En Tchéquie, la grippe inquiète davantage que le coronavirus

Foto: ČTK / Xiong Qi/Xinhua via AP

Pour l’heure, aucun cas d’infection par le nouveau coronavirus qui sévit en Chine n’a encore été recensé en République tchèque, où la menace de propagation globale de l’épidémie n’inquiète encore que très relativement.

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Dans un commentaire publié dans son édition de ce mercredi, le quotidien Hospodářské noviny estime qu’il n’y a pas lieu de céder à l’hystérie. « Officiellement, plus de 5 000 personnes seraient contaminées en Chine et il y aurait déjà plus de 100 morts, explique-t-il ainsi. Mais comparons ces chiffres avec une grippe ordinaire : rien qu’en République tchèque, chaque année, durant les quelques semaines d’épidémie, plus d’un million de personnes contractent la maladie et entre 1 500 et 2 000 en meurent. Pourtant, aucune panique n’éclate lorsque la grippe commence à sévir. Nous nous sommes tout simplement habitués à ses milliers de victimes. » Si, plus loin, l’auteur du commentaire admet qu’il convient de prendre toutes les précautions et que ce nouveau coronavirus est plus dangereux qu’une grippe, il rappelle aussi que les précédentes épidémies similaires de ces dernières années, qu’il s’agisse par exemple de celles du SRAS en 2003 ou d’Ebola en 2014, ont finalement été maîtrisées avec succès.

« Avec tout le respect pour leurs différentes victimes, tout cela est sans aucune mesure avec l’épidémie de grippe espagnole qui a tué plus de 100 millions de personnes après la Première Guerre mondiale », souligne-t-il encore, avant d’accuser les médias de dramatiser la situation, donnant ainsi une vision déformée et donc fausse de sa réelle gravité. « Dans son livre Factfulness, le professeur de santé publique Hans Rosling avait procédé au décompte suivant : tandis que 31 personnes sont mortes victimes de la grippe porcine et que Google a recensé plus de 250 000 articles sur le sujet en l’espace de deux semaines en 2009, 63 000 personnes dans le monde sont mortes de la tuberculose durant la même période pour un nombre d’articles 80 000 fois moindre. »

Tomáš Petříček, photo: ČTK / Vít Šimánek
Quoiqu’il en soit, le ministère des Affaires étrangères à Prague, comme ailleurs en Europe, recommande de ne voyager en Chine qu’en cas d’absolue nécessité et de reporter tout déplacement non impératif. De même, l’ambassade tchèque à Séoul a appelé les ressortissants tchèques qui séjourneraient illégalement en Corée du Sud à ne pas craindre de se laisser consulter en cas de problèmes de santé, qu’ils ne risquaient pas d’être déportés.

Par ailleurs, mardi, le chef de la diplomatie a confirmé que le ressortissant tchèque qui était hospitalisé au Vietnam n’était pas contaminé. Tomáš Petříček a également indiqué que deux étudiants tchèques isolés à Wuhan pourront se joindre à l’évacuation en avion organisée par le gouvernement français, soucieux de répondre au souhait des Français se trouvant sur place de rentrer en dans leur pays :

« La France a accepté notre demande pour assurer leur évacuation en même temps que celles des ressortissants français. Nous devons encore résoudre quelques questions d’ordre logistique et tenir compte notamment de la mise en quarantaine de quatorze jours qui sera nécessaire, probablement en France, après leur rapatriement. Celui-ci devrait pouvoir s’effectuer dans le milieu de cette semaine. »

Adam Vojtěch, photo: ČTK / Vít Šimánek
Toujours selon Tomáš Petříček, deux autres Tchèques séjournent eux aussi à Wuhan, épicentre de l’épidémie, mais ne souhaitent pas quitter la ville confinée dans laquelle ils vivent depuis plusieurs années.

Avant cela, mardi, le ministre de la Santé, Adam Vojtěch, a assuré les députés que le gouvernement ne sous-estimait pas la situation, que les moyens mis en œuvre pour faire face à une éventuelle apparition du virus en République tchèque était « suffisants » et qu’il n’y avait par conséquent aucune raison de paniquer. Et lui aussi a ajouté que la diffusion de la grippe l’inquiétait davantage. « Nous sommes à la limite d’une épidémie », a-t-il constaté.