Le film « Marcela » de Helena Trestikova présenté en ouverture du festival Jeden svet

Quelque 120 films d'une quarantaine de pays sont à l'affiche du 9e festival international du film documentaire Jeden svet (One World) qui s'ouvre ce mercredi à Prague. Cette année, le festival accentue, entre autres, la création des documentaristes tchèques. Et pour cause, il a été inauguré, ce mercredi soir, dans la salle pragoise Lucerna, par la projection du nouveau film d'une documentariste chevronnée, Helena Trestikova, film qui est en sélection officielle de Jeden svet. Son titre est simple, « Marcela », l'équivalent tchèque de Marcelle. Mais l'histoire du film est bien plus complexe...

Tout a commencé il y a 26 ans, en décembre 1980. Cette année-là, Helena Trestikova s'est lancée dans un projet de longue haleine : elle filme les premières années de la vie conjugale de six jeunes couples vivant à Prague et choisis au hasard. Vingt ans après la sortie de ce premier cycle de documentaires (donc une dizaine d'années après la chute du communisme), elle retrouve ces mêmes couples et tourne la suite de leurs histoires. Parmi ces « acteurs », on retrouve Marcela et son mari Jiri. Leur histoire à eux est la plus dramatique de toutes. Ils divorcent peu après la naissance de leur fille, Ivana. En 2000, Marcela vit toujours seule avec sa fille adorée et son deuxième enfant, Tomas, souffrant de troubles du comportement. La famille est obligée de quitter Prague et vit très modestement. Ivana, 18 ans, a du mal à trouver du travail...

Le film, diffusé à la télévision à l'automne 2006, se termine par une scène choc. Un jour, Ivana ne rentre pas chez elle. Un mois plus tard, son corps est retrouvé près d'une voie de chemin de fer, à quelques kilomètres de Prague. Elle s'est faite voler, puis a été renversée par un train.

Après la diffusion du film, il est arrivé quelque chose d'inattendu : des centaines, peut-être des milliers de téléspectateurs ont contacté Marcela, pour lui manifester leur soutien. Par ailleurs, une somme d'argent assez importante qu'ils ont spontanément collecté lui permettra de déménager à Prague.

'Marcela'
Touchée par cette vague de solidarité déclenchée par son film, Helena Trestikova tourne alors, l'année dernière, la suite du film. Dans sa forme finale, le long métrage « Marcela » qui sort en salles le 8 mars prochain, englobe toute la vie de cette petite femme rondelette aux grands yeux marron, qui aime les chevaux, la nature et la musique, mais qui n'arrive toujours pas à se remettre de la mort de sa fille.

Tentatives de suicide, hospitalisations, face cachée de la popularité... Helena Trestikova, devenue au fil des années la meilleure amie de Marcela, son ange gardien presque, parle de tout cela dans son film, sensible, mais pas sensationnel. « Chaque destin, même la vie la plus ordinaire possible, peut devenir le sujet fort d'un film », estime-t-elle. C'est d'ailleurs cette simplicité et spontanéité de Marcela, une femme ordinaire, qui fascine la cinéaste. On écoute Helena Trestikova :

« Si vous étiez assis en face d'elle, si vous discutiez ensemble, elle serait comme dans le film. C'est quelqu'un qui ne fait pas attention à la caméra, c'est rare...»

Pour Helena Trestikova, il n'était pas question d'insister sur le tournage...

« Si elle avait dit : non, je ne veux pas qu'on continue, je l'aurais évidement accepté. Mais pour elle, nos rencontres étaient comme une sorte de psychothérapie. Surtout dans les moments difficiles, notre présence était encourageante pour elle, je pense. Tous les membres de l'équipe, elle les appelait par leurs prénoms, elle préparait toujours un rafraîchissement... On sortait ensemble, on tournait dans la rue, dans une fête foraine à Prague, où on l'a invitée avec son fils... C'était la seule occasion pour elle de vivre quelque chose d'agréable. Mais évidemment, pour mon équipe et moi-même, tout le tournage était très délicat...»

Rappelons que le film « Marcela » a été projeté, ce mercredi, en ouverture du festival international du film documentaire Jeden svet. Il se tiendra jusqu'au 8 mars à Prague et ensuite dans 15 autres villes tchèques.