Un bouclier antimissile en République tchèque ?

La semaine prochaine, une vingtaine d'experts de l'agence américaine Missile Defense Agency mettront le cap sur la République tchèque. Leur mission sera de localiser l'endroit où les Etats-Unis pourraient installer leur base antimissile. Rien n'est encore sûr, mais le projet, évoqué même lors de la campagne électorale du printemps dernier, suscite la polémique dans le pays...

D'ici à 2011, Washington compte implanter en Europe centrale son bouclier antimissile, pour parer à la menace d'une attaque de l'Iran ou de la Corée du Nord. L'objectif de l'administration Bush est, paraît-il, de protéger non seulement les Etats-Unis, mais aussi tout le continent européen. Cette base de défense serait souterraine et son infrastructure permettrait de créer quelque mille emplois. Les Américains ne ciblent pas uniquement la Tchéquie : un de leurs scénarios consiste à placer les antimissiles en Pologne et les radars en République tchèque. Mais d'après le ministre de la Défense, Karel Kühnl, il n'est pas question que les Etats-Unis imposent aux Tchèques quoi que ce soit :

« Il ne s'agit, pour l'instant, que de consultations d'ordre technique qui ne représentent aucune obligation pour la République tchèque. Cette étape permet aux Etats-Unis de rassembler des informations nécessaires. Ce n'est qu'après les avoir analysées, qu'ils pourront désigner une localité concrète et présenter d'éventuelles propositions. »

Les autorités tchèques citent quatre endroits susceptibles d'intéresser les USA : les espaces militaires de Jince, à l'ouest de Prague, de Libava, en Moravie du Nord, et de Boletice, en Bohême du Sud, ainsi que l'ancienne base de missiles de Rapotice, située, elle, près de Brno. Si le projet a suscité des réactions plutôt modérées chez les représentants des régions en question, en revanche, sur la scène politique, la polémique fait rage. Le Premier ministre Jiri Paroubek souhaite la tenue d'une consultation populaire sur le sujet, au cas où le choix des Etats-Unis se porterait vraiment sur la Tchéquie. Une idée refusée par beaucoup. « Nous n'avons pas organisé de référendum sur notre adhésion à l'OTAN, alors pourquoi le faire maintenant », a déclaré Alexandr Vondra, pressenti pour être le futur chef de la diplomatie tchèque. Des experts de la politique étrangère s'interrogent, dans les médias, sur la probabilité d'une frappe balistique de l'Iran et d'autres pays au potentiel nucléaire, de la fragilité de la République tchèque, en cas d'implantation du bouclier sur son territoire, et même de son rôle « d'allié », notion qui serait, selon certains, vide de sens si les Tchèques disaient « non ». Une polémique qui se poursuivra sans doute, du moins jusqu'au mois de septembre, où les Etats-Unis doivent décider du déploiement de leur défense antimissile.