Radar américain : pour les Tchèques pas question d'un accord « sur nous, sans nous » entre Washington et Moscou

George W. Bush et Vladimir Poutine, photo: CTK

Ce lundi encore, le radar américain est en une de tous les quotidiens tchèques. Après le sommet de l’OTAN en fin de semaine dernière à Bucarest, la défense antimissile a été l’un des principaux thèmes abordés ce week-end par les présidents américain et russe, à Sotchi sur les bords de la Mer Noire. La Russie et les Etats-Unis s'opposent sur le projet de Washington de déploiement en Pologne et en République tchèque d'éléments d'un bouclier antimissile.

George W. Bush et Vladimir Poutine, photo: CTK
Washington assure que ce bouclier vise à répondre aux éventuelles menaces d'Etats voyous comme l'Iran. De son côté, Moscou affirme qu'il s'agit d'une menace directe à ses frontières.

Evoquant une troisième voie, George W. Bush et Vladimir Poutine « ont exprimé leur intérêt pour la création d'un système de défense antimissile commun dans lequel la Russie, les Etats-Unis et l'Europe participeraient à part égale ». Une troisième voie qui ne plaît guère à Varsovie et encore moins à Prague. La perspective d’une présence militaire russe permanente en Bohême pour inspecter le radar est rejetée tant par l’opposition tchèque que par le gouvernement. Le sujet est sensible, quarante ans après l’invasion soviétique de 1968.

Karel Schwarzenberg, photo: CTK
Une expression tchèque qui date du traumatisme des accords de Munich de 1938 est aujourd’hui régulièrement employée : « O nás bez nás », « sur nous sans nous » en français, lorsque les grandes puissances décident de ce qui va se passer sur le territoire tchèque sans le consentement des Tchèques. Mais pour le chef de la diplomatie, Karel Schwarzenberg, pas question en 2008 de se laisser dicter les conditions de la potentielle installation de la base radar :

« Aucun accord ‘sur nous sans nous’ n’a été passé et il n’est pas question qu’il y en ait un à l’avenir. Si d’aventure les Russes étaient intéressés par la possibilité d’inspecter la base, alors ils vont devoir commencer à en discuter avec nous pour négocier. Mais pour le moment ils ne nous ont rien demandé et les Américains le savent – comme le savent les Russes aussi. Nous leur avons dit clairement que toute tentative de négociation sans nous serait nulle et non avenue. Cela n’arrivera plus. »

Les Tchèques refusent donc le moindre accord sur eux sans eux, mais un accord entre eux est également loin d’être acquis. Les traités passés avec les Américains doivent encore être conclus, puis signés et surtout ratifiés par le Parlement.

Selon les informations recueillies par le quotidien Hospodářské noviny, cinq des 101 députés sur lesquels s’appuie l’actuelle coalition gouvernementale ne sont pas vraiment « pro-radar », notamment chez les Verts, dont certains responsables ont appelé à voter contre la base américaine.

Le vote pourrait avoir lieu d’ici l’été. En cas d’échec, il n’y a pas de plan B, concède le vice-Premier ministre Alexandr Vondra.