Le langage « fleuri » du président Zeman fait des vagues et indigne les Tchèques

Miloš Zeman, photo: Khalil Baalbaki

On le sait : lorsqu’il a quelque chose sur le cœur, le président tchèque le garde rarement pour lui. Miloš Zeman ne fait alors généralement pas dans la dentelle. Et parfois, il pousse le bouchon un peu trop loin. Cela a été le cas dimanche dernier lors d’une interview diffusée en direct depuis sa résidence présidentielle du château de Lány par la Radio tchèque. Le chef de l’Etat a eu recours à plusieurs vulgarités, certaines répétées, notamment pour parler du collectif russe Pussy Riot qu’il a comparé en des termes crus et vulgaires à un groupe pornographique.

Miloš Zeman,  photo: Khalil Baalbaki
Qu’une chaîne de télévision ou une station de radio publique soit contrainte d’avoir recours au « bip sonore » pour censurer et passer sous silence des propos d’un président de la République, cela ne se produit pas souvent. C’est pourtant ce qui se passe depuis quelques jours en République tchèque suite aux déclarations de Miloš Zeman.

En tchèque, il existe une expression selon laquelle, traduit littéralement, quelqu’un « ne va pas loin pour un mot » - « nejde pro slovo daleko ». Cela signifie parler de façon très franche, voire s’exprimer crûment, en tous les cas dire ce que l’on pense d’un seul coup, ce que l’on a sur le cœur sans faire de détours. En français, dans le cas présent, on pourrait dire que le chef de l’Etat tchèque « n’a pas mâché ses mots ».

Concrètement, Miloš Zeman a accusé le gouvernement dans un langage imagé d’avoir « foiré » la loi sur la fonction publique avant de demander et d’expliquer au journaliste qui l’interviewait s’il savait ce que signifiait le nom du groupe féministe russe Pussy Riot, le mot « pussy » désignant en argot anglais le sexe de la femme. Autant de vulgarités qui ont choqué les auditeurs et provoqué dans la foulée une vague d’indignation dans les médias. Directeur de l’Institut de la langue tchèque à l’Académie des sciences, Karel Oliva explique pourquoi le vocabulaire employé par le président Zeman était pour le moins inapproprié :

Pussy Riot,  photo: Igor Muchin,  CC BY-SA 3.0
« Notamment dans ses déclarations relatives au gouvernement, il a dépassé toutes les limites de l’acceptable. Pour ce qui est par exemple de Pussy Riot, en remettant ses propos dans leur contexte, on pourrait encore estimer qu’il s’agissait de citations d’extraits de chansons du groupe, et les excuser. Mais lorsqu’un président s’exprime de cette façon sur le gouvernement de son propre pays, cela devient absolument inacceptable. »

Tandis que la Radio tchèque a réagi aux nombreuses réactions qui ont suivi la diffusion des propos du président de la République en indiquant que l’interview était retransmise en direct, l’entourage de Miloš Zeman a défendu celui-ci en argumentant qu’il avait voulu se mettre au niveau de ses opposants politiques. Une interprétation qui n’a pas satisfait grand-monde, à commencer par le directeur de l’Institut de la langue tchèque :

« C’est une explication très peu convaincante. Je dirais plutôt que le monde duquel le président s’est rapproché est celui des pissoirs dans les bistrots de quatrième catégorie. Et même si on trouverait également suffisamment d’arguments pour critiquer les adversaires et critiques de monsieur le président, ils ne s’expriment quand même pas de cette façon. »

Karel Oliva,  photo: Alžběta Švarcová
Ce mardi, soit deux jours après la retransmission des propos de son principal locataire, le Château de Prague, siège du président tchèque, a fait savoir que celui-ci n’entendait pas s’excuser. Certains directeurs d’école, eux, ont réagi en retirant le portrait de Miloš Zeman des murs des salles de classe. Ce à quoi son porte-parole a répondu qu’il fallait « respecter l’opinion de chaque citoyen ».