Le duo Kemener-Ripoche : invitation à la danse

Kemener-Ripoche

Le chanteur Yann-Fañch Kemener et le violoncelliste Aldo Ripoche ont tenté et réussi une fusion des genres qui, au premier abord, pourraient sembler assez éloignés. Le répertoire du duo qu’ils ont créé, marie la musique traditionnelle bretonne et la musique baroque. Les deux artistes qui sont ces jours-ci en tournée en République tchèque, ont bien voulu visiter le studio de Radio Prague pour parler de leur musique et répondre également à quelques questions de Václav Richter. C’est le chanteur Yann- Fañch Kemener qui a été le premier à prendre la parole :

Kemener-Ripoche
Yann-Fañch Kemener : « Moi, pour ma part, j’ai une carrière de chanteur. Je suis chanteur de langue bretonne inspiré et baigné dans cette langue et dans cette culture bretonnes, chanteur de ce qu’on appelle aujourd’hui la musique traditionnelle. Voilà. Nous avons été mis en relation avec Aldo Ripoche par des amis du milieu musical et avons entamé une collaboration depuis une douzaine d’années maintenant. Il vient d’un autre univers qui est celui de la musique dite classique ou savante … »

Aldo Ripoche : « Si l’on a été mis en relation à l’époque, c’est parce que moi, qui ne connaissait pas du tout le milieu de la musique traditionnelle, faisait et fais toujours partie d’une association où l’on travaillait sur les compositeurs bretons et parce que les compositeurs bretons eux-mêmes travaillaient parfois sur la musique traditionnelle. Très vite, dans notre travail avec Yann-Fañch, je me suis aperçu des choses assez troublantes, des passerelles qui se dessinaient. Les premières séances de travail, Yann-Fañch, comme tous les chanteurs traditionnels ornait son chant énormément et ce qui était curieux, c’est que sa façon correspondait exactement aux ornements de la musique baroque française des XVIIe et XVIIIe siècles. Et je lui ai dit : ‘Pourquoi fais-tu ces ornements-là ?’, et il m’a répondu : ‘Je ne sais pas, c’est parce que ma mère et ma grand-mère chantaient comme ça et j’ai toujours entendu chanter comme ça.’ C’est une similitude quand même un peu troublante. Il y a énormément de rapports, comme si ces deux musiques avaient évolué chacune de leurs côtés mais sans jamais se perdre de vue. »

En République tchèque vous présentez une production que vous appelez Fest-noz. Que pouvez-vous dire de cette manifestation ?

Kemener-Ripoche
Yann-Fañch Kemener : « Le Fest-noz, c’est une terminologie qui apparaît dans un certain renouveau et un regain d’intérêt pour cette matière populaire bretonne dans l’immédiat après-guerre, mais qui est aujourd’hui uniquement concentrée sur le fait que des gens se retrouvent pour danser de différentes sortes de danses et particulièrement des danses en rond, en cercle. C’est la communauté qui se retrouve autour de ces danses en cercle, c’est aussi une façon pour la communauté de se retrouver et de s’égaliser quelque part. »

Aldo Ripoche : « J’ajouterais que la particularité du Fest-noz c’est qu’il y a toutes les générations et tous les âges qui s’y mélangent et qu’il n’y a pas non plus de ségrégation sociale. Tout le monde danse au Fest-noz, ce qui est quand même assez rare. »

J’aimerais demander encore quelle est la place du folklore dans la vie musicale bretonne actuelle...

Yann-Fañch Kemener : « La place de la musique traditionnelles dans la vie bretonne est très très importante, et notamment auprès des jeunes. Je ne sais pas si vous le savez, mais la question linguistique de la Bretagne, la question de la langue bretonne est assez critique. Par contre en ce qui concerne la musique, y compris le chant d’ailleurs, il y a vraiment beaucoup de jeunes qui s’y intéressent, qui tentent de différentes aventures aussi avec de nouveaux instruments, avec de nouvelles couleurs musicales. Cependant, la musique traditionnelle reste quand même la source d’inspiration pour un bon nombre de ces jeunes. »

Pourrait-on parler donc d’un renouveau, d’une espèce de renaissance nationale bretonne ?

Yann-Fañch Kemener : « Je n’irais pas jusqu’au terme ‘nationale’ en ce qui concerne la musique. Je pense que cette renaissance existe en effet pour les questions linguistiques, les questions politiques. En ce qui concerne la musique, elle se situe à mon avis à un autre niveau. Cela peut être considéré comme un espace de création, un espace du dire de ces générations qui à travers leur expression musicale arrivent à créer quelque chose et à dire quelque chose. Et ce message est assez universel, je pense, et rencontre d’autres univers et d’autres gens. »