Ivan Hasek : « Je n'oublierai jamais le public de Geoffroy-Guichard » (1ère partie de l'entretien)

Ivan Hasek, photo: Tomas Adamec

Comme en France, le championnat de football a repris ses droits en République tchèque le week-end dernier. Deux pays et deux championnats que connaît parfaitement Ivan Hasek. Celui qui était l'entraîneur de l'AS Saint-Étienne la saison dernière et qui a porté à 56 reprises le maillot de la Tchécoslovaquie a en effet joué au Sparta Prague puis au RC Strasbourg, deux clubs qu'il a également entraînés par la suite. Libre de tout engagement, Ivan Hasek a longuement répondu à nos questions début juillet à Prague. Nous sommes d'abord revenus sur sa situation actuelle, avant d'évoquer son bilan à Saint-Étienne et le regard qu'il pose sur le présent et l'avenir des footballs français et tchèque. Voici donc la première partie de cet entretien avec un homme finalement plutôt mal connu en France mais aux qualités humaines reconnues en République tchèque, comme on en rencontre assez peu dans le milieu du football professionnel :

Ivan Hasek, photo: Tomas Adamec
« Pour l'instant, je suis content d'être en vacances avec ma famille à Prague et j'en profite. Je ne suis pas à la recherche d'un club. C'est une situation qui me laisse tranquille et me permet de faire une pause. Je compte recommencer à travailler à partir du 1er janvier. ».

-Les dirigeants de Saint-Étienne n'ont pas souhaite poursuivre le travail qui avait été entamé avec vous la saison dernière. Au début de l'intersaison, on a un temps évoqué votre éventuelle arrivée à Monaco. Qu'en était-il réellement et avez-vous été en contacts avec d'autres clubs en France ?

« J'ai effectivement été en contacts avec quelques clubs, mais aucun n'a abouti. Pour l'instant (début juillet, donc), je suis ici en Tchéquie, je n'ai signé de contrat avec personne et tous les clubs en France ont déjà un entraîneur. Je suis donc libre et profite de ce temps de repos avec ma famille. »

-Quel bilan faites-vous de la saison passée à Saint-Étienne ?

« Nous avons réalisé une très bonne première moitié de saison. Nous avons surpris beaucoup de monde en étant assez offensifs et avons marqué beaucoup de buts. Notre duo d'attaquants Araujo Ilan et Frédéric Piquionne était l'un des meilleurs de Ligue 1. Après, c'est vrai que pendant la seconde moitié de saison il nous a manqué le plaisir de travailler, surtout à moi, parce que le staff n'était pas du tout compact, tout comme les joueurs. Cela nous a beaucoup manqué et dans ces conditions, notre onzième place au classement est finalement assez logique. C'est dommage parce que Saint-Étienne est vraiment un club mythique, et ça fait mal par rapport aux supporters. Mais pour ce qui est de mon bilan, je sais que je peux regarder tout le monde dans les yeux car je me suis toujours efforcé de faire le maximum pour le club. »

-Vous avez évoqué la grande popularité des Verts en France. Or, Saint-Étienne est un club plutôt mal connu en République tchèque puisque les résultats sont très irréguliers voire décevants depuis maintenant plus d'une vingtaine d'années. Personnellement, qu'y avez-vous découvert ?

« Le public et l'ambiance du stade Geoffroy-Guichard resteront mes meilleurs souvenirs. C'est vraiment fabuleux. Je pense que ça a été aussi une année très importante dans ma carrière d'entraîneur. J'ai encore beaucoup appris sur tous les plans et emmagasiné de l'expérience. Mais surtout, je n'oublierai aucun des matchs disputés à Geoffroy-Guichard. »

-Peut-on dire que vous avez été victime du climat d'instabilité qui, vu de l'extérieur, semble régner autour du club ?

« Non, je pense que Saint-Étienne est désormais un club relativement bien stabilisé. Je pense que même au cours de la saison avec moi à la tête de l'équipe, le club a gagné pas mal d'argent et il pourra en profiter à l'avenir. D'après moi, Saint-Étienne est un club qui peut joueur la Ligue des champions dans les trois ans à venir. Il y a le potentiel pour cela : des joueurs, de l'argent, un public, un stade, des installations... Bref il y a tout pour réussir. Selon moi, le club peut remporter le titre dans les trois à quatre saisons prochaines. »

-Vous êtes revenu en France après une coupure et vos deux saisons (2001-2003) passées à Strasbourg. Vous avez redécouvert le championnat de France de l'intérieur. Que pensez-vous donc de son véritable niveau, alors que la Ligue 1 est souvent critiquée lorsqu'elle est comparée aux championnats anglais, espagnol et italien. Et que pensez-vous des nombreux départs de joueurs, même moyens, à l'étranger ?

« Je pense que la Ligue 1 reste un des cinq meilleurs championnats au monde. Comme dans les pays que vous avez cités et en Allemagne, c'est un championnat très intéressant avec beaucoup de joueurs de qualité. Mais il est tout à fait logique que beaucoup de joueurs le quittent chaque année. Les clubs en Angleterre, par exemple, perçoivent des droits télés énormes et il y a beaucoup d'argent. Il est normal que les joueurs qui peuvent y gagner deux à trois fois plus quittent la France. Il faut comprendre qu'avec toutes les charges qu'ils doivent verser, les clubs français ne peuvent pas s'aligner et proposer les mêmes conditions salariales aux joueurs. Les meilleurs partiront donc toujours. C'est un problème similaire à celui qui existe en République tchèque, où les joueurs partent à l'étranger pour gagner plus d'argent. »

-Est-il difficile pour un entraîneur étranger, à priori tchèque et venant de l'Est, de s'imposer en France et de s'y faire une place ?

« Je pense que ce n'est facile pour aucun étranger. Mais je ne suis pas vraiment considéré comme un étranger car j'ai déjà passé quelques années en France. J'ai été bien accueilli à Strasbourg comme à Saint-Étienne. Il n'y a aucun souci par rapport à ça. Ceci dit, c'est toujours un peu plus difficile pour un étranger dans chaque pays, et cela est aussi valable pour un étranger en République tchèque. En France, il y a beaucoup de concurrence, de pression et beaucoup d'entraîneurs qui sont au chômage. Mais pour moi, que je sois en France, en Tchéquie ou dans un autre pays (Ivan Hasek a également entraîné au Japon, aux Emirats arabes unis et a été sélectionneur du Gabon, ndlr) ne change pas grand-chose. J'ai l'avantage de parler plusieurs langues. Après, c'est la même chose partout : si vous avez des résultats, il n'y a pas de souci. »

Retrouvez la suite de l'entretien avec Ivan Hasek dans nos prochaines rubriques sportives.