La reprise de SABMiller par AB InBev approuvée par l’UE, Plzenský Prazdroj va bien changer de propriétaire

Plzeňský Prazdroj, photo : Radio Prague

Plus importante brasserie en République tchèque, Plzenský Prazdroj va bien très probablement passer entre les mains d’un nouveau propriétaire. En effet, la Commission européenne a autorisé, mardi, le projet d’acquisition de SABMiller, deuxième brasseur mondial dont dépend la prestigieuse marque tchèque, par AB InBev, numéro un du secteur. Cette autorisation est toutefois subordonnée à la vente par AB InBev de la quasi-totalité des activités brassicoles exercées par SABMiller en Europe.

Plzeňský Prazdroj, photo : Radio Prague
L’annonce du deal, le plus important dans l’histoire de l’industrie brassicole et dont le montant s’élève à plus de 100 millions de dollars, avait été faite à l’automne dernier. Encore fallait-il cependant que l’exécutif européen lui donne son feu vert, en vertu du règlement de l'UE sur les concentrations. En raison de la disparition d'un concurrent important et d'une plus grande probabilité de coordination tacite entre les principaux brasseurs internationaux, la Commission craignait que l'opération ne débouche sur une augmentation des prix de la bière dans les États membres, parmi lesquels donc la République tchèque, où SABMiller est actuellement présente.



Photo: CzechTourism
AB InBev, dont le portfolio compte les marques américaine Budweiser et belge Stella Artois, a immédiatement proposé de céder l'intégralité des activités exercées par SABMiller en France, en Italie, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni pour devancer d'éventuelles craintes de la Commission concernant ces pays. Le groupe a déjà accepté une offre du brasseur japonais Asahi pour l'ensemble de ces actifs. Et afin de dissiper les autres problèmes recensés par la Commission durant l'enquête préliminaire, AB InBev a également proposé de céder les activités de SABMiller en République tchèque, en Hongrie, en Pologne, en Roumanie et en Slovaquie. Ces différents engagements répondent donc à l'ensemble des craintes exprimées par la Commission, et notamment à celles suscitées par un accroissement des contacts multi-marchés.

Photo : Radio Prague
En ce qui concerne plus concrètement le marché tchèque, les experts pensent que Plzenský Prazdroj pourrait susciter l’intérêt du groupe néerlandais Heineken et de la brasserie nord-américaine Molson Coors. Toutefois, selon la Fédération tchèque des brasseries et malteries, pas plus Heineken que Molson Coors ne peuvent faire l’acquisition de la brasserie de Plzeň (Bohême de l’Ouest) qui, outre la Pilsner Urquell, produit également notamment la Gambrinus, la bière la plus consommée en République tchèque, la Radegast (en Moravie) ou encore la Velkopopovický Kozel (en Bohême centrale). En effet, l’un comme l’autre posséderait alors plus de 65% du marché tchèque, un cas de figure auquel s’opposera le Bureau pour la protection de la concurrence économique (ÚOHS).

Photo : Archives de Plzeňský Prazdroj
En République tchèque, Heineken produit notamment la bière Krušovice, tandis que la marque Staropramen, autre bière très consommée, appartient à Molson Coors. Bref, si Heineken ou Molson Coors étaient intéressés par le rachat de Plzenský Prazdroj, ils devraient préalablement vendre les brasseries dont ils sont actuellement les propriétaires en République tchèque.

Autre possibilité bien entendu envisagée : l’investissement d’une société chinoise ou japonaise. Déjà, le japonais Asahi Breweries produit depuis plusieurs années à Staropramen sous licence Asahi sa bière Super Dry pour le marché européen. Le nom de Kirin, un autre groupe japonais, est également avancé… Tous s’accordent pour dire cependant sur le fait que, quel que soit le nouveau propriétaire, les changements dans le management, avec certainement une réorganisation, ne devraient avoir aucun impact sur la production de Plzenský Prazdroj, qui détient environ la moitié du marché tchèque et qui a vendu plus de 10 millions d’hectolitres en 2014 comme en 2015.