Une partie du monde culturel pragois lutte pour sa survie

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Une partie du monde de la culture à Prague est en colère contre la nouvelle politique de subvention culturelle de la mairie de Prague. Les mécontents sont venus le faire savoir précisément au moment où commençait la réunion du conseil municipal de ce jeudi.

Miroslav Táborský (à droite), photo: CTK
Huit heures et demi du matin. La place devant l’hôtel de ville de Prague est inhabituellement remplie. Les acteurs du monde culturel ont plutôt la réputation d’être des lève-tard. Et si en France on manifeste à tour de bras, en République tchèque on est quand même moins revendicatif. Alors avec plusieurs centaines de personnes rassemblées, on peut donc dire que l’appel à manifester a été suivi…

13 500, c’est le nombre de signatures recueillies par la pétition « Pour une Prague culturelle », comme l’a annoncé en cette heure matinale le comédien Miroslav Táborský, un des auteurs du texte. Raison de la grogne : le fait que la mairie mette secteur non lucratif et secteur commercial dans le même panier, un panier dont ne s’en sortiraient que les gros poissons. Autre objet des critiques : le principe d’une « subvention au billet vendu » qui défavorise les organismes non commerciaux.

Milan Richter, photo: CTK
Des revendications que refuse Milan Richter, conseiller culturel de la mairie de Prague, dont les pétitionnaires exigent la démission :

« Je ne souhaite qu’une chose, que les théâtres soit tous soumis à un même système égalitaire. Il y a 700 demandeurs de subvention aujourd’hui, d’autres reçoivent leurs dotations automatiquement sans contrôle. Ceux-ci aussi doivent faire partie du système. Evidemment ceux qui manifestent sont ceux qui reçoivent les subventions automatiquement. »

Une position que sont venus soutenir jeudi matin certains représentants de théâtres qui ne trouvent rien à redire au nouveau système de subvention. Des théâtres qui font partie des institutions pragoises qui tirent une majeure partie de leurs bénéfices des deniers du tourisme.

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Yvona Kreuzmannová, conseillère du ministre de la Culture, elle, s’inquiète des conséquences des coupes budgétaires :

« Il y a des théâtres et des galeries qui se retrouvent avec 20 à 50 % de subventions en moins. Il y a aussi plusieurs événements internationaux comme le festival du film européen, le festival Tanec Praha. Par exemple, le festival Marathon de la musique contemporaine disparaît. C’est quelque chose qui ne contribue pas au visage culturel de Prague qui était capitale culturelle en 2000. »

Marta Lajnerová, directrice du festival Tanec Praha qui doit commencer le 1er juin a d’ores et déjà dû resserrer les cordons de la bourse :

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« Pour nous ça veut dire : la liquidation du festival. Nous avons dû annuler une troupe de cirque français qui devait symboliser la passation de la présidence européenne française à la présidence tchèque cette année. De même un projet américain en commun avec la chanteuse Iva Bittová qui ne viendra pas. Et on doit augmenter le prix des tickets. »

Même topo pour le théâtre des frères Forman qui tourne en France à l’heure actuelle avec son nouveau spectacle Obludárium, sans savoir s’il pourra jouer ou non en République tchèque à la rentrée…

A l’issue de la manifestation, une partie des protestataires est entrée dans le bâtiment de la mairie, et le conseil municipal a finalement mis le système de financement à l’ordre du jour. Plus de deux heures de passes d’armes entre partisans et opposants au micro n’ont permis aucune avancée.