Le tchèque facile ?

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Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Pour un certain nombre d'étudiants du monde entier, la période estivale est l'occasion de se rendre en République tchèque afin de se plonger de manière intensive dans l'apprentissage du tchèque ou d'approfondir leurs connaissances de la langue. Une langue slave considérée par beaucoup, et à juste titre, comme difficile. Récemment, nous avions ainsi présenté l'Ecole d'été d'études slaves qui se tient pour la vingtième année consécutive dans les murs de la faculté des lettres de l'Université Palacky d'Olomouc, en Moravie. Cette semaine, ce fut au tour de l'Université Charles de fêter le 50e anniversaire de ses cours d'été. Pour cette fois, nous allons donc nous intéresser plus particulièrement aux néophytes de la langue tchèque, ou à ceux qui, comme notre stagiaire Caroline Krzyszton, ont été tout d'abord découragés par un apprentissage long et difficile et ont été tentés d'abandonner. Rassurez-vous cependant, il reste encore quelques domaines où un modeste francophone peut se sentir à l'aise, comme nous l'explique justement Caroline...

Il s'agit tout d'abord de retenir tous les mots d'origine française utilisés couramment en tchèque. Ces emprunts français sont généralement l'héritage des XVIIe et XVIIIe siècles, époque de prestige - prestiž, et d'influence de la langue française dans toute l'Europe. Une de nos précédentes émissions, intitulée « La présence du français dans la langue tchèque » avait d'ailleurs été consacrée à l'explication de ce phénomène. Le type de vocabulaire concerné touche des domaines traditionnellement français bien-sûr comme celui de la mode - móda, avec les mots elegance - élégance, parfém - parfum, šik (à prononcer « chic » comme en français) ou même boty, dont le lien est toutefois un peu plus éloigné puisqu'il s'agit des chaussures dans un terme généraliste incluant donc les bottes, forcément, comme les escarpins ou mocassins. Pour la petite histoire, précisons tout de même à propos du mocassin, à savoir la chaussure basse généralement sans attaches, qu'elle se dit également « mokasín » en tchèque. N'oublions pas non plus le terme aujourd'hui un peu désuet de « négligé » qui possède son exact equivalent tchèque - negližé. Il s'agit là du substantif qui désigne une tenue légère qu'on porte dans l'intimité.

Dans le domaine artistique on retrouve notamment les mots « chanson » - šanson, et « chansonnier » - šansoniér, utilisés pour désigner un type de ballade que l'on pourrait rapprocher de celui de la chanson française (musicalement assez simple mais avec des textes forts), le reste étant plutôt désigné par le terme : píseň, synonyme et équivalent tchèque de la chanson comme on la connaît en français.

On peut noter que certains mots d'origine française ont été réutilisés avec une signification « légèrement » détournée du sens commun qu'on leur connaît dans l'hexagone : par exemple le terme « garsoniéra » ou « garsonka » désigne un simple studio, modeste appartement qui ne se destine pas du tout à être le logement d'un homme seul, pouvant éventuellement y recevoir ses conquêtes. Autres emprunts français, les plus inattendus garáž et pláž (le ž final remplace le « ge » français) dont on peut se demander la raison pour laquelle ils ont été récupérés par la langue tchèque. Mais mon préféré reste le très utile « bonbón ».

D'autres procédés peuvent être utilisés dans la pratique du « tchèque facile ». En effet, la langue n'échappe pas aux anglicismes et aux mots de référence anglaise qui fourmillent aussi en français. Vous pourrez donc utiliser en toute confiance les très courants hamburger et telefon, ou de façon plus générale un nombre assez important de termes venus de l'informatique comme, par exemple, « server » ou du monde de la musique « rock », « džez » (à prononcer jazz). Les exemples sont trop nombreux pour être tous cités.

Pour les plus paresseux d'entre nous, ils seront heureux d'apprendre qu'il n'existe qu'un seul mot en tchèque pour désigner à la fois le pied et la jambe - noha, et que le procédé se répète de la même façon concernant la main et le bras - ruka. Ils peuvent aussi se réjouir de l'emploi d'un certain nombre de verbes faciles à retenir et à conjuguer : ceux-ci se composent d'une racine nominale simple (prenons, par exemple, le mot fotografie - photographie) à laquelle on ajoute la terminaison « -ovat ». Notre exemple devient donc fotografovat - photographier, à conjuguer de la même façon que tous les verbes de ce groupe en « -ovat ». De cette même façon on obtient : faxovat - faxer, startovat - démarrer, et même riskovat - risquer, protěžovat - protéger... Dans un langage plus parlé, on peut noter la création de nouveaux verbes de ce type, par exemple SMSkovat, c'est-à-dire « envoyer un SMS ».

En espérant que ces quelques exemples donneront du courage et de l'espoir à tous ceux qui se sont engagés dans l'apprentissage du tchèque, nous vous souhaitons une bonne continuation pour la fin de ce « Tchèque du bout de la langue ». En attendant de vous retrouver dès la semaine prochaine pour d'autres découvertes des mystères de cette curieuse langue, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp!, portez le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt - zatím ahoj!

Auteurs: Guillaume Narguet , Caroline Krzyszton
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