Hyundai confirme son implantation en Moravie

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Après une série de rebondissements, le fabricant d'automobiles sud-coréen Hyundai a confirmé, le 1er mai dernier, son intention d'implanter ses usines de construction à Nosovice, dans le nord de la Moravie. C'est le ministre du Commerce et de l'Industrie, Milan Urban, qui l'a annoncé. L'agence de voyage CEDOK a de son côté signé un contrat de coopération avec CITS, l'une des plus grandes agences de voyage chinoises. Si la République tchèque, comme le reste de l'Europe, craint le dumping asiatique, elle n'en convoîte pas moins l'immense marché.

Si l'Etat tchèque parvient effectivement à signer le contrat de coopération avec Hyundai, ce sera le plus important investissement étranger de l'histoire moderne du pays, avec 1 milliard d'euros. Hyundai Motor est le 7ème constructeur mondial de voitures et contrôle 70 % du marché automobile sud-coréen. Si les délais sont respectés, les premières voitures sortiront des usines tchèques dès 2008. Une affaire qui voit peut-être la fin du tunnel, après de multiples retardements que nous avions suivis sur Radio Prague.

Les affaires de corruption politique touchant la hiérarchie de Hyundai avaient semblé un moment entraver la bonne marche des négociations. Durant le mois d'avril, le constructeur avait régulièrement reporté la date de signature du contrat, prévue à l'origine pour le 17 mai. A l'origine de ces problèmes, l'inculpation, le 27 avril dernier, du directeur de Hyundai Chung Mong-ku et d'autres dirigeants pour détournement de fonds et abus de confiance.

Chung Mong-ku, photo: CTK
Face aux piétinements, le ministre du Commerce et de l'Industrie Milan Urban avait déclaré être prêt à aller signer le contrat directement à Séoul. C'est d'ailleurs la formule qui a été finalement retenue ! Milan Urban a récemment reçu une lettre de confirmation de son partenaire sud-corréen, même si le contrat en bonne et dûe forme n'est pas encore signé. Selon Hyundai, l'enquête en cours ne devrait avoir aucun impact sur le projet.

C'est en mars dernier que le constructeur automobile, après de nombreuses hésitations, portait officiellement son choix sur la République tchèque pour implanter le premier site européen de la marque Hyundai. Parmi les autres pays en lice, on comptait la Hongrie, la Pologne ou encore la Turquie mais les Tchèques ont remporté la palme. Pour le gouvernement, c'est le fruit d'un intense travail de lobbying et de négociations, et on comprend qu'il ne compte pas perdre le contrat. D'autant plus que la venue de Hyundai créérait environ 13 000 emplois en Moravie, où le taux de chômage atteint les 15 %. Pas plus tard que jeudi dernier cependant, le constructeur a annoncé que la nouvelle usine ne contribuerait qu'à la création d'un millier de nouveaux emplois directs, au lieu des 3000 prévus.

Le gouvernement tchèque a dépensé environ 21 millions d'euros pour préparer la zone industrielle de Nosovice, aux environs d'Ostrava. Sans signature d'un accord final, Hyundai n'a aucune obligation légale d'offrir des dédommagements. L'Etat tchèque et les autorités régionales réfutent toute udée d'investissement risqué. Selon eux, le terrain serait prêt, le cas échéant, à accueillir un autre constructeur automobile. Derrière les déclarations de façade, le gouvernement est pourtant nerveux et aimerait mettre un point final aux négociations. L'agence tchèque Czech Invest estime pour sa part qu'aucun investisseur alternatif n'est pour l'instant en vue.

Le porte-parole de Hyundai, Oles Gadacz, avait affirmé que les affaires de justice retarderaient la conclusion du projet mais que le contrat serait signé une fois que l'enquête serait finie. Il a réaffirmé que la République tchèque restait, pour Hyundai, prioritaire dans sa stratégie d'implantation en Europe. Par ailleurs, l'usine de Kia, filiale de Hyundai à Zilina en Slovaquie, n'est pas menacée.

Notons aussi que le choix du sud-coréen pour la République tchèque est un gage de qualité pour d'éventuels candidats. D'autant que PSA et Toyota ont déjà montré la voie avec leur usine à Kolin. Sans parler des sites de Skoda-Volkswagen à Mlada Boleslav. Pour certains analystes, l'économie du pays dépend trop du secteur automobile et devrait se rééquilibrer au profit des services. La République tchèque, comme les autres pays de l'Europe, craint le dumping commercial avec les pays asiatiques. En même temps, elle comprend bien la manne que représentent ces pays en plein boom économique.

Outre le secteur de l'automobile, le tourisme est également concerné. L'agence de voyage tchèque Cedok vient ainsi de signer un contrat de coopération avec CITS, l'une des plus grandes agences de voyage chinoises. Le CEDOK prendra en charge les touristes chinois en République tchèque et CITS fera de même avec les visiteurs tchèques. Un touriste chinois dépense en Europe entre 200 et 300 euros par jour. Par comparaison, les Allemands ou les Français déboursent moins de 70 euros par jour. On imagine facilement l'impact de visiteurs réguliers sur les revenus du tourisme !

L'intérêt porté par les professionnels du secteur à la Chine remonte à septembre 2004. L'Union européenne avait alors signé avec la Chine un accord ouvrant l'espace Schengen aux touristes chinois. A l'époque, l'agence de voyage CzechTourism faisait figure de pionnière en ouvrant une agence à Pékin. Elle est actuellement l'une des seules en Europe centrale à pouvoir proposer ses services en chinois.

Outre les agences réceptives, ce sont aussi les outgoing (voyages hors République tchèque) qui regardent du côté de la Chine. Beaucoup pointent les Jeux Olympiques de 2008, qui devraient éveiller l'intérêt des Tchèques pour ce pays. A plus long terme, l'Organisation mondiale du tourisme estime que la Chine pourrait passer au premier rang mondial des destinations touristiques d'ici 2020. Elle détrônerait ainsi la France.