Le Golem de Prague et ses différentes formes s’exposent à Paris

Photo : Archives de Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris

La légende du Golem de Prague ne cesse d’intriguer, depuis plusieurs siècles déjà, de nombreux artistes aussi bien qu’un large public. C’est à cette créature mystérieuse qu’est dédiée une grande exposition qui se tient, jusqu’au 16 juillet prochain, au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris. Intitulée « Golem ! Avatars d’une légende d’argile », l’événement propose de découvrir l’évolution de ce mythe juif parmi les plus connus, ainsi qu’une réflexion sur ce qu’est le Golem aujourd’hui.

Rabbi Yehuda Loew et le Golem
Nous sommes dans la Prague du XVIe siècle. La communauté juive, accusée par les chrétiens de meurtres rituels, vit dans la peur. Pour défendre son peuple des pogroms, Rabbi Yehuda Loew, le célèbre rabbin pragois connu aussi comme le Maharal de Prague, crée le Golem, un être géant en argile, dont le nom signifie « embryon » ou « inachevé » en hébreu. Ce personnage mystérieux veille la nuit au quartier juif. Mais un jour, il devient fou et commence à détruire tout ce qui se trouve sur son chemin… Le mythe du Golem de Prague devient très populaire dès le XIXe siècle et la publication du roman « Le Golem » de Gustav Meyrink. Selon la commissaire de l’exposition, Ada Ackerman, la légende pragoise (la plus connue, certes, mais qui n’est pas basée sur des événements réels, le Maharal ne parlant jamais du Golem dans ses récits) n’est pourtant pas la seule en son genre :

« On pense souvent connaître le Golem en l’associant à la légende de Prague. Mais il s’agit d’un être lié àdes histoires beaucoup plus complexes puisqu’il existe d’autres légendes encore, notamment des légendes polonaises. Et surtout, comme nous essayons de le montrer dans l’exposition, avant même que le Golem ne devienne cette figure légendaire et mondialement connue, il a eu une très longue histoire dans les cercles mystiques et kabbalistiques qui prenaient ce mythe très au sérieux. »

Ada Ackerman, photo : YouTube
L’exposition s’efforce de présenter le Golem dans toute sa complexité et de montrer comment cette créature artificielle a inspiré de nombreux artistes et figures de l’imaginaire moderne, comme le monstre de Frankenstein, mais aussi par exemple des robots et des super héros. A travers 136 œuvres exposées, aussi bien des sculptures, des peintures, des films, des photos, des bandes dessinées, ou par exemple des jeux vidéo, Ada Ackerman propose de découvrir cette richesse et cette polysémie du Golem dans les arts visuels :

« Les gens sont surpris de découvrir à quel point le Golem est partout. Par exemple, ils ne font spontanément pas de lien entre le Golem et l’informatique. Dans l’exposition, nous montrons donc que le premier ordinateur israélien en service a été appelé ‘Golem 1’. Puis, nous présentons également l’articulation entre le Golem et le robot. Nous avons beaucoup insisté sur le rôle de la culture tchèque parce que ‘robot’ est un mot d’origine tchèque qui a été inventé par les frères Karel et Josef Čapek. Nous présentons dans l’exposition un livre des frères Čapek qui n’est pas très connu – ‘Umělý člověk’ (L’homme artificiel) – dans lequel ses auteurs dressent une véritable histoire de l’homme artificiel à travers les âges. Ils partent d’Adam qui est le premier Golem, puisque la première fois que le mot Golem a été utilisé, c’était pour parler d’Adam. Mais ils parlent aussi des soldats durant la Première Guerre mondiale, des hommes qui ont des prothèses et aussi des robots. Ils font vraiment un lien entre le Golem et le robot. »

Photo : Archives de Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris
Les artistes tchèques occupent par ailleurs une place très importante dans l’ensemble de l’exposition :

« Nous montrons des films de Jan Švankmajer parce que presque toutes ses œuvres, même si elles ne sont pas explicitement consacrées à ce thème, parlent d’une certaine manière du Golem. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de présenter le film ‘Obscurité, Lumière, Obscurité’ qui met en scène un personnage en pâte à modeler – qui pourrait aussi bien être en argile – qui est en train de se créer lui-même. Il teste différents assemblages, il essaie de coller par exemple une oreille à ses pieds… Pour moi, il s’agit là vraiment d’un Golem. C’est une manière très intelligente de montrer comment le Golem peut permettre de réfléchir à l’activité artistique. Nous montrons aussi des gravures et illustrations très importantes de Hugo Steiner-Prag pour le roman de Gustav Meyrink ‘Le Golem’. Steiner-Prag était tellement fasciné par Prague et ses légendes qu’il a décidé d’ajouter à son nom de famille le surnom ‘Prag’. »

« Nous proposons de découvrir aussi plusieurs films tchèques qui sont très peu connus du public français et qui sont très importants pour apprécier la fortune du Golem. Il s’agit notamment du ‘Boulanger de l’empereur’ et de ‘L’empereur du boulanger’ de Martin Frič. Enfin, nous présentons un autre film peu connu des Français – ‘Nuits pragoises’ d’Evald Schorm et Jiří Brdečka. Dans le film, nous voyons deux Golems de types différents qui s’affrontent. Il y a un Golem maléfique qui est incarné par une sculpture océanienne et un Golem bénéfique qui est incarné par une femme. L’histoire présente une véritable lutte entre les deux. Cet aspect ambivalent du Golem nous semble intéressant car il peut être aussi bien destructeur que protecteur… »

A en croire Ada Ackerman, l’exposition « Golem ! Avatars d’une légende d’argile » rencontre un très grand succès ; elle a même contribuée à remonter la fréquentation de l’institution qui avait notablement baissée suite aux différents attentats. La commissaire présente son message principal :

« Nous aimerions que les gens, en sortant de l’exposition, continuent à se demander ce qu’est le Golem et ce qu’il pourra être à l’avenir, parce que le Golem est toujours susceptible d’être redéfini et d’être investi de nouvelles significations. Pour moi, le Golem est d’abord un potentiel magnifique pour les artistes et les intellectuels pour réfléchir à ce dont l’homme est capable dans sa création, dans ses inventions et dans son rapport à Dieu, mais aussi à autrui. »