L'affaire des caricatures à la lumière de la presse tchèque

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L'affaire des caricatures ne cesse d'alimenter la presse tchèque. Nous l'avons lue pour vous pour en tirer les extraits les plus intéressants.

« Alibaba en colère ». Et encore « Le fondamentalisme islamiste est sans bornes ». Tels sont les titres de la couverture de l'hebdomadaire très lu dans le pays, Tyden, qui consacre plusieurs commentaires aux réactions à la publication des caricatures de Mahomet et aux émeutes que celles-ci ont provoqué dans les pays islamiques.

« Dessiner Mahomet comme une bombe paraît stupide et injuste », peut-on lire dans un article intitulé « Le droit à l'anecdote ». Plus loin, son auteur situe les caricatures dans un plus large contexte. Pour lui, « les Etats-Unis et l'Europe sont aujourd'hui mortellement menacés par les islamistes extrêmistes et les terroristes qui prétendent défendre leur cause sainte. Oussama ben Laden, le plus grand criminel du nouveau millénaire, ne se présente-t-il pas effectivement comme un ascète musulman, déclarant la guerre sainte à l'Occident ?»

Photo: CTK
Dans cette logique, « il n'est pas difficile de comprendre les motivations des auteurs des caricatures », peut-on lire dans le commentaire. Son auteur va plus loin encore en écrivant que les attentats à New-York, à Madrid et à Londres, ainsi que des centaines d'autres « attaques saintes » peuvent en quelque sorte « justifier » les caricatures incriminées.

Le journal danois Jyllands-Posten ne nous a-t-il pas entraîné dans un malheur, sur le plan sécuritaire ? Voilà une autre question que l'article soulève. Sa réponse est univoque :

« Les caricatures ne servent que de prétexte pour déclencher des émeutes infernales dans les pays islamiques... Les auteurs d'attentats sont décidés depuis bien longtemps à nous liquider. La sécurité occidentale ne dépend pas des caricaturistes, mais de la capacité des services secrets et de la police à prévenir les assassinats envisagés. Les craintes que les journalistes danois nous aient porté préjudice sont donc déplacées ».

Les menaces potentielles et réelles auxquelles serait confronté le monde occidental sont, aussi, le thème d'un article que l'historien de la littérature Martin Putna a publié dans une récente édition du quotidien MfDnes. En évoquant le célèbre roman du grand écrivain tchèque, Karel Capek, « La Guerre des salamandres », il écrit que le livre « présente un scénario décrivant de façon on ne peut plus ingénieuse les menaces auxquelles est confrontée la culture européenne, scénario applicable tant à la confrontation avec les nazis et les bolcheviques qu'à la situation nouvelle dans laquelle nous nous retrouvons aujourd'hui ».

Dénonçant la tactique de conciliation et « d'appaisement » - « l'ancienne tactique que l'Occident a si souvent utilisée, face à Hitler et face aux bolcheviques », il écrit :

« Il faut prendre en considération que la guerre des salamandres a déjà commencé. Il y a lieu que nous rappelions les valeurs qui sont chères à l'Occident. Le respect pour les confessions et les cultures différentes en fait certainement partie, la culture islamique étant par ailleurs digne du plus grand respect. Mais la volonté de défendre les valeurs qui sont les nôtres, sur notre territoire, appartient, elle aussi, aux valeurs occidentales. La guerre des salamandres n'est pas donc une guerre avec l'islam, mais avec tous ceux qui, au nom de l'islam, veulent limiter et, finalement, dominer notre culture ».

Javier Solana, photo: CTK
« Au nom de qui parle Solana ?», s'interroge le politologue Jiri Pehe, dans les pages de l'édition de ce mercredi du quotidien déjà cité, MfDnes, en réaction au récent périple de Javier Solana, dans certains pays islamiques.

« Les efforts de Solana d'atténuer les émotions sont compréhensibles », écrit-il en ajoutant qu'ils donnent tout de même lieu à plus d'une question. D'abord celle de savoir, au nom de qui il parle au moment où l'Union européenne n'a pas une véritable politique étrangère commune et encore moins une politique médiatique commune. Et, aussi, comment veut-il garantir que soit accomplie la promesse que l'Union empêchera dorénavant des outrages à l'égard de l'islam ?

« Tout en ayant des motivations honnêtes, les efforts diplomatique de Solana ne peuvent que renforcer la conviction d'un grand nombre d'Européens que l'Union européenne ne constitue qu'une institution hésitante qui, dans des moments de crise, ne fait que s'incliner bêtement », peut-on lire plus loin et Jiri Pehe de conclure :

Photo: CTK
« Au lieu de se solidariser avec le Danemark et les autres Etats, qui sont les cibles d'un fanatisme encouragé par les fondamentalistes et les régimes non démocratique dans le monde islamique, le haut représentant de l'UE visite les pays islamiques leur donnant au nom de nous tous des propositions peu réalistes, la volonté des citoyens européens étant négligée ».

C'est dans le même esprit qu'est portée une réflexion publiée dans une récente édition du quotidien Hospodarske noviny... Son auteur, lui aussi, souligne que « compte tenu du fait que la pensée musulmane se radicalise et que les conflits avec les pays occidentaux se multiplient, il est absolument nécessaire que l'Europe apprenne à adopter des réactions pertinentes ». En conclusion, il écrit :

« Toute l'affaire des caricatures, un peu fantasmagorique, concerne aussi les Tchèques. Théoriquement parlant, des millions de musulmans européens peuvent s'y implanter d'ores et déjà... Dans quelques dizaines d'années, Prague sera probablement une ville d'accueil d'immigrés. Quel lieu à vivre sera-t-elle ? Cela dépend, entre autres, du résultat de la « guerre des caricatures ».

Le hasard veut que la Galerie de Prague accueille ces jours-ci une exposition consacrée à la caricature dessinée tchèque de la première moitié du XXe siècle. « Une caricature correcte », comme l'écrivent les journaux bien que, à l'époque, des caricatures antisémites, par exemple, étaient assez fréquentes. « C'est un peu dommage que ces dernières ne soient pas présentées à l'exposition », écrit le quotidien HP. « Cela permettrait d'effacer l'idée répandue qu'il existe une frontière nette entre « nous » (les justes) et « eux » (les raillés).