La douanière Vendulka Holá : « Nos chiens savent détecter des animaux, des plantes ou des billets de banque »

Photo: Facebook de Celní správa České republiky

Directrice générale adjointe de l’administration des Douanes tchèques, Vendulka Holá, 60 ans, passe pour une personne clé dans le domaine de la coopération douanière franco-tchèque. Après nous avoir parlé, la semaine dernière, sur Radio Prague, de l’adhésion de la République tchèque à l’UE, dont elle a été la principale négociatrice dans le domaine douanier, Vendulka Holá évoque cette-fois ses attaches aux pays du Maghreb, du trafic des cornes de rhinocéros ou encore l’entraînement, en République tchèque et en France, des ‘chiens cash’, détecteurs des billets de banque.

Vendulka Holá,  photo: Ondřej Tomšů
Vendulka Holá, vous avez rejoint la douane tchécoslovaque à la fin des années 1970. Peu après, au début des années 1980, vous êtes partie avec votre mari, pédiatre, en Algérie. Vous y avez passé 5 ans, et êtes revenue juste avant la Révolution de Velours. Comment cette étape a-t-elle influencé votre vie ? Quels souvenirs avez-vous gardés de cette époque ?

« Quand on est parti en Algérie, je n’y étais jamais allé auparavant, donc cela fut un certain choc. Puis nous nous sommes habitués, il faut dire qu’on a énormément apprécié notre séjour en Algérie. Nous sommes allés à l’hôpital du sud, à 50 kilomètres de Djelfa, dans la direction de Laghouat et Ghardaïa, au commencement du désert. Le climat était assez sympa, un peu chaud mais on pouvait vivre agréablement. Les gens de la région étaient très gentils, je garde des souvenirs très positifs. Nous avons énormément voyagé et découvert la beauté du pays. L’Algérie est magnifique, il y a de jolies plages et on peut visiter les ruines de villes romaines. Par exemple, Timgad est vraiment un bijou. Le sud est aussi à visiter avec Tassili et son paysage véritablement lunaire. On a énormément apprécié le séjour. Il m’a apporté un amour pour les pays du Maghreb et leur culture, ainsi que pour la cuisine algérienne. »

Vous avez raconté une anecdote dans la presse : il paraît que vous avez transporté de manière illégale une machine à laver de la Tchécoslovaquie vers l’Algérie. Comment cela s’est-il passé ?

« Lors de notre première venue en Algérie, la voiture était pleine, nous n’avions pas la place pour la machine à laver. La deuxième année, mon mari m’a dit : ‘Il nous faut une machine à laver, c’est urgent. Tu es douanière, il faut que tu te débrouilles, je ne suis pas prêt à payer les droits de douane’. La deuxième année, nous n’avions plus le droit d’importer sans payer des taxes. Remettons cela dans son contexte : j’étais des années plus jeune. J’ai fait la conversation avec le douanier en lui disant : ‘Je travaille à Prague, je suis douanière de profession’, et il n’a même pas remarqué qu’il y avait une grande machine à laver cachée à l’arrière. Alors mon mari m’a dit : ‘Tu es une bonne douanière’. »

Les chiens des douanes et les maîtres-chiens tchèques sont réputés, non seulement en France mais dans le monde entier. Comment se passe leur entraînement ?

Photo: Facebook de Celní správa České republiky
« En 2005, c’est notre centre qui a reçu le statut de l’organisation mondiale des douanes. On a le statut de centre régional de formation de chiens. Nous avons organisé plus de 25 sessions de formation depuis 2005 pour des participants venus de l’étranger. Non venus seulement d’Europe mais aussi d’Israël, du Kirghizstan, d’Ukraine, de Russie et d’Amérique latine. Nous avons formé la douane du Pérou et la police de l’Equateur. On peut former les chiens pour chercher l’argent, c’est nouveau, mais également pour les drogues et l’alcool. Ils sont capables de trouver une grande quantité d’alcool bien cachée. Ils peuvent trouver des plantes et des animaux, tels ceux sous la convention CITES, c’est-à-dire menacés de disparition. Nos chiens sont également capables de trouver des cigarettes et produits contenant du tabac. Ils sont capables de trouver beaucoup de choses après une formation de trois mois. Elle doit être poursuivie en continu, on suit de près nos maîtres-chiens. Nous avons désormais un accord avec la douane du Pérou, on va former six chiens à la recherche de cocaïne. Il faut aider les pays d’Amérique latine afin d’empêcher la drogue d’arriver en Europe.

