Le général Heliodor Pika en savait trop sur les camps soviétiques

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Ce mardi matin, les hymnes tchèque et slovaque ont retenti devant le bâtiment de l'Etat-major de l'Armée tchèque, à Prague. Alena Gebertova a assisté à la cérémonie solennelle qui s'est déroulée devant la plaque commémorative dédiée au général Heliodor Pika, grande figure de la résistance tchécoslovaque contre le nazisme qui a été exécutée par le régime communiste, dans la nuit du 20 au 21 juin 1949.

« Le jour du 21 juin 1949 marque l'une des dates les plus noires dans l'histoire de l'Armée tchèque et de la justice tchécoslovaque. C'est le jour de l'exécution, dans la prison de Plzen, du général Heliodor Pika, soldat tchécoslovaque corps et âme, démocrate convaincu, héros de la Deuxième Guerre mondiale et de la deuxième résistance ».

Selon le ministre de la Défense, Karel Kühnl, le général Pika avait tout pour irriter le régime communiste et les « conseillers » soviétiques implantés dans le pays. C'est donc un an et quelques mois seulement après le putch communiste, que ce légionnaire de la Première Guerre mondiale, officier de l'Armée tchécoslovaque, chef de la mission militaire à Moscou, a été condamné pour haute trahison et exécuté. Et Karel Kühnl de souligner:

« Il a été le premier à rejoindre le panthéon des victimes des assassinats commis par les communistes après Février 1948 : 240 assassinats judiciaires qui ont touché beaucoup de militaires, 8 000 autres victimes succombant à la bestialité du régime, plus de 200 000 condamnations, voilà le bilan de ces années. On ne saurait l'oublier, on ne saurait pardonner ».

Général Pavel Stefka
Le général Pavel Stefka, chef de l'Etat-major tchèque, estime que l'exécution de Pika représentait un acte bien réfléchi. Il explique :

« Les dernières connaissances nous prouvent que le général Pika, en tant que chef de la mission militaire à Moscou, savait tout sur le réseau des camps du goulag soviétique et sur les conditions inhumaines qui y régnaient. Il a été assassiné, car il en savait trop sur ce qui s'y passait ».

Pour Milan Pika, l'exécution de son père demeure l'événement-clé de toute sa vie. Il se souvient de sa dernière rencontre avec son père, dans la prison de Plzen:

« C'est comme si c'était hier. Cela fait déjà 56 ans, mais à chaque fois j'y pense, j'ai des larmes aux yeux. Je le vois toujours devant moi. Il me consolait, m'encourageait... je lui suis infiniment reconnaissant ».

L'amertume ou la méchanceté à l'égard de ceux qui ont assassiné son père n'entrent pas pourtant dans le vocabulaire de Milan Pika :

« Je ne ressens pas de haine. Lors de nos adieux, mon père m'a dit : pas de vengeance, Milan, sois bon. Non, vraiment, je ne ressens aucune haine, mais plutôt un petit regret qu'il n'y ait pas eu de véritable réconciliation... nous sommes des gens et nous ne saurions vivre des années durant, les uns à côté des autres, en proie à la haine ».