« La Belgique ne me manque que quand je joue au foot »

Young Dust, photo: Radek Úlehla

Matthias Ploem a quitté sa Belgique natale il y a quinze ans pour s’installer à Prague, où il a grandi et étudié. Avec son ami d’enfance franco-tchèque Sébastien Eloy, il a cofondé le magasin de seconde main Young Dust. C’est dans cette boutique vintage, ouverte il y a deux mois dans le quartier de Žižkov, rue Cimburkova, que nous l’avons rencontré. Matthias Ploem s’est confié sur son expérience d’expatrié en République tchèque, ainsi que sur le lancement du magasin en période de pandémie.

« Je suis à Prague depuis l’été 2005. Je suis belge, flamand, et j’ai grandi ici. J’ai fréquenté le Lycée français. Et là, je travaille à Young Dust, dont je suis le cofondateur. Cela fait presque deux mois que nous avons ouvert. Je fais ça avec mon collègue qui est franco-tchèque. Et ça marche pour l’instant ! »

Ce sont vos parents qui se sont installés à Prague il y a quinze ans ?

« Oui. Mon père est venu pour son métier. Il voulait juste faire un poste d’expatrié à la base, pendant quatre ans, mais il a adoré Prague et il s’est dit ‘Pourquoi ne pas rester ?’ On n’a plus bougé depuis ! »

Vous étiez déjà venu à Prague avant de vous y installer ?

« Non, je ne pense pas. C’était la première fois. J’étais jeune, j’avais dix ans. Peut-être étions-nous venus l’été précédent, pour visiter, mais je ne m’en rappelle pas bien. »

Young Dust, photo: Radek Úlehla

Parlez-vous tchèque ?

« C’est une question délicate ! Je parle un peu tchèque, je comprends tout, cela fait quand même quinze ans que je suis là. Mais je ne parle pas couramment, je ne pourrais pas parler en tchèque comme je le fais là en français. Mais avec nos clients, ça va. Je comprends le tchèque de base et je me débrouille. »

N’y a-t-il pas de barrière de la langue dans la vie de tous les jours ?

« Si, un peu quand même. J’essaie de m’améliorer mais si je peux changer en anglais, je change en anglais. Si ce sont des jeunes qui viennent dans le magasin, je change facilement en anglais quand même. Le tchèque est dur à apprendre ! »

Avez-vous pris des cours ?

« Oui, quand j’étais jeune. Au lycée aussi, on avait des cours. Mais c’étaient des cours de base. C’était : qu’est-ce que tu veux manger ? J’aime bien les bananes, j’aime bien les pommes. Ce n’était pas vraiment le tchèque de la vie de tous les jours. Mais je me débrouille. »

Young Dust, photo: Radek Úlehla

Ouvrir avec votre collègue ce magasin de seconde main, cela n’a pas été trop compliqué avec les restrictions liées au coronavirus ?

« Si, justement. On voulait ouvrir, et on a dû attendre un mois. Mais cela nous a permis de faire des travaux dans la boutique, de tout mettre en place et d’être prêts pour l’ouverture. Donc, pour nous, ce n’était pas bien, mais ce n’était pas aussi mauvais que pour les autres entrepreneurs qui venaient d’ouvrir. Donc ça allait. »

Avec la réouverture progressive des magasins, avez-vous réussi à vous constituer une clientèle ?

« Entretemps, nous avons fait notre site internet, notre compte Instagram et nous avons été assez actifs sur les réseaux sociaux. Cela nous a permis d’avoir quelques clients, même si cela se passe quand même beaucoup mieux depuis l’ouverture. Petit à petit, ça commence à être un peu connu à Prague. On commence à avoir notre clientèle de base, surtout dans le quartier. Il y a beaucoup de nos voisins qui reviennent. C’est sympa, ça nous fait plaisir. »

Comment présenteriez-vous le magasin ?

