Le retour symbolique de Milan Kundera à Brno : « une grande responsabilité de concevoir ce lieu »
La pierre tombale conçue pour l’écrivain Milan Kundera et son épouse Věra sera l’œuvre de Johannes Paar, architecte autrichien choisi par la ville de Brno après un concours organisé cette année. La construction de la dernière demeure de l’auteur tchéco-français dans sa ville natale doit être achevée en juillet prochain pour le troisième anniversaire de sa mort à Paris le 11 juillet 2023 – sa veuve Věra étant morte un peu plus d’an an après lui, le 14 septembre 2024. En ligne de Vienne où est installé son studio, Johannes Paar est d’abord revenu sur l’origine du projet :
Johannes Paar : « La Chambre autrichienne des architectes publie régulièrement sur son site les concours ouverts. L’un d’eux concernait un monument funéraire — ce qui est très rare, car en général, il s’agit de projets beaucoup plus vastes. Cela m’a paru intéressant et un petit défi d’y participer. C’est agréable aussi de pouvoir travailler sur une tâche de cette taille, car dans mon domaine, les projets sont souvent d’une toute autre échelle. C’est donc une belle variation dans un métier déjà très varié. »
Comment définiriez-vous votre projet en quelques mots ?
« La pierre tombale de Milan et Věra Kundera fait quelque chose qu’une pierre tombale n’est pas censée faire : elle donne l’impression de flotter. C’est une dalle de la taille exacte de la sépulture, très sobre, mais avec un élément de perturbation. On a l’impression qu’elle s’est détachée du sol et qu’elle lévite à 15 ou 20 centimètres au-dessus de la terre. Il y a un espace vide, et c’est de là que naît ce moment à la fois impossible et un peu absurde. »
Avez-vous trouvé de l’inspiration dans l’œuvre de Kundera pour ce projet ?
« Oui, bien sûr. Plusieurs livres m’ont inspiré. Ce sont des contradictions qui s’y cristallisent : le léger et le lourd, le possible et l’impossible, le sérieux et le non-sérieux. Même dans les situations graves, Kundera ne renonce jamais à l’humour et à l’ironie. »
Avez-vous une relation personnelle avec l’œuvre de Kundera ?
« En tant que lecteur, oui. Je suis en train de m’y plonger plus profondément. Je n’ai lu que deux ou trois livres, mais cette relation va s’intensifier dans les prochains mois, car il ne s’agit pas seulement de l’idée du monument, comme le prévoyait le concours, mais aussi de sa réalisation concrète, qui doit être achevée d’ici juillet 2026 dans le carré d’honneur du cimetière principal de Brno. »
Quelques mots sur les matériaux : souhaitiez-vous établir un lien entre la tombe et la ville de Brno ou la Moravie ?
« Concernant le matériau, il n’y avait pas de contrainte particulière. Je peux citer un extrait du cahier des charges, qui était essentiel pour moi : ‘le projet doit être artistiquement ambitieux et respecter le souhait du couple Kundera d’une conception simple. Le style littéraire de Kundera est analytique, non symbolique, expressif ou ornemental, mais réduit, sans être simpliste, toujours orienté vers un but intellectuel’. C’est pourquoi la forme du monument est elle aussi réduite. Le matériau est simple : du béton. Ce matériau garde toujours un lien avec le lieu, car les granulats utilisés sont en règle générale d’origine locale. L’idée est d’employer une matière simple, mais dont la surface, polie et réalisée avec un ciment clair, confère une certaine élégance. »
La relation entre Milan Kundera et sa patrie n’a jamais été simple. Ce projet représente-t-il à vos yeux un retour symbolique ?
« Oui, bien sûr, être enterré dans sa patrie est un retour symbolique. Et c’est une grande responsabilité pour moi que de concevoir ce lieu. »






