La mission scientifique tchèque en Antarctique, contre vents, marées et Covid-19

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En dépit de la pandémie de coronavirus, les scientifiques tchèques de l'Université Masaryk de Brno ont embarqué à la fin de la semaine dernière sur le bateau de la marine chilienne pour leur expédition annuelle en Antarctique. C'est toutefois une équipe réduite au strict minimum qui va travailler jusqu'au début du mois d'avril dans la station Johann Gregor Mendel, mais avec la satisfaction de ne pas avoir eu à subir les conséquences d'une longue interruption.

S'ils sont actuellement en route pour l'île James Ross, les membres de l'expédition scientifique tchèque étaient en réalité déjà au Chili depuis le 16 décembre dernier. En raison de la pandémie de Covid-19, ils ont dû d'abord se placer en quarantaine, avant d'attendre le feu vert des autorités chiliennes pour pouvoir prendre la direction du Pôle Sud.

Si l'annulation pure et simple de la mission a également été envisagée en raison de la crise sanitaire, le suivi des études sur place est primordial selon David Nývlt qui rappelle toutefois les complications qui ont accompagné l'organisation même de l'expédition :

Daniel Nývlt,  photo: Archives de Daniel Nývlt

« Le simple fait de les envoyer en Amérique du Sud était compliqué. Parce qu'il y a actuellement très peu de compagnies aériennes qui assurent des liaisons entre l'Europe et l'Amérique du Sud. Avant, c'était cinq vols par jour, aujourd'hui c'est plutôt quatre vols par semaine. Sans compter le peu de vols intérieurs entre Santiago de Chili et Punta Arenas, d'où part le bateau. Comme c'est la marine chilienne qui assure le voyage vers l'Antarctique, là il n'y avait pas de problème : Covid ou pas, ça fonctionne. Nous avons tout négocié en août et en septembre derniers, plus tard c'est impossible. Les autorités chiliennes ont établi des réglementations très détaillées et très strictes car il faut éviter tout potentiel cas grave de Covid-19 : évacuer quelqu'un d'Antarctique serait extrêmemement compliqué. Même l'évacuation la plus rapide prendrait plusieurs jours. D'où l'obligation de quarantaine et de tests PCR négatifs. »

D'ordinaire, l'équipe scientifique est composée de 12 à 15 personnes, parfois même davantage. Cette année, coronavirus oblige, elle a été réduite au strict minimum : huit personnes, dont cinq scientifiques, un médecin et deux techniciens qui assurent la gestion de la station.

Photo: L’Université Masaryk de Brno

Cette année, aucun nouveau programme scientifique ne sera lancé, mais la mission tchèque table sur la continuité des observations et des études des années précédentes :

« Les scientifiques tchèques ont commencé leur mission sur l'île James Ross en 2004, puis il a fallu encore deux ans pour construire la station Johann Gregor Mendel. Au début, nous campions sous une tente. Mais depuis 2007, le travail de recherche est assuré par la station. Le programme scientifique tchèque en Antarctique étudie les conséquences du changement climatique sur l'espace naturel des bords du continent. Nous étudions les changements des glaciers, comment évolue le pergélisol, mais aussi les cours d'eaux et les lacs. Bien sûr, nous nous intéressons aussi au biote local, que ce soit au niveau microbien, ou les petites plantes basses, voire la faune. On ne trouve pas de grands végétaux dans cette partie de l'Antarctique, et il n'y a pas vraiment beaucoup d'animaux non plus. La plupart sont liés à la mer, qu'il s'agisse d'oiseaux, de mammifères marins ou de poissons. »

Photo: L’Université Masaryk de Brno

La mission tchèque se rend toujours à la même période dans cette partie de l'hémisphère sud, puisque les conditions climatiques pour séjourner sur place sont réunies : de janvier à mars, c'est l'été en Antarctique, et les températures peuvent monter jusqu'à 5°C en journée, parfois jusqu'à 10°C en cas de journée bien ensoleillée. D'ailleurs, même si cela reste exceptionnel, le record de température a été mesuré il y a un an, en février 2020 sur l'île Seymour, non loin de là, avec 20,7 °C au mercure.

La station Johann Gregor Mendel | Photo: Radek Vodrážka

A part la station Mendel basée sur l'île James Ross, les chercheurs tchèques gèrent également une autre station polaire sur l'île Nelson, établie dans les années 1980 par le voyageur tchécoslovaque Jaroslav Pavlíček. Elle appartient à la Fondation antarctique tchèque et exploitée par l'Université Masaryk :

« Ces deux dernières années, quelques courtes expéditions y ont été organisées. Nous y avons déjà lancé un programme de recherches en coopération avec nos collègues du Chili, du Portugal et de Corée du Sud. Le projet de reconstruction de la base vient d'être approuvé récemment, mais il dépend de l'obtention de financements que nous essayons d'obtenir autrement que par des fonds publics. Nous collaborons avec la faculté d'architecture de Brno dont les étudiants travaillent sur un prototype de la station. Une fois que les financements auront été dégagés, nous pourrons construire une nouvelle base pouvant accueillir huit personnes à chaque saison. »

La station polaire sur l'île Nelson,  photo: Grýn McSkalpeel,  CC BY-SA 4.0

La mission tchèque en Antarctique devrait s'achever début avril. L'an dernier, l'expédition avait été fortement pertubée par la propagation de l'épidémie de coronavirus, et les scientifiques étaient restés coincés plus longtemps que prévu en Antarctique, puis au Chili. Pour rentrer finalement en Europe, ils avaient pu bénéficier de la solidarité européenne, profitant d'un vol de rapatriement de la France le 30 avril, soit six semaines après la date de retour prévue à l'origine.

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Auteurs: Anna Kubišta , Štěpán Sedláček