Jiri Dientsbier: "Si Slobodan Milosevic avait été jugé à Belgrade, cela aurait eu un effet salutaire pour toute la société serbe."

Slobodan Milosevic, photo: CTK

La mort subite de l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic dans la prison de la Haye est largement commentée par le presse tchèque. On se demande maintenant quelles seront les conséquences de cette disparition pour la Serbie et aussi pour la Cour internationale de la Haye. Radio Prague a demandé son avis à l'ancien ministre tchécoslovaque des Affaires étrangères et ancien chargé des droits de l'Homme en Yougoslavie par l'ONU, Jiri Dientsbier.

Slobodan Milosevic, photo: CTK
La Cour internationale de la Haye vient de perdre son accusé le plus important. Les circonstances de la mort de Slobodan Milosevic attirent maintenant l'attention internationale sur les méthodes du travail de cette institution. Selon Jiri Dienstbier, les procès devant la Cour internationale ont été trop longs car il était très difficile de traduire la responsabilité politique des accusés en responsabilité pénale.

"Maintenant, comme il s'avère par exemple que le contrôle des prisonniers n'était pas suffisant, qu'on a négligé dans une certaine mesure les soins médicaux, cela nuit considérablement à la Cour de la Haye. Désormais, si l'on n'arrive pas à arrêter Ratko Mladic et Radovan Karadzic - les unités internationales ont eu dix ans pour les prendre et ne l'ont pas fait - la Cour de la Haye n'aura plus beaucoup de choses à faire."

Jiri Dientsbier est convaincu depuis longtemps que Slobodan Milosevic devait être jugé à Belgrade. Il souligne que dans son pays on aurait pu juger l'ancien Président yougoslave pour des assassinats politiques, la violation flagrante des droits de l'homme, la corruption et les transactions frauduleuses. D'après Jiri Dientsbier, ainsi Slobodan Milosevic aurait pu être condamné depuis longtemps ce qui aurait eu un effet salutaire pour toute la société serbe.

Jiri Dientsbier
"S'il y a un effet positif que la mort de Milosevic pourrait avoir, c'est que désormais le débat politique en Serbie sans Milosevic pourrait être plus rationnel. Il ne reste un héros que pour les gens qui ne sont pas suffisamment informés ou pour ses partisans. Mais ce n'est pas dramatique parce qu'il avait été très impopulaire déjà avant sa chute. On organisait des manifestations, il y a avait un réseau de médias électroniques, toutes les grandes villes serbes étaient dominées par l'opposition et Milosevic a été finalement renversé dans les élections qu'il avait lui-même organisées. Il est donc évident que la majorité de la société serbe n'avait plus de sympathie pour Milosevic depuis longtemps."

On se demande quand même comment la société internationale devrait réagir à la situation qui s'est produite après la mort de Slobodan Milosevic. Que faire pour aider les pays issus de l'ancienne Yougoslavie à surmonter leurs antagonismes et vivre en paix. Jiri Dientsbier:

"Je crois que la société internationale devrait s'occuper surtout du développement des Balkans dans leur ensemble. En ce moment évidement il faut mettre l'accent sur la Serbie, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine et aussi la Macédoine. La situation ne peut être réglée que progressivement et à long terme par l'intégration de ces pays dans les structures européennes."

D'ailleurs, selon Jiri Dienstbier, la majorité des habitants des pays balkaniques serait favorables à l'intégration européenne et considèrent cette perspective comme un soutien pour la transformation de leurs sociétés.