Hommage à Hana Hegerová, la plus francophile des chanteuses tchèques (1931-2021)

Photo: Supraphon

Surnommée la Piaf de Prague, la chanteuse Hana Hegerová est morte mardi 23 mars, à l’âge de 89 ans, de complications liées à une fracture du col du fémur. Avec sa disparition, c’est une page de la musique tchèque, inspirée par les grandes chansons françaises à texte de la deuxième moitié du XXe siècle, qui se tourne.

De Carmen, son nom de baptême choisi par une grand-mère slovaque amoureuse de l’opéra, elle avait la couleur de cheveux et le chant. Et sans doute un caractère tenace. Mais c’est sous le nom qu’elle s’est choisi, Hana, tout simplement, qu’elle a conquis le public tchécoslovaque en son temps et les scènes européennes, jusqu’à celle de l’Olympia en 1967.

C’est là, devant le public parisien et alors que dans son pays, la Tchécoslovaquie, souffle un léger vent de liberté, que Hana Hegerová interprète des chansons de Jacques Brel ou de Charles Aznavour. A l’époque, celle qui est comparée à Edith Piaf pour sa tessiture vocale, se produit jusqu’à Montréal à l’Exposition universelle, et se fait également un nom en Allemagne.

Mais l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques le 21 août 1968 et la fermeture des frontières, mettent un coup d’arrêt brutal à ces débuts prometteurs d’une carrière internationale. Hana Hegerová se replie comme tant d’autres sur son pays et sa création, malgré les difficiles conditions imposées par le régime de normalisation.

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En Tchécoslovaquie, la carrière de la chanteuse d’origine slovaque avait débuté à Bratislava dans les années 1950. Issue du monde de la danse classique et du Conservatoire où elle suit des cours de théâtre, elle fait d’abord la chanteuse de cabaret avant de « monter » à Prague, où sa carrière prendra réellement son envol. Elle y collabore avec les plus grands de la scène tchécoslovaque de l’époque : ainsi le célèbre duo Jiří Šlitr et Jiří Suchý, avec lesquels elle a fait partie de l’aventure du théâtre Semafor pendant quatre ans jusqu’en 1966.

Hana Hegerová avec Waldemar Matuška dans le film Kdyby tisíc klarinetů,  photo: ČT

Parallèlement, Hana Hegerová s’essaye au cinéma. Elle apparaît dans plusieurs films qui ont fait date alors que le cinéma tchécoslovaque vit son âge d’or : L’Audition (Konkurz) de Miloš Forman en 1963 ou S’il y avait mille clarinettes (Kdyby tisíc klarinetů) en 1964, et où elle se lie d’une profonde amitié avec d’autres grandes voix de l’époque tels que Waldemar Matuška ou Karel Gott.

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Au cours de sa longue carrière, elle a collaboré avec les plus grands paroliers du pays, dont Michal Horáček ou Pavel Kopta, et le compositeur Petr Hapka. Quand elle ne chante pas en tchèque, c’est en français, en slovaque ou même en yiddish que Hana Hegerová s’exprime dans des textes relatant des amours passées, souvent déçues, mais jamais dénuées d’une certaine ironie. Sa voix d’alto claire et chaleureuse a accompagné des générations de Tchèques, et de Slovaques, sans jamais céder à la facilité du monde du show-business.

Son élégance naturelle, combinée au choix exigeant de ses textes, lui conférait une sorte d’aura de mystère, comme le notait le musicologue Zdeněk Mahler. Pourtant Hana Hegerová confiait volontiers être fan de foot et de hockey et n’aimait rien moins que siroter une bière dans une taverne, comme elle le faisait autrefois aux côtés de l’écrivain Bohumil Hrabal. Surprenante, elle l’était, au point d’avoir participé en 2008 à un documentaire sur la scène rap tchèque, en prêtant sa voix à une version revisitée de l’hymne tchèque.

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En 2011, un an après avoir sorti l’album très remarqué « Mlýnské kolo v srdci mém » - « Les moulins de mon cœur » d’après le titre de la chanson originale composée par Michel Legrand, et avec treize chansons composées par Moustaki, Léo Ferré, Gainsbourg ou Boris Vian, Hana Hegerová avait mis un terme définitif à sa carrière.

Une chose est sûre, de par son répertoire francophile, les chansons de Hana Hegerová occupent une place particulière au sein de la rédaction française de Radio Prague Int., et nous aurons toujours un plaisir immense à les programmer, comme très bientôt dans un prochain Dimanche musical en hommage à la chanteuse disparue.