La visite à Paris de Bohuslav Sobotka confirme le réchauffement des relations franco-tchèques

Bohuslav Sobotka et François Hollande, photo: ČTK

Le Premier ministre tchèque effectue une visite officielle en France ces jeudi et vendredi. Avant sa rencontre avec son homologue Manuel Valls vendredi, Bohuslav Sobotka a tout d’abord été reçu pendant une petite heure à l’Elysée par François Hollande ce jeudi.

Bohuslav Sobotka et François Hollande, photo: ČTK
Il s’agissait de la première visite d’un chef du gouvernement tchèque en France depuis janvier 2012 et le dernier passage de Petr Nečas. Notre correspondante à Paris, Kateřina Srbková, a assisté à ces « retrouvailles » :

« La rencontre entre François Hollande et Bohuslav s’est visiblement passée dans un esprit très amical. Les principaux sujets abordés ont été le Partenariat stratégique entre les deux pays, les relations bilatérales et la politique européenne. »

« François Hollande a dit apprécié la volonté de la République tchèque par rapport à l’Union bancaire et à la lutte contre la fraude fiscale, ainsi que sa volonté de participer beaucoup plus à la politique européenne. Les deux hommes ont également souligné l’importance du partenariat économique entre les deux pays. La France est le cinquième investisseur en République tchèque et les deux parties entendent encore élargir cette coopération pour gagner de nouveaux marchés. Cette coopération se passe dans plusieurs domaines, mais l’accent devrait être mis sur les transports, l’aéronautique et la politique énergétique. François Hollande et Bohuslav Sobotka ont une vision des choses très proche sur ces points-là. »

« Le sujet Areva n’a pas été directement évoqué. François Hollande et Bohuslav Sobotka ont parlé surtout de manière générale de la politique nucléaire des deux pays. Mais même si François Hollande n’a pas évoqué le sujet, Bohuslav Sobotka, lui, a dit que cette affaire avait refroidi les relations franco-tchèques. »

Interrogé par la presse tchèque peu après la conférence de presse officielle, Bohuslav Sobotka a bien confirmé que les relations franco-tchèques n’étaient plus forcément au beau fixe depuis la décision prise en octobre 2012 d’exclure Areva de l’appel d’offres pour l’achèvement de la centrale nucléaire de Temelín:

« L’élimination d’Areva de l’appel d’offres pour la construction de nouveaux réacteurs à la centrale de Temelín a clairement refroidi les relations entre nos deux pays. Le fait que cet appel d’offres ait été annulé et que, par conséquent, de nouvelles possibilités de coopération s’offrent à nous a des conséquences positives sur les relations franco-tchèques actuelles. Dans ce sens, je me réjouis de rencontrer, demain, le nouveau Premier ministre français. »

Pour autant,le nucléaire reste un lien fort qui unit la France et la République tchèque en Europe, comme l’a souligné François Hollande :

« Je voulais rendre hommage à l’effort qu’a fait la République tchèque par rapport à notre intervention au Mali, et à sa participation à un niveau qui correspond à ce que peut faire la République tchèque quand elle est consciente de ce qui se joue en Afrique. Et je voulais vraiment l’en remercier. »

Mais l’actualité, c’est aussi l’évolution de la situation en Ukraine. Sur ce point, Bohuslav Sobotka a précisé que Paris et Prague étaient sur la même longueur d’ondes et rappelé la position de la diplomatie tchèque :

Bohuslav Sobotka et François Hollande, photo: ČTK
« Nous sommes d’accord sur le fait que le comportement de la Russie est inacceptable. Mais je pense que nous nous entendons aussi pour ce qui est des sanctions économiques : elles sont un grand risque pour la relance de la croissance économique. Le gouvernement tchèque n’est pas favorable à l’introduction de sanctions généralisées contre la Russie, tout simplement parce que cela nuirait aux deux parties, aussi bien à la Russie qu’aux pays européens. Nous pensons qu’il faut trouver une solution diplomatique et politique. »

Toujours concernant les dossiers internationaux, le président français a tenu à mettre en avant l’engagement de l’Armée tchèque dans les missions de l’OTAN et de l’ONU, et notamment dans une région stratégiquement importante pour la France :

« Il y a aussi une relation très particulière entre la République tchèque et la France, elle tient à l’énergie. Car la République tchèque a fait confiance, depuis de nombreuses années, à l’industrie nucléaire. Comme la France, vous le savez, a pour sa production d’électricité une source essentiellement d’origine nucléaire. Et je souhaite que cette coopération sur le nucléaire civil puisse prendre un nouveau rythme et je sais que c’est la volonté également du Premier ministre Sobotka. »

Enfin, autre grand dossier, les questions européennes ont également été abordées à l’Elysée. Depuis sa nomination en janvier dernier, le nouveau gouvernement tchèque dirigé par Bohuslav Sobotka entend mener une politique franchement pro-européenne, une évolution notoire qui n’est pas échappée à François Hollande, malgré les positions et rôles différents des deux pays au sein de l’UE :

« La France est dans la zone euro, la République tchèque n’y est pas. Cependant, nous avons la volonté commune de mieux intégrer nos économies. Je sais la volonté, notamment de la République tchèque par rapport à l’union bancaire, ou la lutte contre la fraude fiscale. Je l’ai dit, nos deux gouvernements travaillent pour que la croissance soit la priorité pour les prochains mois dans l’Union européenne. »

Enfin, avant donc d’être encore reçu par Manuel Valls en fin de matinée vendredi, le Premier ministre social-démocrate tchèque participe, ce jeudi soir, au lancement de la campagne du Parti socialiste français pour les élections européennes. Une présence qui explique que Bohuslav Sobotka se soit rendu à Paris par ligne régulière et non en empruntant un avion spécial propriété du gouvernement. On est socialiste ou on ne l’est pas.