La police pointée du doigt après la mort d’un Rom à Teplice

Mercredi, le Conseil de l’Europe a appelé à une « enquête minutieuse, urgente et indépendante » suite à la mort, en fin de semaine dernière à Teplice (Bohême du Nord), d’un homme de quarante ans, sans domicile fixe et issu de la minorité rom, après son interpellation par la police. Plusieurs institutions tchèques demandent elles-aussi des éclaircissements dans cette affaire largement relayée par les médias étrangers.

Depuis samedi dernier, une vidéo tournée par les habitants de ce quartier difficile de Teplice, circule sur les réseaux sociaux, reprise aussitôt par les médias nationaux. Les images montrent trois policiers en train d’intervenir contre un homme dans la rue, puis restant agenouillés pendant plusieurs minutes sur les jambes, les épaules et le cou de l’homme arrêté.

Photo: Policie ČR

Dans une autre vidéo tournée peu avant l’incident, on voit ce même homme, extrêmement agité et agressif, en train de démolir une voiture. Il a d’abord résisté à l’intervention de la police, puis a perdu conscience, avant de finalement décéder dans l’ambulance appelée par la police. Les médecins ont constaté que la victime était morte des suites d’un abus de drogues, ce qui a été confirmé, lundi, par une autopsie.

S’appelant Stanislav mais mieux connue sous son surnom de Lokša, la victime était un toxicomane au passé criminel. Il était d’origine rom, comme la majorité des habitants de ce quartier de Teplice marqué par la pauvreté et l’exclusion sociale. L’incident a aussitôt fait la une du serveur de la minorité rom Romea.cz, suscitant l’indignation de la communauté rom tchèque qui a transformé le lieu du drame en lieu de piété et organisé un rassemblement à Teplice.

En début de semaine, l’information a été relayée par de nombreux médias internationaux. La BBC a pointé du doigt la situation de la minorité rom tchèque, qui compte près de 300 000 membres, alors qu’environ 12 millions de Roms vivent en Europe. De son côté, le journal britannique The Guardian a repris la comparaison faite par Romea.cz avec le meurtre de l’Afro-Américain George Floyd par un policier blanc en mai 2020 aux Etats-Unis.

« Non, il ne s’agissait pas d’un George Floyd tchèque » a toutefois réagi la police sur Twitter. Celle-ci a expliqué avoir réagi de manière légitime contre un individu agressif impossible à maîtriser sans recours à la force, tout en rejetant tout rapport de cause à effet entre son intervention et la mort de l’homme arrêté.

Les travailleurs sociaux de Teplice et les habitants du quartier ont tous confirmé, dans un reportage publié par l’hebdomadaire Deník N, que Stanislav était toxicomane. Un travailleur social affirme toutefois qu’il ne l’avait « encore jamais vu délirer autant » que sur la vidéo. « Il est possible qu’il soit mort d’une overdose », affirme-t-il, conformément à l’autopsie.

Alena Drbohlavová Gronzíková | Photo: LiinkedIn d’Alena Drbohlavová Gronzíková

Pourtant, de nombreuses organisations et institutions, parmi lesquelles Amnesty International ou le bureau du vice-médiateur tchèque, demandent à ce que le comportement des trois policiers mis en cause soit examiné de plus près. On écoute Alena Drbohlavová Gronzíková, du Conseil gouvernemental en charge des affaires de la communauté rom :

« Il existe des doutes à propos de cette intervention policière et il faut clarifier les choses, que ce soit pour donner raison à la police ou aux proches de la victime. »

En attendant les conclusions de l’enquête, les policiers de Teplice ont été remerciés par le ministre de l’Intérieur, Jan Hamáček, et le Premier ministre, Andrej Babiš. Leur attitude a été justifiée par plusieurs spécialistes interrogés par les médias, dont Stanislav Kazbunda, professeur à l’école de police de Vodňany :

« Le but de la méthode utilisée par les policiers à Teplice (qui consiste à s’agenouiller sur le corps de l’individu arrêté, ndlr) est d’empêcher les personnes agressives de menacer les autres, mais aussi de porter atteinte à elles-mêmes. Elle est tout à fait légitime et a été appliquée dans le respect de la loi. »

Le Conseil gouvernemental en charge des affaires de la communauté rom a invité le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur à participer, le 30 juin, à sa réunion consacrée à l’affaire de Teplice.

Celle-ci a ouvert un débat plus large dans les médias, un débat consacré, certes, au problème de discrimination des Roms, mais également à la manière d’intervenir contre les personnes souffrant de problèmes psychiques, alcooliques ou toxicomanes, ainsi qu’à la stigmatisation de ces derniers et des personnes socialement exclues en général. Un débat attisé par le Premier ministre Babiš qui a déclaré en réaction à la mort de Stanislav : « C’est triste, mais un individu normal et décent ne se retrouverait probablement pas dans une telle situation. »