« Je parle bien tchèque, mais j’ai un accent », ou écrire tchèque avec un regard de Français

Photo: Garamond

« Mluvím česky dobže, ale mám pžízvuk » - « Je parle bien tchèque, mais j’ai un accent ». Un accent qui empêche beaucoup d’étrangers (mais aussi certains Tchèques, parmi lesquels Václav Havel) de bien prononcer, entre autres, la lettre « ř », un phonème spécifique de la langue tchèque. Heureusement, ce handicap n’empêche pas pour autant de bien parler tchèque, et même parfois, même si cela est plus rare, d’écrire un livre en tchèque. C’est le cas par exemple de Stéphane Poignant. « Mluvím česky dobže, ale mám pžízvuk » est le titre d’un recueil de petits textes le plus souvent amusants sur la vie en République tchèque que Stéphane, Français installé depuis quelques années à Prague, a rédigé au fil de son apprentissage du tchèque. Responsable des éditions Garamond, Petr Himmel explique pourquoi il a décidé de publier ce livre :

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« Le livre est unique en son genre pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il est écrit par un Français qui s’est lancé dans l’apprentissage du tchèque jusqu’à parvenir à un formidable niveau. La deuxième raison est que le livre porte un regard sur les Tchèques que ceux-ci ne peuvent pas avoir. Il y a certaines choses dont même les Tchèques ne se rendent pas compte et le livre nous permet de passer de l’autre côté du miroir en quelque sorte. »

Avez-vous des exemples concrets ?

« Par exemple, Stéphane remarque à plusieurs reprises que les Tchèques sont très négligents dans leur façon de s’habiller, dans la culture vestimentaire. Ce qui est intéressant, c’est aussi le regard français sur les relations avec les filles tchèques. Cela l’est même pour un homme tchèque comme moi. »

De quoi s’agit-il plus exactement ?

« Il faut lire le livre… »

…Mais nos auditeurs sont francophones et ne sont pas forcément en mesure de lire en tchèque…

« Disons alors qu’il s’agit plutôt d’une expérience négative et d’une déception. Des relations étaient prometteuses, puis les jeunes filles ont fait marche arrière… C’est une attitude que nous connaissons bien des filles tchèques, mais le lire est quand même frappant. »

Les Tchèques apprécient-ils de savoir ce que les étrangers qui vivent dans leur pays pensent d’eux ?

« Oui, cela les intéresse d’avoir un autre regard. Pour eux, c’est un peu comme un miroir. Surtout quand c’est fait avec humour, comme dans le livre de Stéphane. Car si quelqu’un les critique juste selon les apparences, cela agace les Tchèques. Mais si c’est avec humour, ils peuvent accepter. Les Tchèques ont un sens de l’humour relativement bien connu. Nous nous moquons de beaucoup de choses, surtout quand nous sommes dans des situations troublantes. »

Comment s’est passée la rédaction du livre ? Se débrouiller pour parler en tchèque est une chose, écrire en tchèque en est une tout autre. Quel a donc été le travail pour vous, en tant qu’éditeur ?

« Ma première idée était de laisser les traces dans le texte pour que l’on voit bien que c’est un texte écrit par un étranger. Mais nous nous sommes rendus compte à la rédaction que cela ne marchait pas. En laissant certaines ‘traces’ grammaticales qui sortent de l’ordinaire, qui ne sont pas tchèques, on mutile la langue. Entendre et lire le tchèque sont deux choses très différentes. Il a donc fallu quelque peu retravailler le texte pour le rendre correct notamment d’un point de vue grammatical. »

Vous pourrez entendre et lire un plus long entretien avec Stéphane Poignant dans le prochain « Tchèque du bout de la langue », le 3 mars.