L'art « décadent » tchèque s'expose à la Maison municipale jusqu'au 18 février

Jaroslav Panuska, 'La tête expressive'

Depuis le mois de novembre la Maison municipale (Obecni dum) de Prague joyaux de l'Art nouveau tchèque, présente les oeuvres de plusieurs artistes tchèques et allemands sous le titre « Des couleurs morbides : l'idée de décadence et l'art dans les pays tchèques de 1880-1914 ». Ce mouvement artistique, inspiré par des poètes français comme Baudelaire ou Verlaine, s'est également développé en Bohême à la fin du 19ème siècle.

L'exposition est organisée en quatre parties. Les deux premières sont tournées vers les artistes eux-mêmes et leurs relations à l'autre, à l'amour et à la sexualité, ce qui correspond à la tendance narcissique de ce mouvement. Les deux autres parties sont commentées par Otto M. Urban, commissaire de l'exposition :

« La troisième section est celle des 'Hallucinations sataniques', qui correspond au désir de libération spirituelle. Mais ça ne marche pas, parce que même dans ce domaine, au lieu d'éléments positifs, apparaissent des monstres et des vampires, qui commencent à torturer et à détruire les corps, ce qui permet une continuité avec la quatrième et dernière section, le 'purgatoire de la mort'. La question principale est le phénomène de la mort, la sorte d'extra-sensibilité liée au fait de mourir, d'être malade ou fou, qui mène à la destruction finale, la mort. »

Après avoir été exposé à Paris l'année dernière, on retrouve Frantisek Kupka, un des pionniers de l'art abstrait, mais aussi Jaroslav Panuska, Frantisek Kobliha ou Josef Vachal. Plusieurs artistes allemands de Bohême sont également représentés, comme Alfred Kubin, Richard Teschner et Hugo Steiner Prag, offrant ainsi un panorama complet de la scène artistique pragoise de cette époque.

Les artistes exposés n'étaient pas de « purs décadents » mais ils ont tous participé, à leur manière, à cette tendance européenne pessimiste. Bien qu'elle n'expose pas d'oeuvre majeure, l'exposition de la Maison municipale a le mérite de proposer un thème peu connu et original, dans un décor contemporain à ce mouvement.