« Toutes nos pièces sont de seconde main. On achète un peu de tout. On a de grandes marques comme Dior, Chanel, des designers comme Dries Van Noten. Mais on a aussi des marques un peu plus basiques comme Nike, Adidas, plus sport. Nous avons une offre pour les femmes comme pour les hommes. On est un peu plus centrés sur les hommes quand même parce que nous sommes deux garçons, donc c’est un peu plus compliqué pour nous de faire du shopping pour les filles. Mais on essaie de faire 50/50. Je pense qu’on a de belles pièces. On trie dans des grossistes pour voir ce qu’on peut trouver. On essaie d’avoir les meilleurs prix et de proposer les meilleures choses à nos clients. »

Prague est une ville qui compte beaucoup de magasins de seconde main. Pourquoi donc en ouvrir un supplémentaire ?

Photo illustrative: MAKY.OREL, CC BY-SA 4.0

« On voulait commencer notre propre business. On était partis à Londres et à Paris pour rendre visite à nos amis. Dès que nous sommes à Londres ou à Paris, on va dans des friperies, dans des second-hand. On aime vraiment beaucoup. Je trouve que c’est écologique, et c’est fun d’avoir de vieilles pièces, des trucs vintages, rétro. On s’est dit qu’à Prague, il n’y avait pas encore ce marché. Il y a des second-hand, c’est vrai, mais ce ne sont pas les mêmes que ceux que l’on trouve à Londres, aux Etats-Unis, à Paris. Ici à Prague, c’est surtout pour les femmes et c’est tout petit. Bien sûr il y en a des sympas aussi. Mais on s’est dit que c’était le moment aussi de se lancer. Nous sommes tous les deux très intéressés par les fringues. Sébastien Eloy est un ancien modèle, un mannequin, donc il s’y connaît bien. On s’est dit que c’était maintenant ou jamais. Si on donne tout à 100%, pourquoi ne réussirait-on pas ? »

« En dehors de Prague, j’apprécie le village d’Okoř »

En quinze ans, avez-vous souvent voyagé en République tchèque, en dehors de Prague ?

« Oui et non. Oui parce qu’on a voyagé un peu, mais pas autant qu’il le fallait. Cela fait quand même quinze ans que je suis là, donc j’aurais peut-être dû voyager un peu plus. Quand on va chercher des habits pour le magasin, on va un peu partout et nulle part, en dehors de Prague. Cela permet de découvrir un peu plus. J’aime beaucoup, j’ai vu Karlovy Vary. Les trucs de touristes, on les a faits. Mais on ne le fait pas toutes les semaines non plus. On aime bien Prague, on est bien à Prague ! »

En dehors de Prague, quel est votre endroit préféré ?

Okoř, photo: Barbora Něncová

« J’aime beaucoup le petit village d’Okoř, c’est juste à côté de Prague. C’est sympa pour faire du vélo ou une petite balade dans la nature. Karlovy Vary est bien aussi, il y a des festivals de cinéma. Mais si je voyage, ce n’est pas pour rester en République tchèque. »

La Belgique vous manque-t-elle ?

« Pas du tout… La Belgique me manque quand je joue au foot, mais sinon pas du tout. J’aime bien visiter la Belgique, mais je trouve que c’est petit. Prague, c’est vraiment une énorme ville. Il y a tout, et les transports sont magnifiques. En Belgique, ce n’est pas pareil. Je suis retourné en Belgique pour mes études, je voulais commencer mon ‘bachelor’ là-bas. J’ai tenu quatre mois et je suis rentré à Prague. La Belgique, ce n’est pas pour moi. »

Vous y retournez quand même ?

« Un peu moins en ce moment, comme on est assez occupés avec le business. Normalement, j’y vais pour Noël, le Nouvel an pour voir ma famille. Mais sinon, je n’y vais pas plus que ça. Je ne suis plus trop en contact avec mes vieux amis, donc c’est surtout pour voir la famille. »