Foot : en Tchéquie, l’étrange affaire de l’entraîneur qui filmait ses joueuses sous la douche
Il n’a probablement encore jamais été autant question de football féminin en République tchèque que ces dernières semaines. Et ce, à la fois pour des raisons sportives ou culturelles, avec la diffusion actuellement d’une excellente série documentaire sur l’équipe du Slavia Prague, mais aussi judiciaires avec une trouble affaire de vidéos de joueuses enregistrées par leur ancien entraîneur dans les vestiaires.
En République tchèque, l’actualité du football féminin, c’est d’abord le résultat nul (2-2) concédé par l’équipe nationale contre le pays de Galles, mardi soir à Uherské Hradiště, en ouverture des éliminatoires pour la Coupe du monde qui se tiendra en 2027 au Brésil. Un partage des points au fort goût d’inachevé puisque les Galloises ont égalisé en toute fin de match, dans le temps additionnel de la deuxième mi-temps, comme le regrettait la sélectionneuse Jitka Klimková :
« C’est décevant parce que nous voulions commencer cette campagne de qualification du bon pied mais aussi parce qu’une victoire aurait récompensé le bon travail que les filles ont effectué durant tout le stage de préparation à ce match. Mais cela fait aussi partie du jeu et ce résultat ne remet rien en cause. Il faut retenir les leçons et continuer à aller de l’avant, avec dès samedi le prochain match en Albanie. C’est la vie... »
Jamais encore les « Lionnes », le surnom de la Reprezentace, n’étant parvenues à se qualifier pour la phase finale d’une grande compétition internationale, Euro comme Mondial, l’objectif apparaît donc comme une évidence : briser le plafond de verre pour pouvoir mettre davantage en lumière un football féminin qui, à l’échelle nationale, dans un championnat d’élite qui ne compte que huit équipes, se résume trop souvent à un duel entre le Sparta et le Slavia, les deux grands rivaux pragois qui, depuis la création de la compétition en 1993, ont accaparé tous les titres de championnes de République tchèque.
« Les Déesses du Slavia »
Mais le football féminin en République tchèque, c’est aussi, depuis peu, « Bohyně Slavie » (« Les Déesses du Slavia »), une mini-série télévisée à succès qui, en quatre épisodes, raconte une année dans la vie du prestigieux club pragois et de ses joueuses. Une série documentaire toute en sensibilité qui montre les joies et les peines de ces jeunes sportives, leurs rêves, leurs espoirs et leurs angoisses, les inévitables tensions et dilemmes auxquels elles sont confrontées en tant que femmes, et plus généralement la réalité de la vie quotidienne, sur comme en dehors du terrain, d’une footballeuse de haut niveau en République tchèque ; souvent très éloignée de celle des hommes joueurs professionnels.
Un documentaire, qui comme l’explique Tomáš Klein, son co-réalisateur avec Linda Kallistová Jablonská, « ne traite pas uniquement de football, mais montre un groupe de filles qui font ce qu’elles veulent, ce qui leur plaît et ce dans quoi elles excellent, sans se soucier de ce qu’en pensent les garçons ».
Un film dans lequel il est aussi question d’une sombre affaire qui, bien qu’elle remonte déjà à quelques années, n’a été révélée au grand jour que tout récemment.
Coupable mais remis en liberté
Quatre ans durant, Petr Vlachovský, longtemps considéré comme l’un des meilleurs entraîneurs de football féminin en République tchèque (il avait même été élu Entraîneur de l’année en 2018 et coaché l’équipe nationale des moins de 19 ans), a filmé en secret, à l’aide d’une mini-caméra dissimulée dans un sac à dos, les vestiaires et les douches des joueuses du 1. FC Slovácko, club de la ville d’Uherské Hradiště (Moravie du Sud). C’est en surveillant les comptes d’utilisateurs d’un site de rencontres érotiques qui échangeaient des contenus pédopornographiques que la police, en 2023, a découvert par hasard l’activité de Petr Vlachovský, homme âgé aujourd’hui de 42 ans.
Sur son ordinateur et sur un disque externe figuraient vingt-huit enregistrements. Quatorze joueuses, agées de 17 à 25 ans, ont été filmées par leur entraîneur durant cette période. Neuf photos à caractère pédopornographique, que lui avait envoyées un autre utilisateur du site érotique avec lequel Petr Vlachovský échangeait ses vidéos réalisées dans les vestiaires, ont également été retrouvées.
Ce n’est pourtant que le 1er février dernier, soit deux ans et demi après son arrestation, que Seznam Zprávy, un des sites d’information les plus lus en République tchèque, a dévoilé l’affaire. Neuf mois aussi après que Petr Vlachovský, sans que personne alors ne le sache alors, a été condamné à un an de prison avec sursis, à trois ans de mise à l’épreuve, à cinq ans d’interdiction d’entraîner et à verser une indemnité de 20 000 couronnes (815 euros) à chacune des victimes. Une condamnation à la suite de laquelle aucun journaliste n’a réussi à obtenir de réaction de Petr Vlachovský.
Traumatisées pour la plupart d'entre elles par cette affaire, nombre de joueuses se sont quant à elles dites déçues par la clémence du verdict rendu sans audience publique préalable par la justice. Mais alors qu’elles sont dans l’impossibilité de faire appel, une simple ordonnance pénale ayant été prononcée, l’Association tchèque des joueurs de football (ČAFH), syndicat qui défend les droits et les intérêts de ces derniers, a informé, ce mercredi, qu’elle avait appelé la Fédération internationale de football (FIFA) à imposer à Petr Vlachovský une suspension à vie de toute actvitié en lien avec le football.






