) ainsi qu’un escadron de bombardiers (311e).

František Hekl | Photo: Jaromír Marek,  ČRo

František Hekl a fait partie de ceux qui ont eu un parcours différent de ceux qui s’étaient réfugiés en France après 1938 ou 1939, comme le rappelle Peter Howieson :

« Son histoire est fascinante, surtout quand on sait ce qu’a vécu František Hekl : il a fui la Tchécoslovaquie où il était membre de l’armée de l’air, s’est réfugié en Pologne où il a rejoint l’armée de l’air, puis a été capturé par les Russes, s’est échappé, s’est rendu en Inde, puis a finalement atteint le Royaume-Uni et rejoint la RAF. C'est un parcours tout à fait remarquable. Malheureusement, peu de temps après, il a été trouvé la mort à Loch Doon. »

Un autre héros de l’aviation tchécoslovaque Alois Vašátko, qui connaîtra près d’un an plus tard une fin tragique dans la Manche après une collision avec un Focke-Wulf, avait d’ailleurs remarqué le jeune homme qu’il décrivait comme un « officier très compétent et un pilote de chasse doué et zélé ».

Le Spitfire de František Hekl entièrement restauré | Photo: Jaromír Marek,  ČRo
Musée de l’aviation de Dumfries | Photo: Jaromír Marek,  ČRo

Jusqu’à présent, c’est le Spitfire de František Hekl, entièrement retapé et restauré par Peter Howieson pendant 25 ans au bas mot, qui était l’attraction principale du musée de Dumfries, permettant ainsi d’entretenir sa mémoire : désormais, le mémorial conçu par l’artiste tchèque Pavel Holý et créé par Kevin Roberts, un tailleur de pierre de la Valley de Doon, montrant un avion tombant en piqué dans l’eau, rappellera lui aussi le destin tragique de František Hekl. Ce soldat est le deuxième pilote tchécoslovaque à avoir son propre monument en Grande Bretagne, témoignage de l’engagement sans faille de nombreux Tchécoslovaques dans la lutte contre les nazis.

Le monument à la mémoire du pilote de chasse tchécoslovaque František Hekl | Photo: Jan Schejbal,  Ministère de la Défense
Auteurs: Anna Kubišta , Jaromír Marek
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