Le 10 juin : Journée du souvenir de la tragédie de Lidice

Lidice

Ce mercredi, nous commémorons le 67e anniversaire de l’anéantissement de Lidice, commune martyre devenue le 10 juin 1942 victime de la vengeance nazie à la suite de l’attentat de Heydrich. Tous les hommes de Lidice ont été fusillés, les femmes déportées dans le camp de Ravensbrück, 90 enfants de Lidice ont été gazés à Chelmno en Pologne, les plus petits envoyés dans des familles adoptives en Allemagne pour être aryanisés. Le village a été incendié et rasé afin d’être rayé de la carte.

Lidice a été anéanti en représailles à l’attentat contre le chef du Protectorat de Bohême-Moravie et l’un des coordinateurs de la solution finale de la question juive, Reinhard Heydrich, commis 15 jours auparavant, le 27 mai, par deux hommes du commando parachuté de Londres, Jozef Gabčík et Jan Kubiš. Le prix que les Tchèques devaient payer pour cet acte devait être des plus élevés, comme l’explique l’historien Jan Boris Uhlíř:

« La première réaction de Hitler était d’exécuter 10 000 Tchèques, représentants de l’élite intellectuelle de la nation et membres de l’organisation de résistance militaire qui s’appelait Obrana národa – Défense de la nation. La décision de rayer Lidice de la carte n’a toutefois été prise par Hitler que le jour du décès de Heydrich, le 4 juin 1942. »

Lidice est devenu victime de la fureur nazie par un concours de circonstances fatidiques. Le prétexte dont Hitler s’est servi peut parait incroyable et absurde: une lettre d’amour adressée par un homme de Lidice a son amie et qui a été prise pour un message chiffré ayant un rapport avec les auteurs de l’attentat. Le patron qui a retenu la lettre dont le contenu lui paraissait suspect, l’a remise à la gestapo de Kladno. L’existence d’une liaison entre l’auteur de cette lettre et l’attentat n’a jamais été prouvée. Or deux familles de Lidice – la famille Stříbrný et la famille Horák, avaient leurs fils en Angleterre où ils combattaient pour la RAF. Ce fait a été à l’origine de la dite piste britannique conduisant aux parachutistes. Dans une déclaration officielle, Berlin l’a qualifié « d’éléments irréfutables indiquant que la population de Lidice a prêté aide et soutien au cercle des coupables… »

Les membres des unités SS de Halle an der Salle, ville natale de Heydrich, ont été appelés pour exécuter les hommes de Lidice. Le prêtre Josef Štemberk, âgé de 73 ans, qui apportait réconfort et consolation spirituelle aux hommes tués par groupes a refusé la grâce des nazis se plaçant comme dernier devant le peloton d’exécution. La destruction qui devait être totale et absolue ne s’est pas arrêtée devant l’église Saint-Martin et le cimetière de Lidice. Les femmes qui ont survécue et qui sont revenues après la guerre à Lidice n’ont pas reconnu le lieu rasé. Le directeur du Mémorial de Lidice Milouš Červencl évoque le destin tragique des habitants de Lidice :

« Des 500 habitants de Lidice d’avant le 10 juin 1942, 340 n’ont pas survécu à la Deuxième guerre mondiale. Aucun des hommes de Lidice n’a survécu, si l’on ne compte pas messieurs Horák et Stříbrný qui étaient en Angleterre. 143 femmes sont rentrées de Ravensbrück. Après la fin de la guerre, 17 enfants ont été retrouvés et rapatriés en Tchécoslovaquie, grâce au président Edvard Beneš qui a initié les recherches. Le dernier enfant de Lidice, Václav Zelenka, n’a été retrouvé qu’en 1947, deux ans après la fin de la guerre. »

Le plan des nazis de rayer le village de la carte a échoué. Le monde a pris connaissance de la tragédie Lidice par un film « Le village silencieux » recréant la tragédie au pays de Galles dans un village minier similaire. Ainsi, encore durant la guerre, Lidice est devenu synonyme de la barbarie nazie et symbole de la résistance. Jan Boris Uhlíř :

Ležáky
« Le processus sanglant qui a commencé a Lidice et qui a continué à Ležáky a suscité de vives réactions dans le monde. Sous le poids de l’événement, de l’attentat de Heydrich et de la vague de représailles déclenchée après sa mort, les puissances occidentales – la Grande Bretagne et la France représentée par le général de Gaulle ont annulé leurs signatures apposées au bas des accords de Munich. Pour la direction tchécoslovaque exilée à Londres avec en tête Edvard Beneš, c’était une certitude de retrouver, à son retour à Prague une fois la guerre terminée, la République tchécoslovaque dans ses frontières d’avant Munich. »

La construction des 150 nouvelles maisons a débuté en mai 1948, photo: CTK
Pour le massacre de Lidice, des peines ont été prononcées contre le chef de la gestapo de Kladno Harald Wiesmann, exécuté en avril 1947. Le chef du service de sécurité secret SD de Kladno, Max Rostock, a été gracié en 1953 par le président Antonín Zápotocký qui a commué en peine à perpétuité sa condamnation à mort. La commune de Lidice a été rasée deux ans, jour pour jour, avant Oradour-sur-Glane en France. Quinze jours après le massacre de Lidice, un deuxième village tchèque, Ležáky, en Bohême orientale, est devenu victime de la vengeance atroce déclenchée pour punir l’attentat contre Heydrich. Contrairement à Lidice, Ležáky était activement engagé dans la résistance, cachant sur son territoire un émetteur clandestin des parachutistes.

Durant l’été 1947, la première pierre du nouveau village de Lidice a été posée à 300 mètres de la commune village anéantie. La construction des 150 nouvelles maisons a débuté en mai 1948. Aujourd’hui, la commune compte près de 400 habitants parmi lesquels on trouve encore plusieurs femmes et anciens enfants de Lidice rescapés du massacre.