En Tchéquie, les élèves des deux premiers niveaux du primaire retrouvent les bancs d’école

Photo: ČTK/Michal Kamaryt

Gros soulagement pour les parents des enfants en classe de CP et CE1, casse-tête pour les enseignants, qui bien souvent doivent remanier les emplois du temps, sans cours de musique ou d’éducation physique : les cours reprennent ce mercredi pour les deux premiers niveaux du primaire en Tchéquie, après plus d’un mois d’école à distance en raison de l’épidémie de Covid-19.

« Je suis heureux de retrouver les enfants en classe face à face, ou plutôt masque à masque, si l’on peut dire. Pour être tout à fait honnête, j’ai peur aussi : il y a beaucoup de choses à surveiller, c’est une grande responsabilité aussi. Mais, c’est une joie de voir que les enfants se réjouissent de retourner à l’école : ça réchauffe le cœur. »

Photo: ČTK/Luděk Peřina

Michal Kopeček est instituteur dans une école du Ve arrondissement de Prague. A la veille du grand retour en classe, c’est un mélange de satisfaction et néanmoins d’un peu d’appréhension qui prévaut. Le retour à l’école « sans condition » des élèves de CP et CE1 le 2 novembre ayant été repoussé, la reprise des cours  en présentiel au plus vite pour ces deux niveaux était une des priorités du ministre de l’Education. En jeu, évidemment, le jeune âge des enfants et la nécessité d’un suivi bien plus important, notamment pour les « prvňáčci », les élèves du cours préparatoire qui vivent une année clé avec l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

« Heureusement, j’ai des élèves du deuxième niveau. Ils savent déjà lire, écrire, compter. Avec le premier niveau, c’est beaucoup plus difficile de faire l’école à distance. Mais un pédagogue de qualité peut y arriver, avec bien entendu le soutien des parents d’élèves. Ce qui m’inquiète le plus, c’est la question de la socialisation. Les enfants acquièrent des liens primaires, des compétences, des habitudes importantes pour l’environnement scolaire. Ils apprennent de nouvelles règles et se construisent une position dans la classe. Ils apprennent à ne pas compter uniquement sur les parents. Or, tout cela a été interrompu. »

Martin, le fils de Jana est dans la classe de Michal Kopeček et a retrouvé les bancs de l’école et ses copains ce mercredi. Mais sa fille Ema, en CM2, doit continuer les cours en ligne :

Photo: ČTK/David Taneček

« Personnellement je suis très contente de ce retour en cours des deux premiers niveaux. Je n’étais pas très heureuse de la fermeture des écoles. En comparant avec les pays voisins, qui ont maintenu les cours en présentiel, je me suis dit qu’on aurait pu faire autrement en Tchéquie. Pour moi les cours en ligne sont surtout une solution de secours. En ce qui concerne tous les niveaux, je comprends pourquoi ce retour est envisagé de manière progressive. D’après les statistiques, les contaminations ont été très nombreuses à l’école. Bien que ma fille soit en CM2 et que j’aimerais que les deux enfants soient à l’école, j’accepte la situation. J’espère que la situation sanitaire sera vite maîtrisée et que les cours reprendront pour tous. »

Ce retour en cours est toutefois soumis à différentes restrictions, comme le port du masque tout au long de la journée, pour les élèves et les enseignants, et la nécessité d’aérer les classes au maximum :

« Je dois dire que le port du masque en classe me dérange. D’abord, c’est désagréable pour tous, et puis on doit beaucoup communique. Or il est important d’observer l’expression du visage pour comprendre les émotions des autres. Pour les enseignants, c’est épuisant de parler à travers le masque. Les enfants sont adaptables, mais cela ne les rend pas pour autant heureux. En plus, je pense que cela comporte quand même des risques pour la santé. Nous sommes dans une situation où nous sommes tenus d’assurer une circulation régulière de l’air, à un moment où les températures sont en train de chuter. Certains enfants sont susceptibles de tomber malades et nous sommes tenus de renvoyer à la maison ceux présentant des signes de maladie. C’est une situation un peu schizophrène. Il reste à trouver une solution pour tous : par exemple, porter des pulls épais ! »

Photo: ČTK/Kateřina Šulová

L’emploi du temps des élèves a également dû être remanié : exit les cours de musique, pas de sport non plus, sauf éventuellement en extérieur, et pas de piscine dans le cas de cette école qui a pourtant la chance d’avoir un bassin. Jana, pour sa part, a du mal à comprendre l’absence d’éducation physique :

« Evidemment, les cours de musique, c’est important, mais bon, les enfants peuvent écouter et chanter des chansons à la maison. Dans notre cas, nos deux enfants font du piano à la maison, donc je n’ai pas trop de craintes. Mais en ce qui concerne le sport, j’estime que le mouvement est absolument nécessaire pour les enfants – et pour les adultes d’ailleurs ! Je pense que c’est ce qui leur fait le plus défaut actuellement, que ce soit pour leur santé physique ou mentale, ou bien le fait de se dépenser. Je pense qu’une solution aurait pu être trouvée pour maintenir les cours de gymnastique en créant des groupes par exemple. »

Combien de temps ces cours en présentiel resteront-ils d’actualité ? Un nouveau tour de vis n’est-il pas à craindre, avec un retour de l’école à distance ? Les enseignants sont-ils mieux préparés à y faire face ? Et plus important : ces cours via Internet auront-ils des conséquences sur le niveau des élèves ? Michal Kopeček :

Photo illustrative: Lenka Žižková

« A long terme, c’est difficile à dire car cette situation est nouvelle pour nous tous. Nous devons faire face à ces circonstances particulières, et évidemment il y aura des impacts négatifs. On peut apprendre l’essentiel que ce soit en cours ou à la maison, mais les élèves peuvent développer des problèmes de relations avec les autres, ou avoir du mal à accepter des règles communes. On verra avec le temps. Pendant l’été, il était clair que cette situation allait se reproduire à un moment ou à un autre. Nous avons commencé à utiliser une plateforme d’information unifiée en prévision des cours à distance. Nous avons tout fait pour faciliter le travail aux enseignants, aux élèves et aux parents. Quand vous avez une bonne classe, ça va tout seul. »

Pour Jana, si la deuxième vague du coronavirus a été plutôt bien gérée par l’école de ses enfants, le problème d’une scolarisation interrompue à plusieurs reprises reste le problème

Photo illustrative: Julia M Cameron/Pexels

« Quand je compare les cours à distance au printemps dernier et aujourd’hui, je dois dire que c’est beaucoup mieux. Notre école était préparée : pendant l’été, elle a acheté une licence Microsoft Teams pour tous les enfants. Les plus âgés ont été formés à partir de la rentrée pour savoir l’utiliser tous seuls. Les plus petits s’y sont aussi adaptés, avec l’aide des parents. Au printemps dernier, nous recevions des devoirs à faire avec les enfants et de temps en temps une vidéo en ligne, cet automne c’étaient de vrais cours en ligne et je dois dire que c’est vraiment beaucoup mieux. Quant aux conséquences à long terme… L’an dernier mon fils était en CP, cette année en CE1 et il n’a pas encore eu une véritable année scolaire. Pour lui, la norme, c’est aller à l’école parfois, et parfois faire cours depuis la maison. Je ne crains pas tant les conséquences sur le niveau des élèves que sur la socialisation et la discipline. On verra bien… »