Le budget de la culture toujours très inférieur au standard européen

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Yvona Kreuzmannová, fondatrice du festival international de danse Tanec Praha, a quitté le ministère de la Culture pour reprendre son travail au service du festival – celui-ci a connu une crise l’été dernier, quand la ville de Prague a supprimé une grande partie des financements promis. Comme l’année dernière, nous avons évoqué avec elle les principales tendances du renouvellement, en gestation, de la politique culturelle tchèque. Un point pour l’année à venir, à la veille de la présidence tchèque du Conseil de l’Union européenne.

« Je trouve ça vraiment dommage que la République tchèque, en ce moment, en préparant la présidence de la République tchèque au Conseil de l’Union européenne, n’ait pas mentionné la culture. Parce que c’est la culture qui nous rend visibles, partout dans le monde. Et si le mot ‘culture’ n’est même pas mentionné dans le document des priorités de la présidence tchèque, j’en suis très triste. »

Le ton est donné par Yvona Kreuzmannová, qui déplore le manque de considération du gouvernement tchèque pour la politique culturelle.

Une étude a été publiée par l’Institut des arts (Institut umění), comparant la politique culturelle des pays de l’Union européenne. Il en ressort que, si les principes fondateurs de la politique culturelle tchèque sont comparables à ceux des autres pays de l’Union, ses applications pratiques suivent moins, et qu’en particulier, le principal frein au développement de la politique culturelle tchèque est le budget de la culture, qui est proportionnellement toujours très inférieur au standard européen – 1%. Yvona Kreuzmannová:

« Là vraiment, je trouve la situation très difficile. Le budget de l’Etat qui a été proposé au parlement maintenant est très bas concernant la culture. Comme je ne travaille plus au ministère, je ne sais pas comment la bataille continue, maintenant, mais le ministère a promis qu’il va vraiment faire le maximum pour avoir 1% pour la culture.

Photo: Commission européenne
La nouvelle stratégie de notre Etat a été déclarée et en discussion publique sur Internet, elle ne parle presque que de ça, parce que c’est tellement important. En principe, on a refait un peu les points de base pour la politique culturelle de l’Etat. Ce matériel est fini, et le ministre doit se battre vraiment énormément dans le gouvernement, parce que la situation du budget de l’Etat est difficile. On va voir, au parlement, dans les semaines à venir. »

Le document dont parle Yvona Kreuzmannová, la proposition de la politique culturelle d’Etat pour les années 2009-2014, comporte une analyse SWOT (forces/faiblesses/opportunités/menaces) de la politique culturelle de l’Etat tchèque, résumant la situation actuelle.

Ainsi, les forces évoquées sont l’infrastructure culturelle existante, les systèmes existant de soutien à la culture, la coopération entre l’Etat et de nombreuses institutions, organismes, associations dans le domaine de la culture et le système d’éducation aux arts, particulièrement développé dans le pays – notamment par le biais des « écoles primaires d’art », système d’enseignement public qui permet aux enfants d’écoles primaires de se spécialiser, après l’école, dans un domaine artistique de façon approfondie.

Les faiblesses de la politique culturelle tchèque sont avant tout le manque de financements, et l’archaïsme du fonctionnement de certaines institutions, dû à un manque de qualification des managers de la culture. L’absence de coordination des activités culturelles dans le pays est également évoqué, et une législation inexistante.

Le document de l’Institut des arts rappelle en effet qu’en République tchèque il n’existe pas de loi concernant la culture – alors qu’elle existe dans 10 pays, et que les avantages fiscaux pour financer la culture ne font pas l’objet d’une loi particulière – ce qui est pourtant le cas dans 10 pays également. Celui qui veut financer la culture peut bénéficier d’avantages fiscaux généraux liés aux dons, mais ceux-ci ne sont pas formulés ni prévus spécialement pour la culture – ils sont donc moins avantageux que les effets prévus par la loi française sur le Mécénat, par exemple.

Enfin, évoquons avec Yvona Kreuzmannová la question des financements croisés de la culture – le croisement des financements entre l’Etat, les régions et les villes.

Vous aviez parlé, l’année dernière, des financements croisés : est-ce que, dans le nouveau document, un pas a été fait dans ce sens-là ?

« Oui, on a bien respecté ce système qui est tellement bien défini dans d’autres pays de l’Union européenne. C’est proposé, on parle de beaucoup plus de coopération entre les villes, les régions, l’Etat. Il faut bien savoir que l’autonomie des villes et régions est énorme chez nous, donc la coopération devrait être sur la base du volontariat, des relations beaucoup plus profondes entre ces organismes – j’espère que ce n’est pas seulement une déclaration, mais qu’on va continuer, vraiment, à coopérer beaucoup plus. »

L’analyse SWOT du ministère de la Culture évoque comme principales menaces à la politique culturelle le manque de financements et de ressources, la mauvaise gestion du patrimoine, et un manque d’intérêt de la population pour la culture. Mais terminons plutôt cette émission sur les opportunités à saisir en République tchèque en matière de politique culturelle : les ressources humaines et les traditions, la situation géographique du pays, l’infrastructure existante dans les villes et les régions et la richesse, connue de tous, du patrimoine culturel.