Vous avez également mis en place un projet commun des centres cynophiles douaniers de Heřmanice et de La Rochelle.

« Oui, car en France, l’entraînement des chiens détecteurs de billets de banque n’existait pas. Nous collègues français sont alors venus suivre une formation chez nous, ils ont lancé un projet pilot et j’espère qu’ils auront de bons résultats dans ce domaine très important pour la lutte contre le terrorisme. »

Vous avez raconté dans une interview des difficultés que vous avez eues pour envoyer un chien tchèque en avion à l’aéroport d’Orly, où, avec son maître, il devait faire preuve de ses capacités devant vos collègues français…

« Oui, cela s’est passé dans le cadre du programme la Douane 2001-2002. J’ai téléphoné à la Commission européenne en disant que j’avais besoin d’un billet d’avion pour un chien. Ils avaient du mal à comprendre… Finalement, le chien, accompagné de son maître, s’est bien envolé pour la France. Il a ensuite passé une semaine de travail à Orly. Cette collaboration a marqué le début du projet pilot mis en place en France. Nos collègues français se sont inspirés de notre exemple et ils disposent actuellement de six chiens ‘cash’ comme on les appelle. Même les Français qui n’aiment pas les anglicismes utilisent cette désignation. »

Comment les chiens arrivent-ils à détecter les billets de banque ?

« On me demande souvent si les chiens arrivent à distinguer les euros des dollars. Ca non, mais ils arrivent à sentir l’encre utilisé pour les billets. »

Vous occupez-vous aussi du trafic illégal des cornes de rhinocéros qui est souvent évoqué par les médias ?

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Photo: Celní správa České republiky
« Oui, nous avons fait une saisie très importante en 2013, lorsque des chasseurs tchèques s’étaient rendus en Afrique du Sud pour emporter, comme trophées, des cornes de rhinocéros. Ils les ont vendus illégalement. La valeur de la saisie a été évaluée à 100 millions de couronnes tchèques. Il est bien connu qu’en Asie notamment, la poudre des cornes est très convoitée, elle passe pour un médicament miracle contre le cancer. Un kilogramme de poudre des cornes de rhinocéros est vendu à un prix deux fois supérieur à celui d’un kilo d’or ou de cocaïne. »

Quelles sont vos autres préoccupations dans le domaine du trafic illégal ?

« Nous nous occupons en particulier de la protection du droit intellectuel et des contrefaçons. Les gens pensent le plus souvent à des vêtements et des chaussures, mais le commerce illégal concerne aussi les pièces détachées des voitures et des avions, ainsi que les médicaments ou encore les jouets. Ces contrefaçons peuvent présenter un risque sérieux pour la santé des citoyens. »

Vendulka Holá, cela fait presque quarante ans que vous travaillez pour les douanes. Quelle est le plus grand avantage de votre travail ?

« C’est un travail extrêmement varié. Son contenu a beaucoup changé avec l’entrée de la République tchèque dans l’Union européenne, mais il a aussi changé sous la présidence tchèque de l’UE, lorsque nous avons mis en place, avec la France, le plan d’action pour lutter contre la violation des droits de propriété intellectuelle. J’apprends tous les jours… J’ai aussi beaucoup de contact à l’étranger, car la douane représente une base de données internationale. Nous avons de bonnes relations avec les douanes française, américaine, allemande, tout cela dans le cadre de l’Organisation mondiale des douanes qui réunit à présent 191 pays. J’aime apprendre de nouvelles choses, j’aime étudier les langues et rencontrer mes collègues à l’étranger. Mon travail est un plaisir pour moi ! »