La police tchèque confrontée à l’insuffisance de ses effectifs

Photo illustrative: Štěpánka Budková

Le ministère de l’Intérieur souhaite recruter plusieurs milliers de nouveaux policiers afin de pouvoir faire face aux différentes menaces de sécurité comme le terrorisme ou l’extrémisme. Toutefois, les candidats sont insuffisamment nombreux. Initialement prévue pour 2020 par le gouvernement de Bohuslav Sobotka, l’embauche de 4 000 policiers a dû être ainsi repoussée de deux ans. Pour rendre le métier plus attrayant, le cabinet pourra donc prochainement augmenter les salaires ou assouplir les critères d’admission.

Photo illustrative: Štěpánka Budková
En 2016, le gouvernement a adopté une nouvelle conception de la Police de la République tchèque. Ce document prévoit de ramener les effectifs de la police nationale à leur niveau d’avant la crise, et donc de faire passer de 40 000 à 44 000 le nombre total des policiers. A l’origine, il avait été prévu que l’accueil de ce nouveau personnel s’achève en 2020. Une prévision toutefois irréaliste pour le présidium de la police, comme pour le président des syndicats de la police, Zdeněk Drexler :

« Il existe actuellement en République tchèque 521 départements de la police nationale. 120 d’entre eux, soit 28 %, ne sont pas en mesure d’assurer un service public 24 heures sur 24. Ces départements sont donc fermés la nuit et les citoyens doivent alors s’adresser, en cas de besoin, aux policiers d’une ville voisine. La durée d’arrivé des policiers est ensuite plus longue… La police ne se trouve donc pas dans une bonne condition, et c’est pourquoi il serait bien que l’horizon 2020 soit respecté. Mais nous savons que le recrutement ne se passe pas comme prévu. En avril dernier, par exemple, nous avons enregistré plus de départs que de nouveaux recrutés. »

A la fin de l’année dernière, les forces de l’ordre comptaient quelque 1 360 postes vacants. Faute d’un nombre suffisant de candidats remplissant les critères d’embauche, le gouvernement a été contraint de prolonger de deux ans la période de recrutement, soit jusqu’en 2022.

Tomáš Tuhý, photo: Filip Jandourek, ČRo
Cette situation est le résultat de plusieurs facteurs : un taux de chômage extrêmement bas (4,4% en avril dernier), la concurrence des entreprises de sécurité privées, mais aussi de la police municipale et de l’armée qui recrutent des profils similaires, et un niveau de salaires peu attractif. Comme le précise Tomáš Tuhý, président de la police, le salaire brut moyen d’un nouveau gardien de la paix s’élève à 18 500 couronnes (700 euros), alors qu’il est de 27 900 couronnes (1 060 euros) au niveau national :

« Les conditions salariales des policiers sont un vrai problème. Le gouvernement a approuvé une augmentation de 10% à compter de juillet prochain. C’est un signal positif, même si je ne considère pas que cette hausse soit suffisante. »

Afin d’attirer de nouvelles recrues, le présidium demande au gouvernement également d’assouplir, à partir de 2018, les conditions de leur admission. Nouvellement, la police pourrait donc employer des étrangers, ainsi que des personnes sans baccalauréat. De même, les tests psychologiques et physiques, qui sont à l’origine de l’échec de plusieurs centaines d’aspirants chaque année, pourraient être moins exigeants. Une idée qui déplaît toutefois à l’opposition de droite, mais aussi au syndicaliste Zdeněk Drexler :

Zdeněk Drexler, photo: Site officiel des syndicats de la police
« Ce n’est pas une bonne solution. Regardons notre concurrence – la police municipale : tous les agents doivent être titulaires d’un baccalauréat. La police nationale, qui est plus haut dans la hiérarchie, veut modérer ses exigences requises… Je ne crois pas que ce soit la voie à suivre. Au contraire, la police de la République tchèque devrait rendre ce service plus attrayant afin de pouvoir choisir parmi les candidats qui répondent aux critères d’admission actuels. »

Le coût total des recrutements envisagés est estimé à quelque 8,3 milliards de couronnes (315 millions d'euros). Grâce à ce nouveau personnel, la police nationale veut par exemple créer, dans chacun de ses départements, deux équipes spécialement entraînées pour prendre part aux situations dangereuses. Quelque 750 personnes seraient employées aussi chez la police étrangère.