Enquête sur la sex-identité : « Beyond Binaries », un festival queer de Prague à Ljubljana

Beyond Binaries

Dépasser les frontières entre les genres, les pays et les langues, c’est bien l’objectif de « Beyond Binaries ». À cheval entre Prague et Ljubljana, ce nouveau mini-festival se penche sur l’épineux problème des mots en bi- : bi, comme bisexualité, mais aussi comme binarité.

Beyond Binaries
Ces questions, qui permettent d’évoquer l’intolérance ou la négligence envers les queers dans la société, sont aussi des vecteurs de tensions au cœur de la communauté elle-même. L’intérêt d’un tel événement, intersectionnel et interfrontalier, est donc de réunir, en l’espace de deux week-ends, une communauté queer fragmentée.

Du vendredi 26 au samedi 27 avril, c’était donc à la galerie Prostor39 d’accueillir l’artiste et activiste Tereza Silon, organisatrice de l’événement à Prague, Ada Černoša, membre du collectif slovène « Kvartir », ainsi que les collectifs « Queer & Trans Youth CZ », « Form & Flow » et « Transparent CZ ». L’événement, qui regroupe les scènes théorique et artistique, se poursuit à Ljubljana du 23 au 25 mai.

Tereza Silon, Ada Černoša et Dorian Ká de « Transparents CZ » nous expliquent l’intérêt d’un tel événement aujourd’hui.

« Les études montrent qu’un grand nombre de jeunes s’identifient comme bi ; à l’étranger, elles montrent qu’au moins la moitié d’entre eux ne se disent pas exclusivement gay ou hétéro. Il y a aussi de plus en plus de gens pour remettre en question le genre et les rôles qu’il nous assigne traditionnellement. »

« On voulait donc y répondre autant que faire se peut, puis offrir à ces communautés un espace où se réunir et explorer de nouvelles pistes comme le féminisme. L’idée est aussi de voir comment on peut valoriser ce type d’activisme, prendre soin de soi et participer tous ensemble à un débat commun. »

Photo illustrative: Wokandapix,  Pixabay,  CC0
Au programme, il y avait effectivement des présentations suivies de débats, mais aussi des ateliers de yoga et de création artistique, un brunch convivial, et pour clore la soirée de samedi en beauté, un concert de guitare acoustique. Aux notes de l’Américaine résidente à Prague Emily Thiel s’entremêlaient des lectures de contes et de poèmes écrits en tchèque par Miroslava Konečná et Magdaléna Šipka. Pour les personnes qui ne comprendraient pas la langue, un projet de traduction en slovène et en anglais est même en cours.

Si de tels événements ne sont pas anodins au cœur de l’actuel environnement politique, il faut cependant souligner leur aspect chaleureux. Le but n’est pas tant de dénoncer que d’apporter de l’attention, de la joie et du réconfort aux queers de tous les pays – ou, du moins, dans la mesure du possible ! Comme en témoignent Dorian, Ada et Tereza, c’est aussi grâce à ce genre d’événements que se tissent des liens forts au sein de la communauté queer. Le challenge de ce mini-festival n’est pas seulement d’essayer de résoudre de véritables problèmes identitaires sur le plan conceptuel, mais également de ressouder une communauté éclatée entre ses différentes approches du genre et de la sexualité.

« L’un des plus beaux aspects de ce projet était son caractère international. Je viens de Slovénie, où la seconde partie du projet se tiendra dans un mois. Je ne parle donc pas le tchèque, comme une bonne partie des autres participants ! C’était un moment bilingue, et il m’a semblé merveilleux de voir en pratique comment on alternait entre les langues et comment les gens parvenaient à se comprendre quand même. »

« A mon avis, ce genre d’événement est l’eau vive de notre communauté : pour fonctionner, elle a besoin que ses membres se réunissent et partagent des expériences positives. »

Ljubljana,  photo: Aleš Kravos,  CC BY-SA 4.0
Si Ljubljana est le théâtre de beaucoup d’événements queers, ce n’est pas forcément le cas de Prague, où la communauté est pourtant plus importante. Bien que l’engagement des gens aille croissant, selon Tereza, il reste encore beaucoup à faire. D’autant que la tolérance des capitales est loin de refléter la réalité de la province. L’intérêt de ce mini-festival est également de mettre en relation les différentes générations queer afin d’en illustrer le plus largement possible toute la diversité -la richesse, en somme.

L’essentiel pour les organisatrices est de vaincre le sentiment d’isolement voire d’ « anormalité » de trop nombreux jeunes, davantage que de s’inscrire dans un débat politique actuel - on pourrait penser au mariage pour tous, en filigrane duquel plusieurs droits sont revendiqués par les communautés LGBTQ.