Ivan Hasek : « Il est parfois difficile de travailler avec les joueurs en France » (2e partie)

Ivan Hasek, photo: Tomas Adamec

Suite de l'entretien avec Ivan Hasek, qui était l'entraîneur de l'AS Saint-Étienne la saison dernière. Libre de tout engagement, Ivan Hasek est de retour en République tchèque, où il dit vouloir faire un break en attendant de reprendre une nouvelle équipe. Nous l'avons donc rencontré début juillet à Prague. Après avoir fait le bilan de sa saison passée sur le banc de touche de Geoffroy-Guichard, stade dont il affirme qu'il n'oubliera jamais l'ambiance et le public, nous avons évoqué avec lui d'autres sujets relatifs aux footballs tchèque et français. Et puisque sa carrière de joueur et d'entraîneur globe-trotter l'a également déjà mené au Japon, au Gabon ou aux Emirats arabes unis, nous avons demandé à Ivan Hasek de faire une comparaison du travail d'entraîneur dans chaque pays :

Ivan Hasek, photo: Tomas Adamec
« Avant tout, je dois dire que j'aime bien les nouvelles expériences et je les recherche même. Je cherche toujours quelque chose qui puisse me servir pour l'avenir. C'est pour ça que je suis allé au Japon tant comme joueur que comme entraîneur. Dana chaque pays, il y a une vie et une culture différentes. J'ai aimé et trouvé quelque chose d'intéressant dans chacun des pays où je suis passé. Toutes ces expériences différentes m'ont apporté quelque chose dans la vie. Je ne peux pas comparer la France et le Japon, c'est trop différent, mais ce qui est certain, c'est que j'aime bien ces deux pays. »

-Selon les nationalités, y a-t-il des joueurs avec lesquels il est plus facile de travailler en tant qu'entraîneur ?

« C'est vrai qu'il est plus difficile de travailler avec les joueurs en France. Là-bas, ce sont de grandes personnalités et chacun fait attention à conserver ses avantages. Oui, c'est parfois difficile. Au Japon, il y a bien entendu plus de discipline que ce soit sur le terrain ou dans la vie. Tout est organisé comme il faut. D'un autre côté, il y a plus de talent et plus de joueurs de qualité en France. Chaque travail est différent mais surtout, pour moi, chaque travail est intéressant. »

-Est-il possible de vous revoir un jour dans le football tchèque à la tête d'une équipe ? Dans ce cas, on suppose que ce serait pour le Sparta ou la sélection, mais vous avez dit que c'est quelque chose qui ne vous intéresse pas dans un proche avenir ou tout du moins pas dans les conditions actuelles. Pourquoi ? Quelles sont les raisons de ce choix ?

« La première chose, c'est que je veux continuer à exercer mon métier d'entraîneur à l'étranger. Je connais bien le championnat tchèque. J'ai joué dix ans et entraîné deux ans le Sparta. J'aimerais donc découvrir d'autres championnats. C'est la principale raison. Après, pour ce qui est de l'équipe nationale, tout le monde sait que je ne m'entends pas bien avec le manager de l'équipe nationale. »

-Aujourd'hui, les clubs tchèques, et notamment le plus grand d'entre eux, le Sparta Prague, ont du mal à jouer un rôle sur la scène européenne, que ce soit en Ligue des champions ou même en coupe UEFA. Pensez-vous que cette baisse de résultats est inéluctable ?

Ivan Haek, photo: CTK
« C'est effectivement de plus en plus difficile de monter une grande équipe en Tchéquie. Déjà, il faut pouvoir acheter les joueurs. Mais que ce soit pour le Sparta ou le Slavia, il est de plus en plus compliqué d'acheter les meilleurs joueurs des autres clubs tchèques, car ceux-ci préfèrent désormais les vendre directement à l'étranger. Les joueurs quittent le pays de plus en plus jeunes. Dans ces conditions, il est difficile pour le Sparta de construire une équipe performante sur la durée en Ligue des champions. Quand vous voyez que le Sparta vient de vendre l'un de ses meilleurs joueurs, le défenseur central Stepan Kucera, à Bruges pour 800 000 ou 900 000 euros, alors qu'il n'a que 23 ans... C'est quelque chose que je ne comprends pas. Pourquoi vendre si tôt et à un tel prix un joueur qui vient de jouer sa première saison au Sparta, qui peut devenir le pilier de la défense et l'un des meilleurs au pays dans quelques années ? C'est ça le problème du football tchèque : dès qu'un joueur est bon et qu'un club étranger propose une somme intéressante, il part. Les clubs tchèques manquent de moyens et d'argent pour concurrencer les autres clubs en Ligue des champions. »

-Existe-t-il des solutions selon vous ?

« Je pense qu'il faut s'efforcer de travailler sur le long terme. Il faudrait placer le football tchèque dans les conditions idéales pour attirer les sponsors et les entreprises qui veulent investir dans le football. C'est ce qui manque en ce moment. Il y beaucoup de gens qui ne veulent pas y mettre d'argent parce qu'ils pensent que le football est un sport corrompu, que ce n'est pas un milieu honnête, etc. Malgré ça, je pense qu'il existe des possibilités. C'est quand même le sport numéro un ici, il y a un vrai intérêt du public pour le football, et les affluences dans les stades la saison dernière le prouvent. Mais il faut travailler pour cela et pour, par exemple, obtenir des droits télés plus importants. S'il y a de l'argent, les clubs pourront garder leurs meilleurs joueurs plus longtemps et ne seront plus contraints de les vendre à l'étranger dès qu'on leur fait une proposition. C'est ainsi qu'ils pourront construire quelque chose de solide sur le long terme. »