Explorateur humaniste et polyglotte, Miloslav Stingl s’en est allé

Miloslav Stingl, photo: Jana Myslivečková, ČRo

Il a parcouru 150 pays, réalisé 14 voyages autour du monde, il maîtrisait près d’une vingtaine de langues et de dialectes. En tout, il a passé 19 ans sur les routes à étudier différentes civilisations et à collecter de nouvelles connaissances ethnologiques : l’explorateur et écrivain tchèque Miloslav Stingl est décédé lundi 11 mars à l’âge de 89 ans. Retour sur une vie dédiée à la découverte du monde et de ses peuples.

Miloslav Stingl, photo: Jana Myslivečková, ČRo

Ce sont plusieurs générations de Tchèques qui grâce aux nombreux documentaires et récits d’expédition de Miloslav Stingl ont pu voyager par procuration, au-delà du rideau de fer, à une époque où sortir du bloc de l’Est s’apparentait à un parcours du combattant pour tout citoyen ordinaire.

« J’étudiais des peuples hors du continent européen, donc les communistes ne pouvaient pas me reprocher de devoir voyager. Je crois qu’à l’époque, les fonctionnaires d’Etat me prenaient surtout pour une sorte de fou inoffensif. »

« J’étudiais des peuples hors du continent européen, donc les communistes ne pouvaient pas me reprocher de devoir voyager. Je crois qu’à l’époque, les fonctionnaires d’Etat me prenaient surtout pour une sorte de fou inoffensif. » Voilà comment l’intéressé expliquait il y a quelques années la liberté avec laquelle il avait pu sillonner les routes, alors qu’il n’était pas encarté au parti et qu’il avait un passé de scout, mouvement peu apprécié du régime en place.

Né à Bílina le 19 décembre 1930, Miloslav Stingl a grandi dans la ville thermale de Karlovy Vary : dès l’enfance, il dévore les livres de géographie et de voyages, dessine des cartes, et même un atlas. Le jeune garçon veut écrire et voyager : il transformera son rêve en destin d’une vie.

Miloslav Stingl, photo: Archives de Miloslav Stingl/ČRo
Ses premiers voyages l’emmènent dès les années 1950 dans le Caucase, des destinations sans doute plus faisables puisqu’il s’agit de pays faisant partie de l’URSS. Puis ce sera le Mexique, Cuba au moment du blocus américain, le continent Arctique, la Polynésie, la Papouasie-Nouvelle Guinée, l’Amérique du Sud et du Nord. C’est là, qu’il sera d’ailleurs fait chef d'honneur de la tribu amérindienne des Kickapous. L’historien Adam Chroust, qui est à l’origine d’une biographie consacrée à l’explorateur, est revenu sur cet épisode :

« Je pense que cet honneur lui a été rendu parce qu’il était une personne incroyablement amicale. En 1968, il a passé plusieurs mois auprès de la tribu des Kickapous en Oklahoma. Il est devenu amis avec eux par son comportement. Il leur a en outre servi en quelque sorte de ministre des Affaires étrangères. Les Amérindiens vivent de manière en partie autonome par rapport au gouvernement fédéral, or à l’époque il les a aidés à régler certains conflits avec les autorités. Quelques années plus tard, lorsque leur chef est mort, ils ont envoyé une délégation en Tchécoslovaquie pour demander au gouvernement si Miloslav Stingl pourrait devenir leur chef d’honneur. C’est vraiment là la preuve de l’élégance de ses rapports avec les gens partout dans le monde. »

Miloslav Stingl, photo: Archives de Miloslav Stingl/ČRo
Une élégance qu’il couplait à l’humilité du chercheur, lui dont le mot d’ordre était de toujours essayer de se comporter comme les populations qu’il étudiait, sans attitude hautaine et sans choquer les habitudes, mais sans essayer pour autant d’imiter des coutumes de manière artificielle.

Miloslav Stingl a tiré de ses expéditions autour du globe 43 ouvrages publiés à quelques 17 millions d’exemplaires. Car ceux-ci sont également sortis dans différents pays ce qui fait de l’ethnologue l’auteur tchèque le plus traduit dans le monde.

Ses voyages et sa connaissance profonde des humains lui ont aussi donné une hauteur de vue qu’il emporte avec lui pour son dernier voyage : « Je suis une personne totalement apolitique, et s’il est une chose que je condamne en tant qu’ethnologue, c’est le racisme, » disait Miloslav Stingl de sa vision de la vie en société.

Photo: repro Adam Chroust, 'Stingl Miloslav - Biografie cestovatelské legendy'/Jota