Journées portes ouvertes au Carolinum

Carolinum

Le but de notre balade est le bâtiment historique du Carolinum, siège de l’Université Charles de Prague qui vit, cette semaine, à l’heure des célébrations du 660e anniversaire de sa fondation. Des milliers de Praguois ainsi que des touristes étrangers ont profité des journées portes ouvertes pour découvrir le bâtiment roman et gothique du Carolinum avec des éléments Renaissance et baroques, ses salles d’apparat et, notamment, la grande Aula où se déroulent les cérémonies académiques. Moi aussi je suis allée y faire un tour, pour pouvoir vous proposer maintenant une petite excursion à travers les lieux.

L’entrée du bâtiment historique de l’Université Charles se fait par un portail baroque, à partir de la rue Železná qui débouche sur la place de la Vieille-Ville. On se retrouve dans un couloir qui conduit, à droite, dans un cloître, tandis qu’à gauche se trouve l’ancienne trésorerie de l’université dans laquelle sont actuellement exposées les insignes du recteur et des différentes facultés. Par un escalier, on descend dans le sous-sol roman et gothique abritant une exposition sur l’histoire de l’Université Charles qui fait depuis 660 ans partie de Prague. Le 7 avril 1348 est la date de sa fondation, par le roi de Bohême et empereur du Saint-Empire romain, Charles IV. Comment étaient les débuts, une question que j’ai posée à Marie Štemberková, de l’Institut d’histoire et des archives de l’Université Charles :

« C’était la première université en Europe centrale et Charles IV l’a fondée sur le modèle de la Sorbonne. Pour sa création, il lui a fallu l’accord du pape, Clément VI, car à l’époque l’université était une institution ecclésiastique. Au moment de sa fondation, l’université pragoise possédait 4 facultés – droit, médecine, théologie et art. Les débuts étaient limités par l’absence des locaux et les cours étaient donnés dans des couvents. Ce n’est qu’en 1366 que le collège carrollien, nommé le Carolinum, a été fondé. Il ne se trouvait pas dans l’actuel bâtiment, mais derrière la place de la Vieille-Ville, dans la maison du Juif Lazare. »

De cette maison, aujourd’hui inexistante, l’université pragoise a déménagé, 20 ans plus tard, dans le Carolinum, qui est resté son siège jusqu’à présent. Qui était le donateur généreux du bâtiment ? On écoute Marie Štemberková :

« A l’origine, c’était un palais résidentiel appartenant à Johlin Rotlev, riche patricien et maître de la frappe. Vers 1388, Rotlev l’a offert au roi Venceslas IV qui a décidé de le remanier en un centre académique. Au fur et à mesure, des salles de conférences, des logements des maîtres d’arts libéraux, une cuisine avec salle à manger y ont été aménagés, y compris une sorte de mitard – car le recteur avait le droit de punir les étudiants par une mise sous séquestre. De cette époque date aussi l’édification de la chapelle universitaire et de la grande Aula, agrandie encore lors des remaniements ultérieurs. »

L’excursion nous conduit dans les salles d’apparat dont la salle impériale nommée ainsi d’après trois grands tableaux de Marie-Thérèse, Josef II et Léopold II. On entre ensuite dans la salle des recteurs ornés de leurs portraits, avant de passer dans la salle patriotique qui abritait, jusqu’en 1777, la bibliothèque universitaire. Pourquoi seulement à cette date ? Marie Štemberková à nouveau :

« Au XVIe siècle, un événement important se produit : la fondation d’une université jésuite à Prague. L’ordre des Jésuites arrive en Bohême vers 1556 et il fonde tout d’abord un lycée et un collège qui devient plus tard une académie composée de 2 facultés : de Théologie et des Lettres. C’était au Clementinum, tandis que les facultés considérées comme séculières - de médecine et de droit, se trouvaient au Carolinum. L’année 1654 marque encore un tournant, à savoir l’unification de l’université du Carolinum, car son caractère utraquiste, évangélique, était intenable à l’époque de la Contre-Réforme, avec l’université jésuite du Clementinum. On renouvelle les 4 facultés d’origine : théologie, droit, médecine et art qui prend une appellation nouvelle - la faculté des Lettres. »

Au fil de siècles, l’université a connu de nombreux tournants, le premier s’est produit dès l’époque hussite, lorsque le prêtre et réformateur de l’Eglise, Jan Hus, brûlé vif comme hérétique en 1415, a été son recteur. Après sa mort, une seule faculté a subsisté, celle des arts – future faculté des Lettres, la théologie étant supprimée pour des raisons qui sont évidentes. En revanche, l’université a vécu une période de gloire au XVIe siècle, sous le règne de Rodolphe II, qui a fait de Prague la métropole culturelle de l’empire en y invitant des savants tels que Jan Kepler et Tycho Brahé. A partir de 1654, l’université pragoise s’est appelée carlo-ferdinandienne, à la mémoire d’un autre empereur habsbourgeois. Un autre tournant date de la fin du XIXe siècle, raconte Marie Štemberková :

« En 1882, l’Université est divisée selon le principe linguistique en tchèque et allemande. Après la création de la République tchécoslovaque, en 1918, l’université tchèque adopte spontanément le nom de son fondateur, Charles, alors que l’université allemande qui n’a plus le droit de porter ce nom s’appellera dorénavant l’université allemande de Prague. Elle continuera d’exister pratiquement jusqu’à la fin du Reich, en 1945, alors que l’université Charles a été fermée, ainsi que les autres grandes écoles tchèques, par les nazis, en 1939. »

Jan Hus, réformateur de l’Eglise, Jan Jessenius, médecin qui a pratiqué, en 1600, la première autopsie en Europe centrale, Tomáš Garrigue Masaryk, philosophe, sociologue, et premier président tchécoslovaque, Albert Einstein, physicien, auteur de la théorie de relativité et prix Nobel, Jaroslav Heyrovský, inventeur de la polarographie et premier prix Nobel tchèque, sont quelques-uns des noms des personnalités connues liés à l’Université Charles de Prague. Leur tableaux sont accrochés dans le salon par lequel on passe, par une galerie Renaissance, dans la plus célèbre salle du Carolinum, la grande Aula. Et c’est ici que notre excursion prend fin. Nous quittons le Carolinum par une sortie donnant sur la cour d’honneur dominée par une fontaine aux lions. En face de nous se dresse un autre bâtiment remarquable de Prague, le théâtre des Etats, lié à jamais à Mozart. Mais ce sera pour l’une de nos prochaines rencontres...