La nouvelle identité de Katja Fusek

En Suisse elle s'appelle Katja Fusek mais son nom tchèque est Katerina Fuskova. Elle est née à Prague mais aujourd'hui elle fait partie de la jeune génération des écrivains suisses de langue allemande. Elle écrits des romans, des contes et des pièces de théâtre. Elle s'est très bien adaptée à sa vie en Suisse, mais n'oublie pas sa patrie tchèque où elle revient pour puiser une nouvelle énergie.

1968
En 2005 on a joué en Suisse une pièce de Katja Fusek situé dans un immeuble délabré habité entre autres par une famille d'immigrés, originaire d'Europe du sud-ouest. Et c'est à partir des rapports délicats et difficiles entre les anciens et les nouveaux locataires de l'immeuble que la dramaturge a tiré le tableau d'une petite société cachant une détresse existentielle, la peur de ce qui est étranger et donc inconnu, la crainte de se sentir étranger et isolé. Les héros de cette pièce de théâtre sont en quête de leur identité. Katja Fusek connaît cette problématique, car elle l'a vécue.

Katja - ou si vous voulez Katerina - est née à Prague en 1968 donc la même année où les chars soviétiques ont envahi son pays, début de la normalisation, période pendant laquelle le régime totalitaire appuyé par Moscou a presque réussi à étouffer toute manifestation de liberté. Katja passe les premières années de sa vie en Tchécoslovaquie. Quand elle a dix ans, sa mère épouse un Suisse et la famille s'établit dans le pays du nouveau mari. Ce changement radical dans l'existence de la petite fille n'est pas facile à vivre :

«Le passage d'un monde à l'autre a été quasi traumatisant. En Tchéquie j'allais déjà à l'école. J'ai fréquenté l'école tchèque pendant quatre ans. Je ne parlais pas allemand. En plus en Suisse on parle un dialecte allemand, il me fallait donc apprendre deux langues. Cette transition était traumatisante parce qu'il était difficile de nouer des contacts avec les enfants de mon âge à l'école. Tous les adultes, les instituteurs etc. se comportaient vis-à-vis de moi d'une façon exemplaire, ils était aimables et cherchaient à nous intégrer, ma soeur et moi, dans le nouveau milieu. Avec les enfants, c'était plus problématique. Cela a duré six mois peut-être une année. Puis nous avons appris l'allemand et le dialecte suisse et il n'y avait plus de problèmes. »


Photo: Archives de Radio Prague Internationale
Après les études secondaires, Katja étudie l'allemand et le français à l'université de Bâle et à la Sorbonne et ensuite elle commence à enseigner l'allemand et le français dans un lycée. Actuellement elle enseigne les langues aux adultes et elle écrit...

« Nous sommes une famille littéraire. Mon grand-père jouait au théâtre en amateur et s'intéressait aux livres. Nous avons grandi parmi les livres. J'ai aimé lire depuis toujours. J'écris depuis l'adolescence. Cela arrive presque à tout le monde et puis cela passe. A moi cela n'a pas passé. Pour moi il était très important d'inventer des histoires. Souvent je m'amusais comme ça quand je devais attendre, ou quand je passais de longues heures dans la voiture, lors de voyages entre Bâle à Prague. Ou bien je remaniais les dénouements et les fins de livres qui ne me satisfaisaient pas ou que j'imaginais autrement. Donc ce monde qui existait parallèlement à côté du monde à moi, me semblait toujours intéressant et enrichissant. »

Katja a trouvé donc une nouvelle patrie. Le thème de la recherche d'une nouvelle identité et d'une nouvelle place dans la vie reste cependant dans ses livres. Son premier roman « Novemberfäden - Les fils de novembre » évoque les avatars d'une femme vivant entre deux mondes :

« Dans ce livre il y a une toute jeune femme qui, sommairement dit, oscille entre deux cultures et deux hommes, l'un à Prague, l'autre en Suisse. Elle se trouve sur un point de transition. C'est une émigrée qui n'est plus chez elle à Prague, et qui n'est pas encore chez elle à Bâle. En ce qui me concerne cette période est déjà finie depuis longtemps. Je suis déjà chez moi à Bâle, on peut le dire comme ça. Je suis aussi chez moi en Tchéquie. A Bâle, j'ai mes enfants, mon mari, ma profession, nous y avons une maison. Mais quand je reviens ici c'est avec plaisir, et je m'y sens très bien. Dans ce pays je peux reprendre les forces, j'y suis à l'aise. »


Dans le livre intitulé « Die Stumme Erzählerin - Une narratrice muette » paru à Bâle en 2006, Katja Fusek décrit une curieuse situation dans laquelle la solitude et le déracinement sont générateurs de fantaisie.

« C'est l'histoire d'une femme qui s'est enfuie jadis de l'ancienne Yougoslavie. D'ailleurs le pays n'est pas précisé dans le roman. C'est tout simplement un pays qui était en guerre. C'est donc une réfugiée de guerre qui fait le ménage. Elle travaille chez un homme qui est tétraplégique. Il est paralysé sur un fauteuil roulant. Jadis il était un chercheur très important. La femme et l'homme ne se parlent pas mais elle invente des histoires sur lui. L'homme reçoit les visites de trois femmes et la réfugiée invente des histoires sur les rapports entre cet homme et ces femmes. Elle se raconte ces histoires à elle-même... »

Outre les romans « Les fils de novembre » et « Une narratrice muette »Katja Fusek a encore publié le recueil de conte intitulé « Der Drachenbaum - Le dracéna » qui a éveillé l'attention de la critique littéraire. Le lecteur tchèque n'a eu, pour l'instant, que la possibilité de lire deux contes de Katja traduits dans sa langue maternelle. Mais, comme elle dit, la première traduction de son livre en tchèque ne se fera pas attendre.