"Le Document de Prague", pour soutenir les défenseurs des libertés et des droits de l'homme dans le monde

Karel Schwarzenberg parlant à la conférence internationale sur la démocratie et la sécurité, photo: Christian Rühmkorf

La semaine dernière, Prague a été pendant quelques heures au centre de l'actualité internationale. La capitale tchèque était la première étape de la tournée européenne du président américain. Une visite marquée par sa rencontre avec le président et le premier ministre tchèques mais aussi par sa participation à une conférence internationale sur la démocratie et la sécurité organisée au ministère des Affaires étrangères.

Karel Schwarzenberg parlant à la conférence internationale sur la démocratie et la sécurité, photo: Christian Rühmkorf
Consacrée à l'action des dissidents et au rôle des Etats démocratiques et des institutions internationales dans le processus de démocratisation, cette conférence était organisée mardi et mercredi derniers par trois ONG : l'Institut pour les Etudes sur la Sécurité de Prague, L'Institut Adelson du Centre Shalem de Jerusalem et la fondation espagnole pour l'Analyse et les études sociales. Des dissidents d'une soixante de pays avaient été invités pour l'occasion. Le choix de Prague devait souligner l'importance du lien entre démocratie et sécurité pour les pays d'Europe centrale et orientale. Karel Schwarzenberg, ministre tchèque des Affaires étrangères :

« C'est une longue tradition pour le ministère des Affaires étrangères de la République tchèque de se fixer comme priorité la défense des droits de l'homme et la lutte pour la liberté et les droits de l'homme. Nous voulons poursuivre cette tradition et c'est la raison pour laquelle je suis particulièrement content d'avoir accueilli les plus éminents des dissidents et militants des droits de l'homme de 18 pays du monde entier. Nous avons eu l'honneur d'avoir également le président Bush qui a prononcé ici un discours. L'important était d'attirer l'attention sur tous ceux qui luttent au quotidien pour la démocratie, la liberté et les droits de l'homme. »

Jose Maria Aznar, Vaclav Havel, Natan Sharansky, photo: Christian Rühmkorf
Nord-coréen, syrien, biélorusse, iranien, vietnamien, chinois... La conférence de la semaine dernière a rassemblé à Prague des défenseurs des libertés et des droits de l'homme d'horizons différents mais unis par une même cause. L'un de ceux qui symbolisent encore aujourd'hui la résistance pacifique au totalitarisme, c'est Vaclav Havel, toujours très engagé dans le soutien aux dissidents des régimes non démocratiques :

« J'ai participé à plusieurs conférence de ce type - peut-être moins importantes - et je suis convaincu que ce qui est le plus important au-delà des discours idéologiques, c'est la manière dont se comporte l'Etat envers ses citoyens. Ceux qui trouvent la force de se battre pour le respect des droits de l'homme, d'où qu'ils viennent, forment une communauté à part de gens qui se comprennent parce qu'ils ont des thèmes et des problèmes communs. Et tous s'accordent à dire qu'il est d'une importance primordiale d'être soutenus par des gouvernements et organisations démocratiques. Et je trouve formidable le fait que le président des Etats-Unis soit venu à cette conférence pour soutenir lui-même tous ceux qui luttent contre le non-respect des droits de l'homme dans le monde. »

Dans son allocution, le président des Etats-Unis a déclaré attendre avec impatience « le jour où des conférences comme celle-ci comprendront Alexander Kozulin, de Biélorussie, Aung San Suu Kyi, de Birmanie, Oscar Elias Biscet, de Cuba, le père Nguyen Van Ly, du Vietnam, et Ayman Nour, d'Egypte ».

Après son discours prononcé lors de cette conférence, George Bush s'est personnellement entretenu avec plusieurs personnalités présentes pour l'occasion. Des entretiens qui ont provoqué l'ire de plusieurs gouvernements, à commencer par la Chine, qui a dénoncé la rencontre mardi à Prague entre le président américain et la dissidente ouïgoure Rebiya Kadeer, en exil aux Etats-Unis depuis 2005, la qualifiant d' « ingérence grossière dans les affaires intérieures chinoises ».

Parmi les invités et intervenants à cette conférence, il y avait également Mithal Al-Alusi, membre du parlement irakien.

« Je retourne en Irak avec ce message à mon peuple : des gens exceptionnels du monde entier se sont réunis à Prague et ont confirmé que l'Irak ne sera jamais seul. C'était important de voir le Président Bush. Son intervention était claire concernant l'Irak et le soutien au processus démocratique mais aussi envers les gens qui croient pouvoir arrêter ce processus démocratique et la volonté de paix au Moyen-Orient. »

Une déclaration a été adoptée au terme de cette conférence, le Document de Prague, signé par Vaclav Havel, Jose Maria Aznar et Natan Sharansky. Ancien dissident soviétique, ce dernier préside aujourd'hui l'Institut Adelson au centre Shalem de Jerusalem :

« En notre nom à tous, j'ai remis ce document au président Bush. Ce que nous avons appelé le Document de Prague, signé par tous les dissidents, ne contient pas ce que nous attendons des régimes totalitaires - c'est évident - mais c'est un document qui décrit ce que nous attendons du monde libre, comment le monde libre doit défendre la dissidence et la démocratie dans sa politique quotidienne. C'était très important que George Bush prenne acte de ce document dans son discours, pour qu'il donne des instructions à ses secrétaires d'Etat, pour que ses ambassadeurs fassent le maximum pour soutenir les dissidents. »

Parmi les dix points qui figurent dans la version finale du Document de Prague adressé aux gouvernements du monde libre pour aider ceux qui tentent de bâtir des sociétés libres, on trouve notamment la demande de libération de tous les prisonniers politiques non-violents et la nécessité d'exercer des pressions diplomatiques, économiques et politiques sur les gouvernements ou les groupes qui bafouent les droits de l'homme.