La chute du gouvernement pendant la présidence de l’UE – un but contre son propre camp ?

La chute du gouvernement, au milieu de la présidence tchèque du Conseil de l’Union européenne, est le thème qui alimente les médias nationaux de ces derniers jours.

Au lendemain du vote de la motion de censure contre le cabinet Topolánek, le vice-ministre pour les Affaires européennes, Alexandr Vondra, a déclaré pour la Télévision tchèque :

« Depuis trois mois, le gouvernement accomplit avec beaucoup de responsabilité ses tâches dans le cadre de la présidence de l’Union européenne que la République tchèque assure. Et au moment où notre prestige a tendance à augmenter, puisque nous représentons non seulement nous-mêmes, mais toute l’Union européenne, le Parlement, devant les yeux du monde entier, inflige un coup mortel au gouvernement. C’est une chose que je n’arrive pas à comprendre et qui m’échappe complètement. Il faut quand même faire savoir faire la différence entre la grande politique et les petites querelles politiques au niveau national. Non, je ne comprends absolument pas ».

Dictature des irresponsables. Topolánek est tombé. La chute du gouvernement va causer de graves problèmes. Le gouvernement qui a beaucoup promis, qui a fait certains efforts, a échoué. A Václav Klaus de jouer… Voilà quelques-uns des titres qui sont apparus à la une des journaux, au lendemain de l’adoption par la Chambre des députés de la motion de censure, déposée par les sociaux-démocrates dans l’opposition.

Mirek Topolánek, photo: CTK
Qu’est-ce que la chute du gouvernement signifiera pour la présidence tchèque du Conseil de l’Union européenne et quelles seront les retombées de cette démarche sur l’économie tchèque, en pleine période de récession économique et de crise financière ? Voilà les deux thèmes qui sont au cœur de l’intérêt des commentaires et des analyses qui réagissent à la nouvelle donne politique dans le pays.

L’aspect européen de la chute du gouvernement préoccupe le politologue Jiří Pehe qui écrit dans son blog pour le serveur aktualne.cz :

« Si la République tchèque ne présidait pas l’Union européenne, s’il ne fallait pas ratifier le Traité de Lisbonne, il y aurait probablement beaucoup de personnes qui se féliciteraient de la chute du cabinet de Mirek Topolánek. Dès le début, effectivement, c’était un gouvernement faible, un gouvernement qui a contribué à la politisation de la justice tchèque laquelle a perdu la confiance du public. C’était un gouvernement secoué par des conflits intérieurs ».

Comme l’écrit dans la suite de son article Jiri Pehe, il y a pourtant plusieurs facteurs qui amoindrissent la joie éventuelle que la chute du cabinet pourrait susciter. Il dénonce notamment le fait que le président de la République, Václav Klaus, devienne désormais l’acteur principal sur l’échiquier politique national. Nous citons :

« La principale parole dans le pays qui préside l’Union européenne sera donc, pendant un certain temps, au critique le plus farouche de l’Union européenne parmi les hommes d’Etat européens. Dans le meilleur des cas, cela pourrait se traduire par une nouvelle vague de critiques à l’égard des Tchèques, dans le pire des cas, cela risque de causer de graves problèmes à l’Europe et à la République tchèque. »

Comment est ce président ? C’est l’interrogation première d’un article paru dans l’édition de ce jeudi du quotidien économique Hospodářské noviny. Son auteur écrit :

« C’est un moment critique. Un moment où tout dépend, comme si souvent dans l’histoire tchèque, du président. Dans des conditions normales, la chute d’un gouvernement est un événement routinier. Mais les conditions sont tout, sauf normales. La République tchèque préside l’Union européenne et se voit confrontée à la plus profonde crise des soixante-dix dernières années. La réputation de l’Etat est en jeu ».

Photo: CTK
L’article dessine quatre scénarios possibles que le président de la République pourrait suivre. Comme le plus raisonnable est présenté celui qui ne mènerait pas à la nomination d’un nouveau Premier ministre, avant la fin de la présidence européenne. Et de lui recommander en conclusion de se rappeler de la crise monétaire, en mai 1997, où le président Václav Havel avait soutenu le Premier ministre Klaus en dépit des animosités qui existaient entre les deux hommes d’Etat.

« C’est grâce au Parti social-démocrate (CSSD) que la scène politique dans le pays est maintenant orchestrée sous la baguette de Václav Klaus », peut-on lire dans un commentaire du quotidien de gauche Právo et qui ajoute : « Ce parti considère peut-être qu’il ne s’agira que d’un court épisode. Il semble oublier que ce dernier est un acteur de taille. Gare aux surprises ».

Le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Respekt Erik Tabery, met en relief, lui aussi, l’étrange alliance entre le président de la République et le chef de file du CSSD, alliance qui, en dépit d’objectifs différents, a un dénominateur commun : le pragmatisme. Dans les pages du quotidien Lidové noviny, il rappelle en outre le soutien que le président de la République déclare ouvertement à une nouvelle formation anti-Lisbonne qui est récemment apparue sur la scène politique nationale, le Parti des citoyens libres et dont il attend « une lutte contre l’Union européenne ».

Tout en admettant que l’influence, formelle et informelle, de Václav Klaus est incontournable, Viliam Buchert du journal Mladá fronta Dnes refuse l’idée que ce soit lui qui tire les ficelles sur la scène politique. Il écrit :

Václav Klaus et Miloslav Vlček, photo: CTK
« Les partis politiques et le parlement ont un pouvoir bien plus important que le président. Václav Klaus peut penser et faire tout ce qu’il faut, mais tant que les partis arriveront à un arrangement, il ne pourra rien faire pour y changer. Il peut formuler des critiques, mais ses possibilités de bloquer l’évolution sont limitées. »

Une très mauvaise nouvelle. A en croire un sondage éclair de la Chambre économique, c’est ainsi que la chute du gouvernement est définie par trois quarts des sociétés tchèques interrogées… Au moment de la crise économique et financière, la motion de censure et la démission du gouvernement risquent d’avoir des retombées négatives sur l’économie tchèque. C’est ce que constatent les économistes en réaction à la dernière évolution politique. Beaucoup pensent que les mesures anti-crise adoptées sont dès aujourd’hui menacées. Selon Pavel Kohout, membre du Conseil économique national du gouvernement (NERV), « la chute du gouvernement est un signe très négatif d’instabilité en pleine période de récession et au moment de la présidence tchèque de l’UE… c’est une très mauvaise nouvelle pour tous, qu’ils soient sympathisants ou adversaires de l’actuelle coalition gouvernementale ».

Dans une analyse de la situation publiée dans le quotidien Hospodarske noviny, déjà cité, l’économiste Tomáš Sedláček, compare la chute du gouvernement à un but contre son propre camp. Il écrit :

« Tandis que la crise économique a été importée vers nous de l’étranger, notre propre crise politique est maintenant exportée, grâce à notre présidence, à travers toute l’Union européenne. Notre crise devient une crise européenne… Au cours de l’année écoulée, nous avons pu être considérés comme un îlot de stabilité. Au fur et à mesure, nous sommes devenus un acteur labile et fragile qui ajoute à toutes les crises existantes sa propre crise, faite dans le pays… Nous avions la chance de montrer qu’un pays de taille moyen est à même d’assurer la présidence aussi bien que les grands pays. Nous aurions pu le montrer, mais nous ne l’avons pas fait ».