Gratuité des protections périodiques : bientôt une réalité dans toutes les écoles en Tchéquie

En plus du papier toilette ou du savon, les jeunes filles en Tchéquie devraient également prochainement trouver, en libre service, des serviettes hygiéniques et des tampons dans les toilettes qui leur sont destinées dans toutes les écoles primaires et secondaires du pays. Suite à une initiative lancée en début d’année par deux petits groupes d'étudiants, un nouveau décret, vite approuvé par les politiques, devrait entrer en vigueur à compter du 1er janvier 2026.

Scolarisée dans un lycée de České Budějovice, chef-lieu de Bohême du Sud, Tereza est âgée de 16 ans. Dans un court reportage diffusé récemment sur les ondes de la Radio tchèque, elle explique qu’il lui est « souvent arrivé de [se] retrouver dans des situations pas très agréables où des protections périodiques dans les toilettes [lui] auraient été fort utiles ».

Photo: Sarah Abulkasim,  ČRo

Forte de cette expérience personnelle, c’est elle, Tereza, aidée de Vojtěch et Jonáš, deux autres lycéens de la ville, qui, en janvier dernier, a lancé l’initiative appelée « Lunalone ». Son objectif : faire en sorte que serviettes hygiéniques et autres tampons puissent être mis à disposition gratuitement de toutes les jeunes filles des collèges et lycées en Tchéquie ; un pays où le nombre d’adolescentes âgées de 12 à 18 ans souffrant de précarité menstruelle est évalué à quelque 38 000 par l’ONG Člověk v tísni (People in Need).

Photo: Valerie Tkadlčík,  Sola pomáhá

Dans un premier temps, les trois élèves ont d’abord diffusé diverses informations et conseils sur les règles sur leur compte Instagram, de manière à aider de nombreux enfants à mieux comprendre un phénomène certes naturel, mais aussi un sujet qui reste encore trop souvent tabou et sur lequel beaucoup sont souvent peu ou mal informés. Mais aussi de manière à faire davantage prendre conscience aux autorités du fait que la prise en charge de ce besoin, dans la majorité des établissements scolaires, reste inadaptée aux besoins des jeunes filles. Car, très vite, l’objectif de l’initiative est devenu de faire changer les choses à l’échelle politique.

C’est ainsi, comme l’explique encore Tereza, « qu’une lettre ouverte adressée au ministre de l’Éducation, au ministre de la Santé, au Premier ministre et au président de la République » a d’abord été rédigée. Une lettre qui, un peu à la surprise de ses auteurs, a rapidement eu un effet boule de neige.

Photo: Sola pomáhá

Avec le soutien des parlements étudiants dans les régions, ainsi que de l’ONG appelée « Sola pomáhá » - une organisation qui « [aide] partout où même une serviette hygiénique est un luxe » et qui « ne [fait] pas la charité, [mais construit] la solidarité », comme on peut le lire sur la page d’accueil de son site Internet -, les étudiants impliqués dans le projet se sont en effet retrouvés au printemps autour d’une même table pour discuter avec les ministres sollicités.

Une oreille attentive à laquelle Tereza « ne [s’attendait] pas vraiment », comme elle le concède. « Ils nous ont pris au sérieux et nous ont écoutés », se félicite-t-elle ainsi six mois plus tard, alors que l’idée, portée également par une autre initiative à Prague appelée AcceCycle, a bien avancé depuis.

Photo: Sola pomáhá

Un décret du ministère de la Santé, en collaboration avec le ministère de l’Éducation, a en effet été élaboré et devrait entrer en vigueur à compter du 1er janvier prochain. Un texte qui stipule que les toilettes dans les établissements scolaires utilisées par les filles âgées de plus de neuf ans devront désormais être équipées de produits hygiéniques emballés individuellement. Et comme pour les autres équipements ou matériel mis à dispostion des élèves, leur financement sera assuré par les autorités chargées de l’administration des écoles, autrement dit par les villes et les communes.

Photo: Lukáš Wagneter,  Sola pomáhá

Si dans certaines régions du pays économiquement et socialement plus défavorisées, comme par exemple celle de Karlovy Vary, dans l’ouest de la Bohême, certaines voix se sont élevées pour critiquer cette obligation de financer le projet, le ministère de la Santé a, lui, réagi aux critiques en indiquant que le coût de cette mesure s’élèvera « à quelques dizaines de milliers de couronnes tout au plus » et que « même la plus petite commune pourra se le permettre sans problème », tandis que sur son compte X, le ministre, Mikuláš Bek (Spolu), a rappelé que « la mise à disposition de produits menstruels dans les écoles [était] d’abord une affaire de respect ».

Auteurs: Guillaume Narguet , Eva Soukeníková | Source: iROZHLAS.cz
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