Forum 2005

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La coexistence des cultures dans le monde globalisé et le rapport entre la démocratie et le fanatisme religieux étaient au coeur des débats de la conférence internationale Forum 2000, qui a pris fin lundi à Prague, et dont la première édition a eu lieu il y a neuf ans, sous l'impulsion de Vaclav Havel. La conclusion sur laquelle ses participants se sont mis d'accord est la suivante : l'approfondissement de la démocratie ne représente pas une garantie suffisante pour réprimer le terrorisme. La nécessité de penser sérieusement le terme terrorisme que l'ONU n'arrive pas à définir a été soulignée par le philosophe français, André Glucksmann :

« Disons sérieusement que le terrorisme, c'est l'action, l'agression délibérée, par des gens armés, de populations désarmées. La guerre maintenant atteint tout le monde, il n'y a pas l'arrière et l'avant, c'est universel. Nous sommes passés, le 11 septembre, de l'ère de la bombe hydrogène à l'ère de la bombe humaine. Pour le XXIe siècle il y a tout à coup, entre quasiment toutes les mains, la réunion du pouvoir dévastateur de Hiroshima et du pouvoir annihilateur, du fanatisme annihilateur d'Auschwitz. »

Dans son intervention M. Glucksmann a rendu hommage aux dissidents tchèques et s'est référé au co-fondateur de la Charte 77, le philosophe Jan Patocka. Je l'ai invité au micro pour lui demander pourquoi:

« Les dissidents tchèques étaient exemplaires, parce qu'ils arrivaient à s'entendre avec leurs différences et je trouve ca magnifique, parce que c'est la seule forme de coexistence possible pour l'humanité au deuxième millénaire. Pourquoi ils ont réussi cela ? Parce qu'ils se sont regroupés non pas en faveur d'un idéal, mais contre les périls : ils étaient d'accord contre la dictature et c'est Patocka qui a expliqué que l'homme du XXe et du XXIe siècle se définit face aux périls dans ce qu'il a appelé l'expérience du front : la guerre de 1914 a appris aux nations européennes qu'elles étaient mortelles. La guerre de 1940, la bombe atomique et les camps de concertation ont appris à l'humanité qu'elle était mortelle. Et le 11 septembre 2001 apprend que cette capacité de mettre fin à l'humanité, cette capacité de produire la fin du monde, n'appartient plus aux Etats, elle appartient à tous les terroristes. Il y a une vraie nouvelle expérience du front qui prolonge les précédentes et qui est, en gros, le passage de l'ère de la bombe H où la fin de l'humanité était entre les mains de neuf nations nucléaires à l'ère de la bombe humaine où la capacité de mettre fin à l'humanité était entre quasiment toutes les mains, car ceux qui font sauter des tours à New York ou le Pentagone sont évidemment capables de faire sauter un centre pétrolier ou une centrale nucléaire. »

Forum 2000, photo: CTK
Que faire face à ces risques, vous parlez du droit d'ingérence ?

« Entre autres. Il faut être capable de réduire à la fois les groupes terroristes, mais aussi les sanctuaires du terrorisme et les terrains favorables. Je prends l'exemple de la Thétchénie. C'est le même scénario que l'Afghanistan. L'armée russe qui était à l'époque l'armée rouge dévaste le pays et puis qu'est-ce qui se passe ? Les plus fanatiques dans ce désert moral risquent de prendre le pouvoir, et par conséquent, ils font Manhattan. Heureusement, les actes terroristes épouvantables comme Beslan qui est un crime contre l'humanité sont pour l'instant des actes très rares, mais celui qui prend des enfants en otage, est capable de prendre une centrale nucléaire en otage. »