Jardin Wallenstein

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Au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, l'esprit baroque triomphe à Prague. Les arts s'épanouissent dans une synthèse architecturale et décorative dont la quintessence se manifeste dans l'aménagement des jardins. L'incendie de Mala Strana, en 1541, a permis aux nobles de créer, au pied du Château et du mont Petrin, des palais baroques entourés de jardins. Tel est le cas, aussi, du premier jardin baroque pragois, le jardin Wallenstein, rouvert, début avril, après une longue reconstruction d'envergure, dont le charme intime organisé autour d'un axe central, invite le promeneur à la rêverie. Venez donc rêver...

Au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, l'esprit baroque triomphe à Prague. Les arts s'épanouissent dans une synthèse architecturale et décorative dont la quintessence se manifeste dans l'aménagement des jardins. L'incendie de Mala Strana, en 1541, a permis aux nobles de créer, au pied du Château et du mont Petrin, des palais baroques entourés de jardins. Tel est le cas, aussi, du premier jardin baroque pragois, le jardin Wallenstein, rouvert, début avril, après une longue reconstruction d'envergure, dont le charme intime organisé autour d'un axe central, invite le promeneur à la rêverie. Venez donc rêver...

Avant d'entrer dans le jardin, je vous propose de visiter le palais Wallenstein qui enferme le jardin de deux côtés. Construit de 1623 à 1629, ce plus grand palais de Prague occupe l'emplacement de vingt-six maisons et de sept jardins que le noble Albrecht de Wallenstein commença à acheter systématiquement, depuis 1621. Décoré de marbre, de stuc et de fresques, l'ensemble de bâtiments rappelle plutôt le siège de l'empereur que le palais du noble issu d'une famille plutôt pauvre. Mais, grâce à une carrière militaire vertigineuse, les conditions politiques et les mariages favorables, le duc de Wallenstein est devenu l'un des hommes les plus riches et les plus puissants d'Europe. Selon des témoignages de l'époque, Albrecht de Wallenstein n'était point un homme érudit, l'art ne l'intéressait pas beaucoup, mais il était un organisateur habile et prêt à investir dans l'art. Pour édifier sa demeure et le jardin, il fit appel à l'architecte italien Andrea Spezza. Niccolo Sebregondi lui succéda et ce fut Giovanni Pieroni qui dessina la vaste Salla Terrena du jardin. L'architecture du palais et celle du jardin sont très étroitement liées. Comme le terrain n'est pas symétrique, il était très difficile de réunir le palais et les bâtiments de ferme dans le principe de l'architecture baroque – la conception des axes symétriques. Le résultat en est le jardin divisé en deux parties dont les axes se croisent. Parmi les éléments les plus marquants du jardin, il y a le petit jardin avec une fontaine, situé devant la vaste Salla Terrena. Cette immense loggia inspirée des modèles italiens – Loggia dei Lanzi à Florence – s'impose comme la plus belle réalisation architecturale de ces années. Les peintures et les stucs au plafond, oeuvres de Baccio del Bianco, évoquent la guerre de Troie et l'Enéide, en hommage au maître des lieux. Dans la partie nord-est du jardin, il y a un bassin dont la surface reflète le manège voisin. Au milieu de ce bassin, il y a la sculpture de Hercule luttant contre le dragon à trois têtes - Cacus. Le jardin abrite aussi une volière qui, par sa superficie de 120m2 figurait parmi les plus grandes volières dans les pays tchèques, avant la fondation du jardin zoologique de Prague. Selon un document datant de 1626, le duc de Wallenstein a reçu la première expédition d'oiseaux rares, avant l'achèvement même de la construction du palais. Pour que les oiseaux ne souffrent pas de la soif, on a construit une fontaine en marbre équipée d'un jet d'eau. Le jardin est entouré d'un mur haut de dix mètres qui abrite un couloir reliant le palais principal et le manège. L'escalier usé témoigne de ce que ce couloir a été utilisé très fréquemment. Suivant la mode de l'époque, la partie sud du mur de clôture et la volière imitent une grotte à stalagmites, construction très populaire à l'époque. Le jardin abrite encore une serre avec des plantes tropicales, des bancs, plusieurs fontaines et surtout les sculptures.

C'est notamment la décoration sculpturale du jardin qui est digne de l'attention des visiteurs. Une dizaine de sculptures représentant les dieux antiques sont l'oeuvre d'Adriaen de Vries, sculpteur de Rodolphe II. Cet artiste hollandais travaillait pour Wallenstein, au déclin de sa vie, pour être enterré, en 1626, dans l'église Saint-Thomas, dans le voisinage du palais. On peut y voir Diane, la déesse de la chasse, Apollon, Hercule et autres dieux du ciel antique. Malheureusement, à la fin de la guerre de Trente Ans, le palais ainsi que le jardin ont été pillés par les troupes suédoises. Les originaux des sculptures se trouvent, aujourd'hui, au château de Drootningholm. Ce n'est que dans les années 1914 et 1915 que les Suédois ont réalisé, sur la demande des Wallenstein, les copies de ces sculptures pour le jardin Wallenstein. Mais pas toutes les sculptures viennent de l'atelier d'Adrien de Vries. La grande fontaine avec Vénus et l'Amour, devant la Salla Terrena sont l'oeuvre de Benoît Vurzelbauer, qui l'a réalisée en 1599, pour le palais Lobkowitz, au Château de Prague. A cause de son poids, les Suédois ont décidé d'emporter seulement la partie supérieure de la fontaine qui, par conséquence, a été racheté aux enchères. La partie inférieure de la fontaine a été retrouvée dans le jardin du château Wallenstein de Duchcov en Bohême de l'est. L'original de la sculpture Vénus avec l'Amour est installé dans la galerie de peintures du Château de Prague, sa copie ayant été installée dans le jardin Wallenstein, en 1938. A part les Suédois, ce sont aussi les troupes françaises qui ont participé au pillage du jardin Wallenstein, en 1742. Après la mort de Wallenstein, le palais a été racheté par son neveu Maximilien, qui habitait le palais avec son épouse, encore durant la vie de son premier propriétaire. Maximilien et sa postériorité ont réalisé plusieurs aménagements du jardin dont une partie a été transformée, aussi, en parc anglais, au XIXe siècle.

De nos jours, le jardin Wallenstein, en plein centre de Prague, est avant tout un îlot de repos et de calme recherché non seulement par les Pragois, mais aussi par les touristes étrangers. De temps en temps, son calme est troublé par le cri des paons qui ne sont pas les seuls habitants de ce jardin baroque. Dans la fontaine vous pouvez observer des bancs de carpes et de poissons rouges. Mais comme ils prolifèrent trop vite, ils recevront bientôt un nouveau locataire de proie, le silure. Après sa reconstruction, la volière accueillera les petits oiseaux et les hiboux.

Si vous débarquez donc un jour à Prague, n'oubliez pas de visiter le jardin Wallenstein, où vous pouvez vous reposer, avant de poursuivre votre promenade le long des monuments historiques de la capitale tchèque.

Auteur: Astrid Hofmanová
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