Géopolitique : Prague passe du panda chinois au pangolin taïwanais

Pražský primátor Zdeněk Hřib (vpravo) a starosta Tchaj-peje Kche Wen-če podepsali partnerskou smlouvu o spolupráci mezi oběma městy, foto: ČTK/Ondřej Deml

Les maires de Prague et de Taipei, capitale de Taïwan, ont conclu lundi un accord de partenariat. Ce qui pourrait apparaître comme une coopération ordinaire entre deux capitales a évidemment une portée symbolique importante, quelques mois après la rupture de l’accord liant Prague à Pékin, capitale d’une Chine qui ne reconnaît pas l’indépendance taïwanaise.

Ko Wen-je et Zdeněk Hřib, photo: ČTK/Ondřej Deml

Il existait déjà un partenariat entre Prague et Taipei depuis une vingtaine d’années – le nouvel accord signé lundi transforme ce partenariat en jumelage officiel (en tchèque sesterství). Le document porte sur une coopération dans les domaines économique, pédagogique, commercial et culturel entre les capitales tchèque et taïwanaise et prévoit à terme la mise en place d’une ligne aérienne directe pour parcourir les quelque 9000km qui les séparent.

« Selon moi, le nombre de touristes est suffisant pour rentabiliser une liaison régulière entre les deux villes », estimait le maire de Prague, Zdeněk Hřib, issu des rangs du Parti Pirate, après sa rencontre avec son homologue Ko Wen-je.

Pangolin, photo: verdammelt, CC BY-SA 2.0
Outre l’accord de jumelage en lui-même, trois mémorandums ont également été signés entre les deux capitales, dont un portant sur le partenariat entre leur zoo respectif : il est envisagé que la partie tchèque puisse héberger un pangolin, après avoir attendu en vain le panda qui devait être envoyé par Pékin avant que la capitale chinoise ne décide de rompre son partenariat avec Prague, pour des questions liées à la politique de la Chine unique.

Fourrure noire et blanche ou écailles : au-delà des différences de style entre deux mammifères qui n’ont rien demandé à personne, le fait que Prague se rapproche de Taïwan est important dans le contexte géopolitique actuel et très remarqué, dans la presse étrangère aussi.

Selon Zdeněk Hřib, Prague et Taïwan « sont liées par des valeurs démocratiques communes, un respect des droits de l’Homme fondamentaux et des libertés culturels, donc nous pouvons apprendre les uns des autres et s’inspirer mutuellement ».

Le message n’a pas vraiment été apprécié en Chine. Dès mardi matin, la ville de Shanghai a fait savoir qu’elle mettait un terme à toute relation avec la capitale tchèque.

Dans leur communiqué, les autorités de Shanghai expliquent que la ville de Prague a commis trop d’erreurs sur des questions clefs relatives à la Chine, comme donc par exemple celle de Taiwan, que Pékin considère comme une de ses provinces. « [La direction de Prague] s’ingère arbitrairement dans la politique intérieure de la Chine et se dresse publiquement contre le principe d’une Chine unique », peut-on lire.

Ko Wen-je et Zdeněk Hřib, photo: ČTK/Ondřej Deml
Le maire de Prague a relativisé cette décision en indiquant que le partenariat avec la capitale financière de la Chine avait été moins bénéfique pour sa ville que pour le groupe PPF, récemment mis en cause dans une affaire de lobbying pro-chinois en Tchéquie.

Alors que pour certains chercheurs, « une partie de l’avenir du monde se joue à Taïwan », les représentants politiques tchèques ont récemment revu leur position vis-à-vis de la Chine, à commencer par le Président de la République.

Pour la première fois depuis plusieurs années, le très pro-chinois Miloš Zeman vient d’indiquer qu’il ne se rendrait pas en Chine en 2020, après avoir concédé que les investissements chinois dans le pays n’étaient pas à la hauteur des espoirs suscités.