Tereza Dvořáková : la chanson française et tchèque pour faire revivre la poésie

Tereza Dvořáková

Chanteuse francophone et francophile, Tereza Dvořáková interprète Piaf, Aznavour, Dassin et d’autres pour les amateurs de chanson à texte. Au micro de Radio Prague International, elle parle de la poésie commune aux paroles des chansonniers et chansonnières français et tchèques. Mais tout d’abord, elle revient sur ses toutes premières vocalises – et sur ses premiers mots de français.

« Bonjour, je m’appelle Tereza Dvořáková et je suis chanteuse de jazz et de chanson française. »

Vous êtes également, dans votre vie professionnelle, traductrice du français. Est-ce la chanson qui vous a amenée au français, ou le français qui vous a amenée à la chanson française ? C’est l’éternelle question de la poule et de l’œuf, en quelque sorte…

« C’est une question intéressante… à laquelle je ne sais pas vraiment répondre. Il y a d’abord eu a chanson, peut-être, et le français est venu par la suite. J’ai commencé à chanter alors que j’avais quatre ou cinq ans, voire moins. Car chez nous, ma mère chante tout le temps ; ma grand-mère chantait tout le temps… et je pense donc que je me suis mise à chanter alors que j’étais encore petite fille. »

Photo: CBS/Suzy

« Puis le temps a passé. Au lycée, j’avais le choix entre le français et l’allemand. J’ai choisi le français ; comme j’avais envie d’apprendre la langue assez vite, je me suis mise à écouter Edith Piaf. Un jour, je me baladais en forêt avec ma grand-mère, qui chantait – car elle ne chantait pas qu’à la maison, mais aussi dans la forêt. Je me suis mise à chanter moi aussi, du Edith Piaf, et elle m’a dit : ‘Mais ce n’est pas possible ! Pourquoi tu ne chantes pas ? Tu as une telle voix ; il faut vraiment que tu chantes !’ Je me suis dit qu’elle avait peut-être raison ; j’écoutais de plus en plus de chanson française et j’ai réalisé que c’était assez naturel pour moi. »

« Cela m’a aussi aidé pour apprendre le français : j’apprenais et je mémorisais des mots nouveaux au fur et à mesure. Car cela remonte à un certain temps : on n’avait pas Google et il me fallait chercher les mots dans mon dictionnaire. »

« J’ai commencé à prendre des cours de chant et réalisé que chanter me procurait beaucoup de plaisir. »

Après le lycée, vous avez fait des études de français ?

Nantes | Photo: ahtcx,  Pixabay,  Pixabay License

« Tout à fait. J’ai étudié la philologie française à la faculté des lettres de l’Université Charles de Prague pendant deux ans ; la troisième année, je l’ai passée à Nantes dans le cadre du programme Erasmus. J’étais déjà amoureuse de la France et du français, et cette année s’est très bien passée. L’atmosphère y était très amicale ; on a beaucoup fait la fête et on a profité de la France au maximum. On se déplaçait à vélo uniquement ; on allait acheter des légumes frais, du poisson et des baguettes au marché. On était vraiment contents : on vivait notre rêve ! »

Votre répertoire se compose principalement de ce que les Tchèques appellent šanson, et dont la définition varie selon les dictionnaires, qui évoquent, selon les cas, des « textes à valeur poétique », des « paroles à contenu sérieux » ou, au contraire, un « contenu amusant, amoureux ou satirique »… Mais refermons cette parenthèse linguistique : avec ce répertoire de chanson française (et autre), vous donnez des concerts une fois par mois au club de jazz pragois Reduta, avec un spectacle intitulé « L’essence de la chanson française. Un hommage à… » suivi d’une liste de grands noms de la chanson française : Edith Piaf, Joe Dassin, Charles Aznavour, Françoise Hardy. Avez-vous des chansons préférées parmi celles que vous interprétez ?

« Milord, d’Edith Piaf. C’est un classique qui me plaît beaucoup, d’autant que le public réagit. Car les Tchèques connaissaient la version tchèque d’Hana Hegerová, et le public est toujours très investi lorsque je chante cette chanson. J’aime aussi les chansons d’Aznavour, et puis les Champs-Elysées, à laquelle les gens réagissent de façon très positive… En fait, je les aime toutes, car c’est moi qui les choisis ! »

Vous interprétez également des chansons tchèques, d’Hana Hegerová et de Marie Rottrová, par exemple. Ressentez-vous une proximité plus forte avec ces chansons tchèques qu’avec les chansons françaises ?

Hana Hegerová | Photo: ČT

« Avec son expression mélodramatique, Hana Hegerová me fascine depuis que j’ai commencé à chanter. Je me souviens que mon adolescence était également un peu mélodramatique… Quand je chante Hana Hegerová, je ressens vraiment des émotions en accord avec la chanson. Je dirais donc qu’elle, en particulier, m’est très proche. »

Trouvez-vous des points communs – ou, au contraire, des différences – entre la chanson française et la chanson tchèque ?

« Le point commun, c’est que les textes français comme les textes tchèques sont très poétiques. Je trouve qu’il y a de moins en moins de poésie dans la vie aujourd’hui, avec les réseaux sociaux et l’accent mis sur l’image. J’aimerais faire revivre cette poésie, que l’on ne trouve plus que dans les livres, la musique et les films, peut-être… C’est sans doute ma façon à moi de ne pas oublier cet aspect si important, de ne pas vivre concentré uniquement sur le visuel, ce qui est si commun aujourd’hui. »

Tereza Dvořáková est en concert une fois par mois au club Reduta.

Par ailleurs, elle propose aux enfants de 0 à 3 ans et à leurs parents des concerts d’une heure et organisés au café Dorado (place Betlemské náměstí 1) ou au café Dorado Kinský (Letohrádek Kinský, Smíchov). Vous trouverez ses prochaines dates sur son site https://www.terezadvorakova.eu/